Bilan

Troisième pilier: implosion en douceur

L’accent mis sur des espérances de rendements élevés recouvre les difficultés croissantes des assureurs à servir le taux technique. Le choix du bon établissement est essentiel.
Philippe Hebeisen, directeur général de la Vaudoise Assurances. Crédits: Vanessa Cardoso/EOL

«Nous ne mettons pas sur le marché des produits où l’investisseur risque de perdre son capital.» Philippe Hebeisen, le directeur général de la Vaudoise Assurances, est formel. Mais si la fermeté sur les principes s’impose, c’est parce que la tentation est de plus en plus grande de faire porter le risque produit par les souscripteurs.

Le débat s’inscrit dans le contexte de la baisse du rendement sur l’emprunt de la Confédération à dix ans qui excède désormais à peine 0,7%. Or cet emprunt représente traditionnellement une bonne partie des placements des assureurs actifs sur le marché du 3e pilier. 

A ce niveau, même servir un taux technique plafonné à 1,5% sur un 3e pilier lié devient un exploit, et l’espoir d’une participation aux excédents pour l’assuré peut apparaître comme une figure de style. Sur le plan du marketing, les conditions qu’il est encore possible d’offrir sont peu attractives.

On assiste donc à une mutation de l’offre où la tentation est grande de faire miroiter un espoir de rendement élevé sur un 3e pilier adossé à un fonds de placement. Or le risque existe aussi de faire des pertes substantielles, sinon de tout perdre, car la gestion du 3e pilier doit tout de même respecter les exigences de la loi sur la prévoyance professionnelle et de ses ordonnances.

A Credit Suisse, la franchise est de mise: le fonds Mixta LPP maxi, investi à 45% en actions, a perdu 18% en 2009, avant de reprendre 13% en 2011 et de réaliser une performance de 7,7% en 2012. Il reste que, sur cinq ans, la performance du «Maxi» s’inscrit à -0,6% et le Mixta défensif à 25% d’actions affiche 1,2%.

Seul le Mixta Basic offre un rendement présentable de 3,2%, et pour cause: il est investi à 40% dans l’immobilier et ne comporte pas d’actions. Il reste que, depuis 1974, le Mixta LPP à 35% d’actions réalise une performance de 5,9% et, insiste par exemple Jean-Raymond Wehrli, responsable de la clientèle institutionnelle à Genève, en matière de 3e pilier il faut se fixer un horizon à long terme. 

Garantir le capital

On peut le rappeler, le 3e pilier lié mise sur des apports constants dans la durée. Un salarié qui commencerait à placer à l’âge de 30 ans le montant déductible fiscalement de 6739 francs aurait plus de 200 000 francs disponibles à 65 ans. A cela s’ajoute le rendement qui est précisément ce qui fait la différence: or il suffit de consulter la liste établie par Comparis pour faire apparaître de grandes différences d’une banque à l’autre. Le choix du bon établissement et de la solution appropriée est donc essentiel.

«Comparis se base sur des critères simples», relève pour sa part Pierre Zumwald, directeur des Rentes Genevoises, avant de faire observer que «le produit avec la meilleure performance n’est pas toujours le bon choix». Si l’objectif est essentiellement fiscal, le plus simple est de déposer l’argent sur un compte bancaire de 3e pilier.

Mais si le souci de prévoyance est prépondérant, d’autres considérations entrent en jeu, et un produit d’assurance peut être plus approprié. Mais ici encore il faut y regarder de très près: si un produit bancaire donne toujours lieu à un versement en capital, entre 60 et 65 ans, il en va de plus en plus souvent de même d’un produit d’assurance, le versement d’une rente devenant l’exception.

La garantie du capital reste un atout essentiel, mais la participation aux excédents est un avantage appréciable, si l’on sait que la partie variable d’un produit de 3e pilier peut atteindre 20 à 25% du capital de la rente.  

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