Bilan

Du potentiel sans faim

L’obésité et la malnutrition tuent toujours autant. S’ajoutent à cela l’usage de plastiques polluants, les besoins en eau et la production de CO2 de l’industrie alimentaire. Catastrophe en vue ? Des startups dans la foodtech foisonnent en Suisse pour trouver des solutions.

  • « Qui dit problème dit opportunité. La nutrition est un domaine porteur » Christian Nils Schwab, professeur et directeur du Centre de nutrition de l’EPFL

    Crédits: Dr
  • « Quand on touche à l’alimentation avec une solution technologique, on peut parler de foodtech » Alex Heulin, nutritionniste du sport

    Crédits: Ecorobotix

Il y a les réelles innovations, et il y a les gadgets. L’exemple parlant est celui de Juicero, une startup soutenue par des investisseurs sérieux comme Google Venture et Kleiner Perkins. Elle permettait de faire des jus de fruits et légumes frais à base de sachets d’aliments. Beaucoup voyaient la centrifugeuse connectée au wi-fi comme la Nespresso des jus de fruits. Sauf que, après avoir levé plus de 120 millions de dollars, la guillotine tombe sous la forme de Bloomberg. Le média a révélé l’inutilité de la machine vendue 400 dollars, qui n’était finalement pas meilleure que les autres. Quatre mois plus tard, Juicero a dû fermer ses portes.

Qui aura la prochaine « fausse bonne idée » de l’industrie ? Il faut savoir que moult problèmes doivent être résolus dans le domaine de l’alimentation. « Aujourd’hui, la situation n’est pas pérenne », résume Christian Nils Schwab, professeur et directeur du Centre de nutrition de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Après avoir listé tous les problèmes liés à l’industrie alimentaire, il tenait à terminer sur une note positive. « Qui dit problème dit opportunité. » La pollution, la malnutrition, l’obésité, la surconsommation d’eau ou encore la perte de biodiversité sont autant de défis auxquels le monde doit faire face. Le professeur garde une lueur d’espoir pour une raison simple: les sociétés actives dans la foodtech et l’agritech attirent les investisseurs. En effet, en 2019, 1858 opérations ont permis aux sociétés actives dans ce secteur de lever 19,8 milliards de dollars au niveau mondial. C’est moins qu’en 2018, mais cela reste respectable. «La nutrition est un domaine porteur», confirme Christian Schwab. Un domaine tellement porteur que tout un écosystème a vu le jour entre Genève et Zurich en raison de la tradition agricole enracinée en Suisse, d’une forte densité d’entreprises et d’institutions de premier plan et d’un grand nombre de startups dans des domaines tels que l’alimentation, la nutrition, les sciences de la vie et la robotique.

Planted a mis au point une recette de poulet végétal. Leur substitut prend la place de la viande dans n’importe quelle recette demandant du poulet. (Crédits: Dr)

La Suisse, référence mondiale pour l’innovation dans le domaine alimentaire

La Swiss Food and Nutrition Valley est une initiative conjointe lancée au WEF à Davos en début d’année par l’EPFL, l’Ecole hôtelière de Lausanne (EHL), le canton de Vaud et Nestlé. L’objectif est de relever les principaux défis d’une alimentation durable et de qualité en attirant les talents, les startups et des investissements en Suisse. Avec plus de 300 startups liées à la foodtech et à l’innovation nutritionnelle d’une manière ou d’une autre, la Suisse fourmille d’idées. De grandes entreprises comme Givaudan ou Nestlé ont lancé des programmes en rapport avec la nutrition. Reste encore à chapeauter tout cela, et à encourager les investisseurs venant de Suisse. « Le gros des investissements est toujours réalisé en dehors de la Suisse », observe Luca Michels, cofondateur de Yamo, entreprise qui produits des aliments frais, naturels et biologiques pour bébés. « La plupart des activités des startups et des investissements tournent autour des industries classiques qui ont fait le succès de la Suisse comme la pharma, la biotech, la fintech et, ces dernières années, les logiciels. La foodtech et les produits de grande consommation sont encore dans un secteur de niche. » Pour convaincre, il faut notamment surmonter deux grands obstacles: les économies d’échelle et la volonté des consommateurs de changer leurs habitudes. En effet, vivre de manière plus saine, plus écologique est une volonté qui prend son essor dans le monde entier. Le succès de Yuka, cette application qui fait plier les marques agroalimentaires pour qu’elles proposent des produits débarrassés d’additifs, prouve bel et bien que les consommateurs sont prêts à changer leurs habitudes.

