Bilan

Seuls face à l’absolutisme bureaucratique?

Tout cela cache une guerre économique et commerciale sans merci. La Suisse survivra, la question n’est pas là. La question est: à quel prix?

Nos démocraties évoluent vers un système d’absolutisme bureaucratique. De plus en plus d’organisations ou d’organes paraétatiques, supranationaux... dictent ou édictent des règles ou des lois, rétroactivement parfois, au mépris de tout processus démocratique. Ainsi va le monde. L’anonymat disparaît, remplacé par une obsession identificatrice: tracer, surveiller, dénoncer, pour enfermer dans un carcan visant à ôter progressivement toute liberté individuelle. L’outil technologique a remplacé les agents de sécurité intérieure des régimes autoritaires de naguère. Tout est prétexte à l’implémenter. Cela s’est accéléré  depuis les attentats du World Trade Center et prépare aux générations futures un monde inquiétant. Il est difficile d’entrevoir une inversion de tendance. Est-ce la seule solution aux pressions démographiques, économiques, casuistiques qu’affronte le monde développé?  La Suisse se trouve sur le chemin de ce mouvement. Ce serait une erreur de penser qu’on lui en veut spécifiquement. Le contrôle des moyens d’épargne et de dépenses des individus apparaît crucial. L’abandon du moyen anonyme de paiement que constituent les billets de banque (pour leur laisser un rôle très limité) est déjà quasiment acquis par consensus international sans aucun choix démocratique à ce sujet. La suppression des libertés individuelles est présentée à la population comme indispensable au bien collectif alors que la sphère privée est inhérente à la définition même de démocratie.

Des compromis parfois boiteux

Tout cela cache en fait une guerre économique et commerciale sans merci. Dans ce tumulte, la Suisse essaie juste de survivre, sans adopter une ligne très claire, en faisant beaucoup de compromis parfois boiteux, comme lors du dernier conflit mondial quand elle était sur le tracé ferroviaire entre les puissances de l’Axe. Elle va survivre, la question n’est pas là. La question est à quel prix? Et quelle Suisse va survivre? Certainement pas une Suisse dont toute notion de nos racines et de nos valeurs aura disparu. Que sommes-nous vraiment? Un pays indépendant, un peuple attaché à la liberté, travailleur, plus sérieux qu’imaginatif, plus économe que fanfaron, mais solide. Il est vrai qu’en se promenant à Genève, on prend un peu peur face à l’évolution récente. Gardons à l’esprit que l’exemple est mauvais; ailleurs dans le pays, ce n’est pas fatalement pareil. J’ai lu quelque part que le secret bancaire vivait une longue agonie. Il vit une agonie parce que les libertés individuelles se meurent. Les Etats serrent la vis aux forces vives, en tentant encore de gagner un peu de temps avant le désastre final. La dette galopante, accumulée par des politiques inconsidérées, les garrotte. Enferrer les pratiques délictueuses et faire respecter la loi ne justifie pas d’utiliser des pratiques de voyous, surtout quand on a collectivement plus à perdre qu’à gagner. Face à ce contexte, on attend un sursaut politique de la Suisse. La hausse du franc suisse nous rend moins compétitifs. L’industrie et le tourisme en souffrent. La récession mondiale nous impacte. Les sièges de multinationales vont se réduire comme une peau de chagrin. L’industrie bancaire, enfin, est prise en tenaille entre forte augmentation imposée des coûts et diminution des recettes. Des dizaines de milliers d’emplois sont globalement en jeu. Au final, les recettes fiscales baisseront lourdement.

Défendons-nous!

Je me demande parfois si la classe politique, dont les assertions surprennent souvent, ou certains journalistes, aux convictions trop éloignées de la réalité, se rendent compte à quel point nous allons passer près du précipice! L’instinct de survie fait par-dessus tout défaut. Il faudrait éviter de se comporter comme ces populations de lemmings qui se suivent dans un phénomène collectif suicidaire!  Encourager la délation, mettre au secret des adolescents pour les interroger sur les activités de leur père, donner, vendre ou acheter des listes, imposer des traités inéquitables en opposition avec les règles mêmes de l’OCDE sont des pratiques d’autres temps donnant la chair de poule! C’est le règne de l’arbitraire le plus total. Où va-t-on si la presse ne prend pas le recul nécessaire pour parler objectivement et fondamentalement de ce qui se passe. Défendons-nous, faisons respecter notre droit, notre territorialité et notre souveraineté nationale. Des notions qui ont pris un sacré coup de vieux récemment!

Illustration: Eric Dinyer/images.com/corbis

Frédéric Binggeli

Lui écrire

Du même auteur:

France: le maillon faible

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."