Bilan

Kevin Costner: «La Suisse, c’est tout ce que j’aime» 

Avec deux Oscars, deux Golden Globes, un César d’honneur et des dizaines d’autres récompenses à son actif, l’acteur est l’un des artistes les plus appréciés du showbiz américain.

Crédits: Gilles Toucas

Né en 1955 dans une famille modeste en banlieue de Los Angeles, Kevin Costner a fait sa carrière et sa fortune à la force de son travail et de sa volonté. L’ancien menuisier est devenu l’un des comédiens les mieux payés d’Hollywood à la fin des années 80 avant d’être aussi un grand réalisateur. Danse avec les loups, Les Incorruptibles ou encore Bodyguard avec Whitney Houston sont quelques-uns de ses plus de 50 films entrés dans l’histoire du septième art. Amoureux des grands espaces de l’Ouest américain, il est aussi musicien et chanteur avec son groupe de country rock, Modern West, qui s’est produit à plusieurs reprises en Suisse. Ce père de sept enfants est également un homme d’affaires et un grand défenseur de l’environnement.

Après des discussions avec mon épouse, j’ai trouvé un petit job de manager dans des studios de Hollywood où j’étais payé
24 dollars par jour

A 66 ans, Kevin Costner est plus que jamais en charge de sa carrière en tant qu’acteur mais aussi producteur. Il vient de terminer la production de la quatrième saison de sa série «Yellowstone» tandis que son dernier film, L’un des nôtres (Let Him Go), sort au cinéma à travers l’Europe mais est également disponible en VOD, DVD et Blu-Ray en Suisse. Kevin Costner y incarne un shérif à la retraite qui décide, avec son épouse, de quitter leur ranch pour partir à la recherche de son petit-fils qui vit sous l’emprise d’une dangereuse famille. L’action, qui se déroule dans les années 60, est une sorte de western moderne comme les aime l’acteur. Rencontre exclusive pour Bilan Luxe.

Votre série «Yellowstone» comme votre film «L’un des nôtres» se déroulent dans le Grand-Ouest sauvage américain. Qu’est-ce qui vous fascine autant dans ces grands espaces?

Kevin Costner joue le patriarche de la famille Dutton dans la série «Yellowstone» diffusée sur la chaîne Paramount Network. (Paramount)

Je suis un féru d’histoire. J’aime contempler de grands espaces et penser à ceux qui ont admiré ces panoramas des décennies ou siècles avant moi. La beauté d’une montagne, c’est aussi son côté brut, inamovible, même chose pour une rivière. On peut essayer de construire des barrages mais la rivière continuera à s’écouler. La forêt, on peut couper son bois, mais rien de plus beau que de grands arbres. J’aime les grands espaces, et voilà peut-être ce que j’aime aussi en Suisse. J’en ai parlé avec Martin Scorsese qui me disait ne pas trop aimer la nature et préférer la ville, les rues, les allées... Pour moi, New York ne change guère. La météo n’a aucune influence sur une grande ville alors que dans l’Ouest américain chaque jour est différent. Ces grands espaces sont des personnages à part entière dans mes films.

Vous dites avoir un amour particulier pour la Suisse, pourquoi?

Ma famille habite à présent à Santa Barbara, mais nous avons vécu des années dans les Rocheuses à Aspen où j’étais tombé amoureux d’un ranch. Il y a une vraie similitude entre certains paysages de cette partie montagneuse d’Amérique et les endroits que j’ai pu voir en Suisse. C’est probablement pour cela que j’ai toujours autant apprécié votre pays. Je suis venu à plusieurs reprises en Suisse pour des concerts avec mon groupe Modern West. Que cela soit à Bâle ou à Zurich, par exemple, je me sens apaisé par ce genre d’environnement. Dans mon ranch d’Aspen, la propriété possède son propre lac et je trouve qu’il n’y a rien de plus agréable qu’une vue sur une étendue d’eau calme. La Suisse, c’est tout ce que j’aime avec une multitude d’endroits où l’on retrouve ce genre de paysage entre lac et montagne. J’ai besoin de me sentir connecté à la nature.

On connaît la star d’Hollywood, mais vous êtes aussi un homme d’affaires avisé puisque vous avez investi une grande partie de votre fortune dans différentes sociétés. Pourquoi ce choix?

J’ai toujours apprécié la valeur du travail et je trouve normal d’investir pour aider au développement de différents projets. Certains font des placements en banque, moi je préfère que mon argent aide à créer. Après «Danse avec les loups», j’ai voulu trouver une solution pour aider les communautés indiennes, par exemple. Et je suis le dernier à me payer quand j’investis. Je trouve normal que chaque employé touche un salaire avant que je puisse percevoir des bénéfices. Je suis un investisseur impliqué qui participe aux réunions et décisions, mais je refuse d’afficher ma tête. Hors de question de me faire de la pub, cela ne m’intéresse pas.

Justement, celui que l’on connaît moins, c’est le Kevin Costner qui est très impliqué dans la défense de l’environnement...

