Bilan

«Le design n’est pas une question de formes ou de matières, ce qui compte c’est l’idée»

En deux décennies, le studio de design japonais Nendo a conquis le monde. Il a gagné de multiples prix et ses pièces se trouvent dans les collections des musées du monde entier. Coup d’œil sur une créativité hors norme.

  • Enveloppées dans un paysage fantasmagorique immaculé, l’exposition «Invisible Outlines», showroom Jil Sander, Milan 2017.

    Crédits: Takumi Ota
  • Meuble en verre à étagères colorées, Layers pour Glas Italia, 2016.

    Crédits: Dr
  • Miroir-chaise Mirrors pour Glas Italia, le reflet s’estompe grâce à un traitement spécial à l’acide.

    Crédits: Dr
  • Kojimachi Terrace, Tokyo, 2019.

    Crédits: Takumi Ota

A suivre son parcours démesuré, on s’étourdit. Son site liste un répertoire chronologique sans fin de projets très variés, du mobilier, des luminaires, des sacs, des ballons de foot, des tenues de rugby, des téléphones, des téléviseurs, des services de table, une gamme complète d’accessoires pour Japan Airlines, des installations monumentales à Milan et à Paris comme à Tokyo. Et de l’architecture.

Fondateur et directeur artistique de Nendo, Oki Sato est né en 1977 à Toronto au Canada; en 2002, il obtient son diplôme d’architecture à l’Université de Waseda à Tokyo, où il fonde la même année son studio dont le nom signifie «argile libre». Depuis sa première exposition en 2003, le phénomène Nendo s’est développé à vive allure et n’a cessé d’impressionner le monde par la force de son vocabulaire à la fois épuré, puissant et poétique, à la frontière entre Orient et Occident.

Bien que son activité boulimique embrasse tous les domaines, Nendo y répond avec la même cohérence faite de rigueur et de légèreté. Jamais vulgaire ni ordinaire, sa patte est délicate mais pas fragile, élégante sans être prétentieuse, recherchée sans être ampoulée, minimaliste sans être austère. Sa capacité de production hors norme s’appuie sur une équipe qui traduit ses idées et les développe à partir de dessins au crayon ou peints par lui-même. Reconnaissable entre tous, le langage visuel du designer japonais s’exprime en monochromes, la plupart du temps blancs, ponctués parfois de noir et quelquefois de gris. Oki Sato explique cette rigueur chromatique par sa passion adolescente pour les mangas: «J’ai toujours admiré la capacité des dessinateurs de manga à exprimer leur pensée en noir et blanc. Ça a été ma première école.»

Objets contours

Stairway House, Tokyo, 2020. (Crédits: Daici Ano)

A la multitude de projets, même aux plus commerciaux, Oki Sato sait toujours apporter une valeur ajoutée poétique, une touche métaphysique immatérielle, «au-delà de la fonction, qui est essentielle, l’émotion est un élément très important dans mon design», précise le designer japonais. En témoignent ses miroirs-chaises pour Glas Italia qui font disparaître la silhouette dans le reflet. Ou les volets colorés des étagères en cristal Layers dont les nuances varient en fonction de la superposition. Ou encore ses lampes en treillis métallique, sortes de bulles suspendues dans le vide dont les contours se figent comme dans un rêve.

Au fil des ans, sa recherche sur la perception des objets à travers leurs contours devient une manière totalement inédite de lire la forme. En 2017, il éblouit des milliers de visiteurs du Salon du meuble de Milan avec l’exposition «Invisible Outlines». Ce travail sur le vide, la courbe et la ligne reste à ce jour une de ses plus géniales inventions. Seize installations exploraient la façon dont l’œil humain perçoit les objets en identifiant leurs contours, questionnant la limite et la perception d’un objet à travers la place qu’il occupe dans l’espace.

Architecture radicale

Dans le quartier Kojimachi au centre de Tokyo, là où les bureaux sont généralement des blocs fermés avec contrôle climatique artificiel, Nendo a aménagé des terrasses-jardins qui se transforment en salles de réunion privées, en coulissant les portes et les fenêtres habilement cachées. Une «sky forest» au cœur de la mégapole nippone qui permet aux employés de se cacher dans la nature. A Tokyo toujours, l’animation continue du quartier de Shinjuku recèle une oasis de tranquillité insoupçonnée à l’architecture radicale. Signée par Oki Sato pour un de ses collaborateurs, cette maison stupéfiante sur trois niveaux est traversée par un escalier vertigineux qui franchit la façade entièrement vitrée en connectant extérieur et intérieur. Avec son inclinaison de plus en plus raide et incurvée, cet escalier d’apparat n’est pas destiné à la circulation. Un geste architectural sans concession qui se poursuit côté nord, là où la maison devient une boîte blanche sans
fenêtre.

Patricia Lunghi

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