Bilan

Traquons les gaspis de nos autorités

Avec la crise, les comptes des collectivités publiques s'enfoncent dans le rouge. De quoi examiner leurs dépenses et s'interroger sur les dérives de certaines d'entre elles ainsi que sur des investissements parfois pharaoniques, mal évalués ou même inutiles! Pour la quatrième fois, Bilan lance en 2010 l'opération «Gaspi d'or». Emise par l'éditeur lausannois Pierre-Marcel Favre, l'idée consiste à dénoncer le gaspillage de l'argent public, lequel découle du mécanisme politique, d'intérêts divergents, de mauvais choix et du pouvoir de persuasion de certains lobbies, en particulier dans la construction. Les montants engagés ne s'élèvent pas toujours en dizaines ou en centaines de millions de francs. De petites sommes dilapidées sont également révélatrices du comportement des autorités. Dans ses prochaines éditions, Bilan présentera plusieurs dérapages financiers. Un jury composé de plusieurs personnalités (lire ci-contre) ainsi que des lecteurs de notre magazine décernera un trophée au gaspillage le plus choquant.Au cours de ces dernières années, de nombreux élus se sont inquiétés, non seulement des dérives budgétaires de leurs collectivités, mais aussi du manque de contrôle et de suivi des dépenses engagées. Leur pression a payé: dans les cantons de Genève et de Vaud, ils ont réussi à convaincre les citoyens de mettre en place une Cour des comptes chargée d'assurer en toute indépendance la surveillance de l'utilisation de l'argent public. Depuis leur création, respectivement en 2007 et en 2008, leurs membres ont publié plusieurs rapports dénonçant de nombreux égarements financiers.De même, malgré d'encourageants progrès, les pouvoirs exécutifs et législatifs ont encore beaucoup trop tendance à investir sans rechercher des collaborations avec les communes et les cantons voisins. Ce qui permettrait de réaliser d'importantes économies. Comme le montre Bilan dans les exemples ci-dessous, les intérêts personnels ou l'absence de volonté politique empêche la réalisation d'infrastructures communes. Au final, ce sont les contribuables qui passent à la caisse. Des impôts élevés ne sont jamais une fatalité!Genève: un service des achats qui n'en est pas un Gaspi d'au moins 2,4 millions par anRebaptisé Centrale municipale d'achat et d'impression (CMAI), le service des achats de la Ville de Genève fait l'objet de sérieuses critiques. Dans un rapport publié en mars 2008, la Cour des comptes du canton a vivement dénoncé sa gestion.D'abord, elle a constaté que ce service «est surdimensionné et qu'il y a inadéquation entre les ressources et les missions». Pour 2007, les charges en personnel et fonctionnement s'élèvent à 2,4 millions de francs pour un effectif de vingt collaborateurs (équivalents plein temps), alors que les tâches ne portent que sur une somme de 5,8 millions de francs. Selon les auteurs du rapport, «il en résulte un gaspillage de moyens».Ensuite, ce service «ne représente en rien une quelconque centralisation des activités d'achats». Les achats et les investissements gérés par la CMAI ne représentent respectivement que 2,3% (ou 4,3 millions) et 1,5% (ou 1,5 million) de la somme totale de la rubrique «biens, services, marchandises» et des investissements de la Ville de Genève. Les trois quarts du premier montant portent sur des contrats de nettoyage et des achats de papier qui font l'objet de contrats standardisés. De surcroît, la dispersion des achats au sein de différents départements menace d'entraver le respect de la réglementation relative à l'adjudication des marchés publics.Les auteurs de l'étude notent que leurs investigations ont été entravées par Sandrine Salerno, conseillère administrative en charge du Département des finances et du logement, dont dépend la CMAI. La magistrate «a refusé à plusieurs reprises de produire la documentation sollicitée par la Cour.» Résultat: «les obstructions manifestes observées, permettant de dissimuler des faits, sont de nature à induire l'existence de fraude et de défaut de contrôle».D'après les constatations publiées en octobre 2009 par la Cour des comptes, sur les trois recommandations émises en mars 2008, une seule a été mise en oeuvre, mais de manière incomplète: un rapport d'activité a été établi, mais il ne permet cependant pas d'avoir une vision claire des activités. Quant aux deux autres propositions, elles sont restées sans suite. L'une concernait le rôle du service, qui n'a pas été revu. Celui-ci reste donc surdimensionné et n'est toujours pas une véritable centrale d'achats. L'autre postulait de limiter les commandes par le biais des sites Internet des fournisseurs ne disposant pas de lien avec le système informatique de la Ville. Car les avantages de cette méthode de travail n'étaient pas démontrés.La fusion de tous les services d'achats permettrait d'obtenir de meilleurs prix et de rationaliser les tâches. Faute d'études sur les économies envisageables, on peut affirmer que les charges de la CMAI de 2,4 millions constituent un gaspillage d'argent public.

Les menbres du jury 2010

Pierre-Marcel Favre, éditeur et fondateur du Salon du livre de Genève.Bernard Dafflon, professeur de finances publiques à l'Université de Fribourg.Thierry Barbier-Mueller, président et administrateur-délégué de la Société Privée de Géranceà Genève.Pierre Keller, directeur de l'Ecole cantonale d'art de Lausanne (ECAL).Stéphane Benoit-Godet, rédacteur en chef de Bilan.Les lecteurs de Bilan (une voix), via le site du magazine www.bilan.ch.

À vous de participer!Vous pestez contre le mauvais usage de l’argent public? Et vous avez des exemples? Alors communiquez-les à notre rédaction par courriel à l’adresse bilan@bilan.ch ou sur notre site.De surcroît, vous pourrez participer le moment venu à la votation sacrant le «Gaspi d’or 2010» le plus flagrant. Le palmarès des dernières éditions2007 - Route Vaulruz - Romont31 millions, c'est le prix pour améliorer la liaison routière entre Romont et l'entrée de l'autoroute Vevey - Bulle à Vaulruz. Gain de temps: une ou deux minutes. Le Grand Conseil se prononcera sur l'octroi du crédit avant l'été. 2004 - Tunnel autoroutier de Serrières Creuser un tunnel à 140 millions à l'entrée ouest de Neuchâtel: tel était l'objectif des pouvoirs publics pour détourner l'autoroute existante. Aujourd'hui, l'ouvrage est en construction. Son coût a été rehaussé à 155 millions. 2001 - Animaleries vaudoises Sans aucune coordination, l'EPFL, l'ISREC, le CHUV et l'UNIL envisageaient de construire des animaleries à Lausanne. En votation populaire, le dernier projet est passé à la trappe.

 

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."