Bilan

Small and mid caps: «Un très bel univers qui peut satisfaire beaucoup de gens»

Les valeurs secondaires suisses performent nettement mieux que celles du SMI. La preuve avec les gérants des fonds Moorea Swiss Entrepreneurs Fund et BCGE-Synchrony Small and Mid Caps CH.

L’univers des petites et moyennes capitalisations suisses séduit de plus en plus de gérants de fortune. Selon la base de données établie par Morningstar, il en existerait environ une cinquantaine. «Mais attention à ce que l’on nomme fonds small and mid caps. En effet, certains d’entre eux ne sont pas de purs fonds en valeurs secondaires suisses, mais intègrent des valeurs du SMI. D’autres se concentrent sur une région spécifique de Suisse ou prennent en compte des valeurs du Liechtenstein. Et il y a ceux qui ont la possibilité d’investir dans d’autres instruments financiers, comme les obligations. En fait, si l’on se fixe que sur des fonds purement dédiés à cet univers, leur nombre descend à une vingtaine», analyse Annick Baud-Woodtli, en charge de la gestion du fonds Synchrony Small and Mid Caps CH de la BCGE.

Son confrère Pierre Cloux, en charge de deux fonds de ce type – Société Générale Private Banking Moorea Swiss Entrepreneurs Fund et Dominicé Swiss Equity Discovery Fund – rappelle les avantages principaux de ce type d’actifs: «Tout d’abord, il faut savoir que sur le long terme, la performance de ces valeurs est bien plus élevée que celle des grandes capitalisations. Cela se compare avec, d’un côté, l’indice des grands titres composant le SMI et, de l’autre, le SPI Extra qui regroupe toutes les sociétés cotées sur le segment principal à l’exception des 20 plus grands titres du SMI. Sur ces quinze dernières années, la performance en moyenne annuelle du SPI Extra est quasiment trois fois supérieure à celle du SMI (11,1% par rapport à 4,7%). Cela s’explique du fait qu’on y trouve beaucoup de sociétés de niches, particulièrement bien positionnées. Ce n’est pas le cas dans d’autres pays. De plus, cet univers d’investissement qui comprend près de 230 entreprises, offre une très grande diversification de par la multitude de secteurs touchés. Il s’agit généralement de sociétés dotées d’un management de très bon niveau.»

Autres atouts: «Elles sont aussi plus souvent détenues majoritairement par les familles fondatrices, ce qui se révèle être un avantage précieux, complète Annick Baud-Woodtli. Ce type d’actionnariat privilégie les objectifs à long terme et laisse de côté les visions à plus courte vue, ce qui est un gage de stabilité. Enfin, à chaque retournement conjoncturel, elles se sont révélées plus dynamiques que les grandes sociétés.»

 

Winterthur technologies La société type dont le savoir-faire attire les investisseurs

Les risques

«Contrairement aux idées reçues, cette classe d’actifs n’est pas plus risquée. Sur le long terme, sa volatilité est à peine supérieure à celle du SMI», observe Annick Baud-Woodtli. «Il s’agit généralement de sociétés en très bonne santé financière, confie Pierre Cloux. Pour ma part, je privilégie les sociétés disposant de cash au détriment de celles qui ont beaucoup de dettes. Prenons l’exemple de Kühne & Nagel. Du fait que cette société dispose de beaucoup de cash, elle ne perd pas de temps à renégocier sa dette. Quant au cas de Sonova, nous n’en avons pas. Non pas en raison de son modèle d’affaires, mais du fait que cette valeur nous semblait trop chère en termes de retour sur cash-flow opérationnel.»

La directrice adjointe de BCGE Asset Management retient encore que «ces sociétés ont réalisé de gros efforts pour améliorer leur solidité financière, leur transparence et leur liquidité boursière ces dernières années, ce qui les rend encore plus attractives». En matière de critères d’investissement, Pierre Cloux «essaie d’acheter par conviction». «L’approche d’évaluation est en grande partie basée sur la génération de cash-flow.» Une stratégie qu’il n’est pas le seul à appliquer lorsque l’on observe le lancement en décembre dernier d’une OPA par 3M sur la société Winterthur Technology ou le rachat de Day Software Holding par Adobe durant l’été 2010.

Pierre Cloux a eu la main heureuse puisque, outre l’acquisition de Winterthur Technology (4,48% de la valeur du fonds au 30 juin 2010) et de Day Software (4,51%), il y a encore eu la reprise de la société bernoise 3S par Meyer Burger Technology (une des principales positions du portefeuille-titres) ou encore le rachat en cours de Synthes par Johnson & Johnson, une entreprise qui venait de faire son entrée dans le portefeuille du gérant genevois. Cette dernière manœuvre lui a d’ores et déjà permis de voir ce titre gagner 20%.

