Bilan

Société générale: «ce n’est pas la clientèle d’europe qui a le plus de potentiel»

Guillaume Lejoindre, qui dirige depuis deux ans Société Générale Private Banking à Genève, ne se laisse pas trop impressionner par les problèmes liés au secret bancaire suisse. «Il faut aller là où il y a de la création de richesses. Et il y en a peu, actuellement, en Europe. Dès lors, si nous nous développons dans les pays émergents, ce n’est pas tant parce que l’Europe combat le secret bancaire, mais parce que l’argent se crée tout simplement en dehors de l’Europe et des Etats-Unis. Le fond de l’affaire, il est là.»

Follow the money serait donc le principe que suit pragmatiquement Société Générale Private Banking qui s’est implantée à Genève il y a sept ans quand Société  Générale a racheté Compagnie Bancaire Genève. Et quels sont les marchés offshore privilégiés depuis Genève par la banque privée, qui gère 27 milliards de francs? «L’Amérique latine et l’Afrique pour la richesse liée à leurs matières premières, le Moyen-Orient, l’Asie, mais aussi l’Europe de l’Est et la Russie, qui apprécient la sécurité bancaire offerte par la Suisse.» Ces deux dernières années, la banque a consacré un étage de son bâtiment de la Corraterie au desk Moyen-Orient. Elle développe aussi pour l’Amérique latine ses services de structuration patrimoniale et une approche qui combine Investment Banking et Private Banking, en collaboration avec ses bureaux de Montevideo, de Miami et de Nassau, bureaux qui ont été renforcés. En outre, la banque a ouvert un desk Russie à Zurich, celui de Genève étant déjà important.

Pour le directeur général de Société Générale Private Banking, le secteur le plus actif actuellement, c’est celui des matières premières. Comme sa grande rivale BNP Paribas, le numéro trois français est actif dans le financement du négoce de matières premières depuis Genève. Et cette activité liée au pétrole, aux métaux, au café, au coton ou au cacao représente un gros apporteur de clients privés pour le private banking, où Guillaume Lejoindre a créé un groupe de gestion dédié aux acteurs du négoce. La banque privée profite aussi de sa présence historique sur la côte ouest de l’Afrique, où sont actifs de nombreux négociants originaires du Levant qui font le pont entre Genève et l’Afrique. «Je développe à partir de ce biais le marché africain, un continent riche en ressources naturelles où se développent d’importantes infra-structures», indique le CEO.L’expertise internationale est clé

L’aspect fiscal est-il encore prépondérant pour les clients du private banking? «La tendance générale va de plus en plus vers de l’argent déclaré. Mais pour la plupart des familles, la fiscalité est de moins en moins un problème, car très peu de familles aisées sont basées sur un seul territoire.» Les familles riches deviennent de plus en plus internationales, et leur fortune aussi atténue l’importance de la fiscalité nationale. «Et si les pays européens resserrent trop l’étau, l’argent ira ailleurs, estime Guillaume Lejoindre. Les délocalisations sont nombreuses.»  On peut s’interroger comment une banque française basée à Genève a vécu les appels à la régularisation des Français non déclarés. Mais si l’on en croit Guillaume Lejoindre, «les clients français ne vont pas en priorité dans les banques françaises: ils apprécient un certain cloisonnement.»

Plus généralement, il note que les régularisations ne sont pas forcément synonymes de rapatriement des fonds, et estime que pour les banques comme la sienne, il y a une vie après le secret bancaire: «Avoir un compte déclaré dans un pays bien géré, qui n’a pas de déficit budgétaire, où les services bancaires sont très internationaux, c’est attrayant. Si vous ouvrez un compte dans une petite ville d’Italie, on vous parlera seulement du marché italien. Même à New York, le conseiller lambda ne connaît pas grand-chose au-delà du Dow Jones. Un bon conseil, cela n’a pas de prix.» En outre, si la Suisse doit être reconnue pour quelque chose à part sa sécurité et le caractère international de son conseil, cela doit être pour son expertise sur les marchés émergents. «Et si un tel service est plus cher, c’est normal: une telle expertise se paie.»

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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