Touché par la marée noire causée par le pétrolier «Exxon Valdez» sur les côtes de l’Alaska en mars 1989, Kevin Costner a investi 20 millions de dollars pour permettre de trouver une solution à ce type de pollution. (Bloomberg/Getty Images)

J’ai été extrêmement touché par la catastrophe du pétrolier Exxon Valdez lorsqu’il a causé une marée noire sur les côtes de l’Alaska en mars 1989. J’ai investi 20 millions de dollars pour permettre de trouver une solution à ce type de pollution. Et nous avons mis au point un procédé révolutionnaire qui permet de récupérer ce pétrole dans les océans. La technologie est au point et elle peut séparer le pétrole de l’eau en retrouvant une eau pure à 99,9%. Mais malheureusement les sociétés pétrolières continuent de vouloir utiliser des bouées pour entourer les pertes de leur bâtiment, ce qui est ridicule et terrible pour l’environnement. C’est comme vouloir retenir de l’eau dans nos mains. Des lois internationales devraient exister pour imposer que tous les tankers du monde possèdent notre type d’appareils à bord. Cela permettrait de réduire de manière effective les quantités déversées en cas d’accident. C’est horrible car je me demande quand est-ce que ces gens auront une conscience et une morale pour sauver la planète. J’ai l’impression que ces industries polluantes n’ont qu’une chose en tête: le profit! Chaque fois que j’en ai parlé avec d’autres personnes, on me dit toujours que cela semble une évidence que ces progrès soient utilisés pour aider l’environnement. Mais les milliards de bénéfices des multinationales sont toujours plus forts.

Où en êtes-vous aujourd’hui avec ce procédé?

J’ai pris du recul parce que l’industrie pétrolière est sale et ne cherche pas vraiment à changer. Au moment de l’explosion sur la plateforme BP Deepwater Horizon dans le golfe du Mexique en 2010, on nous a appelés pour notre système, mais les moyens n’ont pas été mis en place. La technologie existe. Je le sais car je l’ai construite... et quand je dis que je l’ai construite, j’ai engagé des gens très intelligents qui ont travaillé pour moi. De la même manière que tous les bateaux sont équipés de gilets de sauvetage, on devrait équiper toutes les embarcations avec nos machines pour purifier les mers et océans. Notre procédé permet également de traiter l’eau de cale et toutes les eaux usées qui sont encore largement rejetées à la mer par tous les bateaux et qui polluent énormément. Je parle des océans, mais notre procédé est aussi valable pour éviter la pollution des lacs et des fleuves.

Pourquoi n’êtes-vous pas davantage impliqué dans les luttes pour la défense du climat ou les manifestations pour sauver notre planète?

Certaines personnes manifestent, d’autres protestent, d’autres organisent des conférences, moi je m’investis financièrement dans la recherche de solutions et la construction de choses. C’est sûrement mon passé de travailleur manuel puisque j’ai commencé par être ouvrier sur les chantiers dans ma jeunesse. Je ne suis pas un homme qui apprécie les longues discussions. Je préfère agir à ma façon en trouvant des solutions. Je me suis marié très jeune. Ma femme était encore au collège à cette époque et moi j’étais un menuisier. Je gagnais 100 dollars par jour pour construire des maisons en bois. Mais j’ai toujours voulu être un acteur. Après des discussions avec mon épouse, j’ai trouvé un petit job de manager dans des studios d’Hollywood où j’étais payé 24 dollars par jour. Et cela a duré six ans. Je suis certain que des copains d’école devaient se moquer de moi à cette époque. Bien sûr que j’ai du succès à présent et plus de réussite que je n’aurais jamais pu l’espérer. Mais j’ai commencé tout en bas de l’échelle. Je travaille depuis que j’ai 16 ans et ai connu des périodes noires où je n’arrivais pas à payer mes factures.

A propos des derniers mois, comment avez-vous surmonté la pandémie?

Mon épouse et moi avons essayé de continuer une vie la plus normale possible pour nos enfants, tout en les protégeant. Au début de la pandémie, nous étions tous ensemble dans notre propriété de Santa Barbara. J’ai souvent expliqué à mes enfants que nous sommes des privilégiés car nous avons de l’espace, ce qui offre une certaine liberté à l’opposé de ceux qui doivent se contenter d’un petit appartement. Le plus dur est d’être séparé de mes enfants. Pour la série «Yellowstone», j’ai passé plus de trois mois dans le Montana sans voir ma famille à cause du Covid pour ne pas mettre en péril la production si je devais prendre l’avion, par exemple. Je suis producteur du feuilleton et hors de question d’avoir 200 personnes sans travail si je dois être malade et absent.

Vous avez parlé récemment de l’ouverture d’un musée Kevin Costner au milieu de l’Etat de l’Arkansas. Est-ce toujours d’actualité?

Oui, mais cela a pris du retard à cause du Covid. Il y a quelque chose de spécial dans la localité de Hot Springs où ce musée doit se construire. D’ailleurs, l’endroit est comme un condensé de tout ce que j’aime en Suisse: la forêt, les montagnes, les rivières et lacs, bref la nature pure autour d’une petite ville. Le musée va me permettre d’exposer, pour ceux que cela intéresse, des dizaines de choses de mes films, séries TV, mais aussi de mes concerts. Il y aura des costumes, des accessoires, même des voitures qui ont marqué des moments de ma carrière.


18 janvier 1955: Naissance en Californie.
1987:
 Le film «Les Incorruptibles» le rend célèbre.
1990:
 Sortie de «Danse avec les Loups».
1991:
 «JFK» d’Oliver Stone.
1992:
 Sortie de «Bodyguard» avec Whitney Houston.
2018-2021:
 «Yellowstone», série télévisée de Taylor Sheridan.

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