Bilan

Les cercles de lecture sont à la mode

La lecture est une activité solitaire. Reste qu’un livre émouvant donne envie d’échanger, voire de rencontrer des auteurs qui nous font voyager. Zoom sur quelques initiatives romandes.

A Genève, le Cercle des lectrices bienveillantes compte une centaine d’adeptes.

Crédits: Philippe Maeder

Really? You’re not in a Book Club? (Sérieux, vous n’êtes pas membre d’un club de lecture?), titrait naïvement un édito du New York Times en 2014. Outre-Atlantique, plus de la moitié des Nord-Américaines de plus de 25 ans qui lisent régulièrement des livres sont en effet inscrites dans un cercle de lecture. Fait intéressant, ces réunions mensuelles ou hebdomadaires tombées en désuétude sous nos latitudes connaissent un regain d’intérêt.

Passionnée de littérature, la Genevoise Sandrine Bourgeois-Senges a ainsi créé en 2015 le Cercle des lectrices bienveillantes, qui compte aujourd’hui une centaine de lectrices. Une fois par mois, cette juriste reçoit dans l’intimité de son foyer un auteur dont le roman ou l’essai fait l’actualité littéraire et intellectuelle. Entre petits-fours et canapés, celui-ci présente ses écrits, lit quelques passages et aborde les thématiques phares. Le public est ensuite invité à faire part de ses impressions. «Les discussions s’animent dans une ambiance chaleureuse. L’entrée est gratuite. Le seul prérequis pour rejoindre notre cercle est la bienveillance.» Car si ce salon de conversation accorde une place large aux débats, on ne se réunit jamais pour critiquer. «Les lectrices écoutent avec sympathie, même lorsqu’elles ne partagent pas les points de vue.»

Plusieurs grands noms ont répondu présent à l’invitation de cette salonnière des Temps modernes: les Suisses Metin Arditi, Mélanie Chappuis et Oscar Lalo, mais aussi Pierre Assouline de l’Académie Goncourt, et Catherine Cusset, Prix Goncourt des lycéens, pour ne citer qu’eux. «On équilibre toujours entre écrivains suisses et français. Notre pays compte des auteurs fantastiques dont le talent n’est pas assez mis en avant. Malheureusement, en ce moment, les rencontres sont arrêtées pour protéger la santé de tous et par solidarité avec le corps médical.» 

Le Cercle littéraire de Lausanne est l’une des plus anciennes sociétés de lecture suisses. (Crédits: Dr)

Un nouveau festival

En 2019, galvanisée par les réactions enthousiastes, Sandrine Bourgeois-Senges pousse l’aventure un peu plus loin en créant le Festival et Prix littéraire du LÀC (acronyme de «Livre à Collonge») puis, en mai 2020, le Prix des bienveillantes. «Le festival a lieu au mois de mai, sur le site du Parc de la ferme de Saint-Maurice, face aux vignes et au Léman. Le jury est composé d’une équipe de cinq femmes, entièrement bénévoles. L’affiche a été dessinée par Zep.» Crise sanitaire oblige, l’édition 2020 a été reportée. «Mais ce n’est que partie remise. Rendez-vous le 29 mai 2021!»

Toujours à Genève, Anne-Noëlle Braun a elle aussi créé un espace où l’on s’adonne aux plaisirs des lettres. Avant la crise sanitaire, cette employée de banque accueillait les figures littéraires les plus en vue à la Brasserie des Halles de l’Ile. L’objectif? Apporter un peu de soleil aux financiers déprimés par la crise économique. «Chaque lecture me nourrit, m’enrichit et m’élève. J’ai voulu partager ce vécu avec mes collègues. On ne lit pas un livre de la même manière après avoir rencontré l’auteur.» Très vite, sa Petite Librairie intéresse un cercle de lecteurs plus large. Aujourd’hui, son compte Instagram intitulé Na0Plume est suivi par 363 lecteurs résidant dans l’arc lémanique, mais aussi à Paris et à Bruxelles.

Sandrine Bourgeois-Senges, créatrice du Festival du LÀC. (Crédits: Dr)

Crise sanitaire oblige, les rencontres sont aujourd’hui virtuelles. Anne-Noëlle Braun a créé sa chaîne YouTube – La Petite Librairie, la minute littéraire – dans laquelle un auteur présente chaque semaine son œuvre mais aussi les livres qui ont compté pour lui. Ces initiatives privées sont-elles en passe de détrôner les traditionnelles sociétés de lecture? «Il y a de la place pour tout le monde», assure Anne-Noëlle Braun, étant précisé que certains cercles ne sont pas ouverts à M. et Mme Tout-le-monde.

La ville de Lausanne, par exemple, abrite au numéro 7 de la place Saint-François l’un des plus anciens cercles littéraires suisses. Fondé il y a deux siècles, n’y entre pas qui veut. «L’entrée s’effectue par cooptation, c’est-à-dire par parrainage ou marrainage», dit son président, Guillaume Poisson. Les postulants affrontent ensuite le vote des sociétaires, qui déposent leur bulletin dans une urne datant de 1862. Une fois la porte de cette institution franchie, celle-ci propose une soixantaine d’événements par an à ses membres. Les prix littéraires Alice Rivaz et Michel-Dentan y sont également décernés. Le Cercle littéraire de Lausanne a des sociétés sœurs, telles que la Société de lecture de Genève, fondée en 1818 sur les mêmes principes. Celle-ci a cependant abandonné le parrainage. Chacun peut devenir membre en s’acquittant des 370 francs de cotisation annuelle.

En définitive, quel que soit le cercle choisi, sa force est d’offrir à ses membres l’occasion de brasser des idées. «La lecture des uns éclaire celles des autres, conclut Anne-Noëlle Braun. C’est aussi l’assurance de découvrir de nouveaux livres et de prendre du temps pour soi.» Une idée qui n’aurait pas déplu à Virginia Woolf.

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Amanda Castillo

Journaliste

Lui écrire

Amanda Castillo est une journaliste indépendante qui écrit pour la presse spécialisée. Diplômée de l'université de Genève en droit et en sciences de la communication et des médias, ses sujets de prédilection sont le management et le leadership. Elle est l'auteure d'un livre, 57 méditations pour réenchanter le monde du travail (éd. Slatkine), qui questionne la position centrale du travail dans nos vies, le mythe du plein emploi, le salariat, et le top-down management.

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