Dans ses critères de sélection, Annick Baud-Woodtli ne s’arrête pas seulement aux indicateurs financiers. Elle tente de sélectionner les entreprises qui «savent également gérer les défis sociaux et environnementaux qui s’imposent à elles. Le fonds se concentre sur celles qui intègrent et équilibrent le mieux les intérêts des parties prenantes (les stakeholders) dans leur stratégie à long terme, garantie supplémentaire d’une croissance durable.» Cependant, personne n’est à l’abri d’un incident. Le fonds de la BCGE détenait une participation dans Sonova, laquelle est sous enquête pour un probable délit d’initié. «Appliquant le principe de précaution, nous avons préféré vendre.»

Que cela soit les deux fonds jumeaux gérés par Pierre Cloux ou celui géré par Annick Baud-Woodtli, à chaque fois ils se composent de 20 à 25 positions. Notons toutefois quelques différences. Lancé le 7 décembre 2009, le fonds de Société Générale Private Banking a passé à fin 2010 le palier des 25 millions de francs. Celui de la BCGE avait quant à lui démarré le 3 octobre 2006 et pèse actuellement près de 190 millions. Sous l’impulsion d’Olivier Aubenas, CIO de Société Générale Private Banking (Suisse), le fonds-club est avant tout destiné aux clients de la banque. La BCGE a, pour sa part, décidé d’ouvrir plus largement l’accès à son fonds small and mid caps suisses. Jusqu’en octobre dernier, il était exclusivement réservé aux investisseurs qualifiés, mais il existe désormais une tranche pour le public (classe A). Par contre, ce qui distingue nettement le Moorea Fund de ses concurrents, c’est le concept de fonds-club qui permet aux investisseurs du fonds de rencontrer personnellement les dirigeants des entreprises dans lesquelles le fonds a pris des positions.  Concrètement, cette approche se manifeste de deux façons: la tenue de rencontres-débats tous les deux mois et la visite des entreprises en compagnie du gérant Pierre Cloux. «En nous concentrant sur les small and mid caps, cela nous donne aussi un accès plus facile à leurs CEO, même si nous sommes encore petits.»

«A ce jour, nous avons eu huit réunions. Il ne s’agit pas de rencontres entre un patron et des analystes, mais de la présentation d’une histoire entrepreneuriale à des investisseurs. Pendant environ une demi-heure, j’effectue le point sur la vie du fonds, les visites que j’ai effectuées, puis, pendant une heure, un CEO présente son business modèle et dialogue avec les personnes présentes», détaille le gérant du Moorea Swiss Entrepreneurs Fund. «Ces rencontres sont à chaque fois pour moi un vrai enrichissement, confie Olivier Aubenas. Par exemple avec Geberit, dont l’histoire industrielle est réellement passionnante. Nous retirons toujours quelque chose de la clairvoyance de ces entrepreneurs», insiste le banquier français, admiratif de l’industrie suisse. Y ont participé les patrons de Galenica, Geberit, 3S, Winterthur Technology, Bucher Industries ou encore Tornos.

«Le prochain rendez-vous est prévu en juin avec le management d’Implenia. La date fixée, nous rédigeons ensuite une fiche de présentation de la société à l’attention de nos investisseurs et de nos banquiers.» A cela s’ajoutent aussi les visites régulières effectuées par Pierre Cloux dans les entreprises du SPI Extra. Une demi-douzaine de possesseurs de parts du fonds Moorea y participe régulièrement. «Il s’agit souvent de personnes qui étaient elles-mêmes des entrepreneurs auparavant.» Le concept est novateur. Il fait son chemin. «Je pense que cela va prendre encore quelques années pour que cela devienne entièrement mature, mais à ce stade le feedback des participants est très positif, précise Pierre Cloux. Nous pouvons doubler, voire tripler, la taille de notre fonds d’ici deux à trois ans, sans que celle-ci soit une entrave à sa performance. Nous estimons qu’un encours de 75 à 100 millions est optimal. Je suis optimiste. Cet univers d’investissement offre encore pas mal d’opportunités. Je considère son potentiel de croissance de l’ordre de 30 à 40% à moyen terme du fait de la valeur intrinsèque réelle des sociétés concernées.» Le gérant rappelle que l’orientation du fonds est à moyen terme, car il s’agit d’investir auprès d’entrepreneurs suisses et de leur compagnie.

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

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Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

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