Bilan

UBS: Oswald Grübel serait sur le départ

La grande banque préparerait la démission de son CEO, a appris Bilan. La recherche d’un successeur serait en cours.

Oswald Grübel a été prié de s’en aller», a confié à Bilan une source proche du conseil d’administration de l’UBS. «Les discussions tournent actuellement autour de possibles successeurs. Dès qu’une décision sera prise, le départ du CEO sera annoncé.» Oswald Grübel, 67 ans, a perdu son pari. Celui qui l’avait mené à confirmer dès son arrivée en février 2009 l’importance de la banque d’affaires de l’UBS, au moment où nombre d’observateurs et d’associations de défense d’actionnaires estimaient qu’elle devait être séparée du reste de la banque en raison de ses risques incontrôlables. Bien au contraire, l’Allemand de l’Est qui a dirigé le Credit Suisse de 2003 à 2007 et qui vient lui-même du métier du trading affirmait que l’investment bank restait un des cœurs de métier de l’UBS. En 2009, il avait cherché à récupérer les parts de marché perdues dans ce domaine à coups de fortes augmentations des salaires fixes à New York et à Londres, pour enrayer les défections. L’arrestation du trader Kweku Adoboli ce 15 septembre, qui travaillait dans les bureaux londoniens de l’UBS et qui a perdu 2 milliards de dollars en spéculant sur des dérivés (ETF, swaps et futures) sur actions, a donné un nouveau coup d’arrêt brutal à cette ambition qui hante l’UBS depuis sa fusion de 1998: hisser la banque d’affaires parmi les plus grandes au monde. Suite aux appels à la démission dans la presse, et au décrochage du cours de l’action, tombée à ses plus bas niveaux historiques, «l’état nerveux du CEO, qui n’est pas tout jeune, est considérablement perturbé», témoigne notre source.

Les ambitions pour la banque d’affaires se sont avérées aussi chères à Oswald Grübel qu’elles l’avaient été à son prédécesseur, le décrié Marcel Ospel. Sous la direction du Bâlois, la banque d’affaires de l’UBS avait perdu quelque 57 milliards de dollars entre 2007 et 2009 suite à la crise des subprimes, effaçant bien plus que tous les bénéfices générés sur les marchés en dix ans. Contacté au sujet du départ prochain du CEO, le porte-parole romand de l’UBS, Jean-Raphaël Fontannaz, «ne souhaite pas commenter les rumeurs». Nos sources confirment toutefois que les discussions au niveau du conseil d’administration au sujet d’un remplaçant à la tête de la banque s’accélèrent suite aux dégâts d’image causés par la perte de 2 milliards de dollars. Malgré les conséquences historiques de la crise de 2008, Oswald Grübel a développé sans coup férir l’activité de banque d’affaires de l’UBS. Seules les têtes ont changé au sommet de l’UBS Investment Bank depuis 2008. Le trading pour compte propre s’est poursuivi, la loi Dodd-Frank Act qui devait l’interdire aux Etats-Unis ayant été diluée dans le temps, pour n’imposer des restrictions qu’à partir de 2018. Malgré les engagements pris par la nouvelle direction suite aux défaillances trouvées par la FINMA dans la gestion des risques et les contrôles internes du trading de la banque, l’incident du 15 septembre a semé le doute sur la volonté réelle des dirigeants de l’UBS de brider la banque d’affaires. «A son arrivée, Grübel était adulé comme l’homme qui a redressé le Credit Suisse, et il inspirait une grande confiance, poursuit notre source. Mais depuis quelque temps, il déçoit, car la banque d’affaires de l’UBS n’a pas généré les bénéfices escomptés. Certaines de ses déclarations ont été mal reçues par le conseil d’administration, notamment les critiques qu’il a adressées à la BNS, doutant publiquement de l’efficacité de l’ancrage du franc à l’euro.» Les résultats du négoce restent très volatils d’un trimestre à l’autre, et le risque pris par les traders est en augmentation constante depuis 2009. Les coûts du personnel demeurent un tiers plus élevés que la gestion de fortune du groupe, restée hautement rentable depuis la fusion. Cette division est mal valorisée au niveau du cours de l’action UBS, en raison de la décote persistante depuis 2007, liée aux trois ans de pertes démesurées de la banque d’affaires. Signe d’une faible volonté de poser des limites aux risques du trading, Oswald Grübel a fait montre d’une réticence particulière face aux exigences plus strictes de fonds propres, non seulement en Suisse mais aussi en Angleterre, mettant en garde les autorités britanniques dans une interview au Financial Times le 11 mars dernier, que «si le gouvernement abandonne la City, Dieu vous vienne en aide», et soulignant que sa banque, qui employait à elle seule 7000 collaborateurs à Londres, pourrait déménager.

Refus de brider les traders Grübel, jadis perçu comme un prodige de la banque, acceptera-t-il de partir sur un échec? Il ne sera pas le premier. Depuis qu’elle mène des activités de marché anglo-saxonnes, l’UBS est toujours tombée dans le même piège: l’absence de contrôles suffisants des risques liée au refus de brider ses traders. Entre 1993 et 1996, un tiers des bénéfices commerciaux de l’Union de Banques Suisses provenaient… de l’unité des produits dérivés sur actions, dirigée par Ramy Goldstein à Londres. En 1997, ce trader a fait perdre 620 millions de dollars à la banque. Entre 2004 et 2006, près de la moitié des bénéfices de l’UBS venaient du négoce d’obligations titrisées sur hypothèques à risque (CDO subprime). En 2007, le New-Yorkais Jim Stehli et son équipe causaient à la banque la plus grande perte de son histoire dans les CDO subprimes. Tout comme l’UBS n’avait pas de responsable des risques à New York en 2007, il n’en existait pas à Londres en 1996. Dans les deux cas, les personnes qui occupaient les postes de contrôle étaient inaptes à suivre les opérations complexes de Ramy Goldstein et celles de Jim Stehli. En 2011, le trading spéculatif génère une bonne partie des 10 milliards de revenus du négoce générés par UBS Investment Bank, et Grübel espérait encore que cela se traduirait par une rentabilité dopée pour le groupe. Mais les activités complexes du desk Delta One de Kweku Adoboli échappent à nouveau aux contrôles, et à nouveau, la banque d’affaires prouve qu’elle coûte infiniment plus qu’elle ne rapporte…

 

 

Crédit photo: Steffen Schmidt/Keystone

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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