Bilan

Révolution dans le négoce de matières premières

Les investisseurs institutionnels se substituent aux banques pour financer les cargaisons.

 Pour les banques européennes, qui dominent le financement du négoce de matières premières (trade finance), les temps ont changé. Avec Bâle III, qui entre en vigueur en janvier 2013, cette activité devient plus coûteuse en fonds propres. Et, surtout, les banques américaines comme les money market funds ont retiré leur placement en dollars  depuis l’aggravation de la crise dans la zone euro. Or deux tiers des transactions, dans ce domaine, sont effectuées en dollars. Le trade finance, qui a représenté 2500 milliards de dollars entre 2005 et 2010, se retrouve donc au point mort, faute de liquidités. Une situation aberrante au vu du très faible risque représenté par cette activité: «Entre 2005 et 2011, le taux de défaut a été de 0,02% dans ce secteur, indique Kikka Harrison, chief risk officer chez Sahara Energy International à Genève. Or les exigences de fonds propres sont les mêmes pour le négoce boursier que pour celui des matières premières. Cela est injuste.» Cette activité, qui représente 10% du PIB genevois, «risque de migrer à Singapour, car les banques là-bas n’ont pas les mêmes contraintes», estime Kikka Harrison.

De nouvelles solutions financières

En Europe, d’autres solutions de financement doivent être trouvées. C’est ce à quoi s’est attelé Jacques-Olivier Thomann, président de la GTSA (Geneva Trading and Shipping Association). La solution passera par les investisseurs institutionnels, explique-t-il: «Désormais, les acteurs des matières premières vont devoir se tourner vers les marchés des capitaux», selon l’ancien responsable du trade finance de BNP Paribas, devenu conseiller indépendant ce printemps. De créancières, les banques vont se muer en intermédiaires, en cherchant à attirer des investisseurs tels que des fonds de pension, des assurances et des entreprises. Kikka Harrison ajoute que «les hedge funds et les fonds souverains seront aussi appelés à jouer un rôle majeur». «La liquidité, elle existe, résume Jacques-Olivier Thomann; il s’agit d’aller la chercher là où elle se trouve.» Les banques, quant à elles, créeront les produits destinés à ces investisseurs. «Des titres obligataires collatéralisés, ou Collateralized Loan Obligations (CLO)», précise le spécialiste genevois. Le sous-jacent serait un paquet de prêts octroyés à l’industrie du négoce, dûment garantis par les cargaisons physiques. L’avantage? «La possibilité, pour les investisseurs, de participer à des placements auxquels ils n’avaient pas accès jusqu’ici.» «On va favoriser et structurer chaque transaction afin qu’elle corresponde aux critères et aux préférences  des investisseurs. A présent, c’est le marché qui décide», souligne Jacques-Olivier Thomann. Les petites sociétés de négoce de certains pays du Sud dont le rating souverain a été abaissé pourraient être pénalisées, anticipe Kikka Harrison. Et les banques régionales n’ont pas suffisamment de liquidités en dollars. Jacques-Olivier Thomann se veut rassurant: «Les volumes globaux vont croître, la demande en matières premières restera forte; alors on trouvera toujours des solutions pour les financer.»

Crédit photo: Dr

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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