Bilan

Syz & Co: «Nous sommes restés largement profitables»

La banque genevoise Syz & Co, créée en 1995 par Eric Syz, Alfredo Piacentini et Paolo Luban, a connu des années exceptionnelles durant l’euphorie des marchés. Mais comment son modèle, fortement exposé aux marchés financiers, a-t-il traversé la crise? «Je pense que notre modèle a bien fonctionné, répond Alfredo Piacentini. En 2008, malgré le contexte difficile, nous avons pu dégager un bénéfice de 40 millions de francs.» Certes, en 2008, les actifs ont connu une certaine volatilité, notamment pour les fonds Oyster, dont les actifs sont passés de 10 milliards à 3 milliards, avant de rebondir à plus de 6 milliards aujourd’hui. En effet, les fonds Oyster sont essentiellement en actions et sont donc plus volatils. «Cela ne nous inquiète pas. Nous sommes une entreprise privée qui n’est pas obligée de montrer un bénéfice à court terme. Nous avons le confort de ne pas toujours devoir être au sommet de notre performance, car les actionnaires auxquels nous rendons des comptes, c’est nous trois.»

Mais face à la crise de 2008, l’attention des partenaires s’est portée sur la diversification des activités. «A nos débuts, les actions et les fonds alternatifs étaient notre spécialité. Puis au fil des ans, nous nous sommes construits un profil plus défensif», explique Alfredo Piacentini. Avec le rachat, il y a huit mois, des activités obligataiares en Suisse de State Street, Syz s’est dotée d’un bon amortisseur. Elle a récupéré un portefeuille de 6 milliards de francs d’obligations suisses. Une activité stable, récurrente, qui contribue à lisser le profil de risque de la banque.

Aujourd’hui, Syz ressort de la crise en ayant évité les chiffres rouges, avec 400 millions de francs de fonds propres et un ratio de fonds propres (Tier 1) de 24%. «Nous étions certes dépendants de l’évolution des marchés, mais n’avons jamais fini une année sur une perte nette, et ces dernières années notre structure de coûts, légère et flexible, nous a permis de faire face, souligne l’associé. La rémunération de certains de nos collaborateurs était liée aux résultats de l’entreprise. Et nous avons rationalisé au plan des coûts informatiques et de structure.»«La marque 3A ne disparaîtra pas»

Des changements de structure sont intervenus la semaine dernière: l’activité obligataire a été regroupée sous la nouvelle division Syz Asset Management, sous la direction de Patrick Bédat. La nouvelle division assurera la gestion de tous les mandats institutionnels du groupe, aussi bien traditionnels qu’alternatifs, ainsi que des fonds de placement.

3A, la division alternative de Syz, se retrouve donc elle aussi en partie incorporée dans Syz Asset Management, peu après le départ de Jean Keller, qui en assumait la direction. «Nous n’avons pas l’intention de faire disparaître la marque 3A, qui va perdurer à travers les fonds alternatifs , clarifie  Alfredo Piacentini. Cette activité fait partie de notre cœur de métier.» Syz Asset Management reprend ainsi les 15 analystes en hedge funds qui fournissent de la recherche aux gérants privés de Syz. Cette division sélectionne en outre les hedge funds et gère des portefeuilles alternatifs. Ce regroupement correspond à la convergence, dans le métier, entre le long only et l’alternatif. En ligne avec cette tendance, Syz Asset Management proposera de plus en plus de fonds UCITS III ou IV, qui ont l’avantage d’être eurocompatibles. Cela dit, Syz continuera d’offrir des fonds offshore, selon Alfredo Piacentini, «car c’est un produit que les family offices, notamment, apprécient».

Aujourd’hui, le coeur de métier de Syz est la gestion de fortune, qui représente plus de 50% des avoirs du groupe. Le nombre de comptes a augmenté de 20% depuis la crise, «Nous avons d’ailleurs engagé 20 gestionnaires dans les deux dernières années», souligne Alfredo Piacentini. Comme d’autres banques, Syz observe un fort intérêt de la part de la clientèle européenne régularisée qui retourne en Suisse, déçue de la mauvaise qualité de la gestion et du service dans les banques locales, et inquiète de la situation économique de son pays d’origine. Dirigée par Fabien Dufresne depuis quatre ans, la gestion de fortune se concentre à Genève, Lugano, Locarno et Zurich. La clientèle est en majorité européenne, mais Syz compte aussi quelques clients d’Amérique latine et du Moyen-Orient.

Les fonds Oyster, la SICAV luxembourgeoise de 26 fonds de placement, représentent désormais moins que la gestion institutionnelle de Syz. Mais avec 6 milliards sous gestion sur les 25 milliards que gère le groupe (dépôt et conseil inclus), ils continuent de faire recette. Les performances semblent justifier les tarifs élevés que prend la banque (15% de la performance au-dessus du taux sans risque): le fonds European Opportunities gagne 12% (net de tous les frais) cette année, tandis que le fonds World Opportunities gagne 13%. Pariant sur la convergence entre long only et alternatif, la banque a lancé il y a trois ans des produits Absolute Return. Un label qui suscite aujourd’hui la méfiance des clients, mais dont Syz a pu défendre la crédibilité en réalisant entre 0% et -1% durant l’année catastrophe 2008.

 

LA STRATEGIE DE PLACEMENT DE SYZ & CO

Actions 30%. L’Europe est à privilégier (12%), suivie des Etats-Unis (11%), des pays émergents (5%) et du Japon (2%). La sélection des sociétés aux Etats-Unis et en Europe s’oriente sur celles exposées aux marchés émergents.

Obligations 35%, duration courte (2 ans)

Alternatif 18%. Soit des fonds UCITS III très liquides, soit des stratégies market neutral ou crédit.

Or Eviter. Risque de correction.

Cash 10%

Changes En dehors de la monnaie de référence, privilégier les monnaies émergentes à haut rendement, car leurs gains sont supérieurs à leur potentiel mathématique, en raison d’une part d’émotionnel. Exposition conseillée pour capturer ce «yield» supplémentaire: à travers le nouveau Oyster ForExtra Yield, investi dans un panier de cinq monnaies émergentes qui se renouvellent régulièrement.

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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