L’une des particularités de la foodtech réside en sa pluralité. Le domaine est large et va des plateformes de gestion des stocks à des solutions de traçabilité en passant par la préparation des aliments. « Quand on touche à l’alimentation avec une solution technologique, on peut parler de foodtech », affirme Alex Heulin. Ce nutritionniste du sport a fondé sa startup NutriPixi au sein de l’incubateur de l’EHL. D’autres, comme Felfel et Green Time proposent une solution de réfrigérateurs intelligents. La consommation est mesurée en temps réel. Cela permet à ce que les employés mangent à leur faim sans qu’il y ait de restes.

Le poulet artificiel

Parmi les grands espoirs suisses: Planted. La startup zurichoise, spin-off de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (ETHZ), a mis au point un produit similaire au poulet à base de pois jaunes et d’huile de colza. Pascal Bieri, son cousin Lukas Böni, Christoph Jenny et Eric Stirnemann ont fondé Planted en 2017 dans le dessein de réduire la surconsommation de viande. Planted a investi les rayons d’un des plus grands distributeurs de Suisse, la Coop. Un pas de géant pour l’équipe qui cherche à produire toujours plus. Les sacro-saintes économies d’échelle sont primordiales, d’autant plus que le positionnement prix est délicat. Pascal Bieri sait que le consommateur n’est pas prêt à payer deux fois plus pour un produit de substitut – aussi ressemblant soit-il.

Encapsulation

Microcaps fabrique des microcapsules. Loin de se limiter à des médicaments, l’équipe de la société zurichoise a trouvé le moyen d’encapsuler pour l’alimentaire: protéines, lipides ou encore vitamines. «Il faut du temps pour que les clients croient aux bénéfices réels de cette solution», ajoute Alessandro Ofner. La start-up a remporté de multiples prix depuis sa création en 2014, mais elle doit encore se développer. Le patron entend à terme avoir une portée mondiale.

Robots pour limiter les pesticides

Les robots d’Ecorobotix sont souvent donnés en exemple par les experts du milieu foodtech. Il s’agit d’un robot qui se promène dans les champs, en suivant un tracé. Quand il décèle une mauvaise herbe, son bras projette une minidose d’insecticide. «Ce n’est pas le volume d’un tracteur et de ses deux bras télescopiques», commente Christian Nils Schwab. Si la présence de drones pour disséminer les produits dans les champs ou les vignes n’est pas nouvelle, le fait d’avoir un robot totalement autonome pourrait bien changer la donne. « On passe d’une image de paysan bougon qui a trop à faire à celle d’un jeune agriculteur dans sa chaise de gamer », sourit le professeur de l’EPFL. Ecorobotix est basée au Y-Parc, à Yverdon-les-Bains, et réalise parfois des tests sur les terres de l’Agroscope.

CombaGroup

L’aéroponie est la méthode choisie par CombaGroup pour faire pousser les légumes. Un support et des brumisateurs plutôt que de la terre et de l’eau suffisent à faire pousser les denrées. (Crédits: Olivier Allenspach)

Imaginez un jardin potager, mais avec les salades au-dessus du sol. Saugrenu ? Certainement. Et pourtant, l’équipe de CombaGroup promet 30 fois moins de besoins en eau que pour la culture traditionnelle. Au lieu d’arroser la terre, la start-up propose de pulvériser un brouillard nutritif directement sur les racines des salades. Le risque de contamination croisée disparaît, tout comme les maladies du sol.

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Rebecca Garcia

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de société, au business du sport et aux jeux vidéo.

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