Bilan

Piémont: par vins et par vaux

Connue avant tout pour son barolo, la région vitivinicole italienne comprend des appellations qui méritent le détour. Reportage «au pied des montagnes».

Le vignoble du Piémont s’étend sur 45 000 ha, de l’est de Turin au sud-ouest de Milan.

Crédits: slow images/getty images, dr

Barolo, barbera, dolcetto, nebbiolo… La réputation des vins du Piémont n’est plus à faire. Elle est internationale. Le nord de l’Italie dispose de 16 vins d’appellation contrôlée (DOCG ou dénomination d’origine contrôlée et garantie), ainsi que 42 vins DOC (origine contrôlée). Le nom de Piémont signifie «au pied des montagnes». Normal, son paysage est dominé par les cimes des Alpes. Au loin, le Valais. On y entend encore parler le dialecte piémontais avec nombre de mots français.

A lui seul, le vignoble du Piémont couvre 45 000 ha, il va de l’est de Turin au sud-ouest de Milan. En comparaison, Lavaux compte 800 ha. Le Piémont produit 2,5 millions d’hectolitres de vin chaque année. L’Italie se targue de 400 cépages autochtones, davantage que la France, l’Espagne et la Grèce réunies: 34 sont exclusifs du Piémont.

Le roi des vins, le vin des rois

La culture de la vigne remonte au Xe siècle av. J.-C. A partir du IIe siècle av. J.-C., les Romains y développent la production du vin. Plus tard, les moines construisent des caves dans leurs abbayes. En 2014, cinq paysages de collines les plus emblématiques du Roero, des Langhe et du Monferrato ont été classés au Patrimoine mondial de l’Unesco. Une reconnaissance qui sert de trait d’union avec Lavaux, lequel a été reconnu sept ans plus tôt, en 2007.

Un autre lien historique est le duché de Savoie, dont la capitale a été Chambéry (1416-1563), puis Turin (1563-1713); une partie des vignobles vaudois y a été rattachée bien avant l’entrée dans la Confédération, en 1803. Le duché de Savoie a étendu sa domination sur tout le Léman, de Genève à Chillon, ainsi que sur l’actuel canton de Vaud, à l’exception de la région d’Aigle, tombée en mains bernoises en 1475.

Le Monferrato est une région viticole du Piémont réputée pour ses rouges et ses mousseux qui s’accordent avec la nourriture locale. Son nom vient de «munfrà», qui signifie brique ferrée. La légende du Moyen Age veut qu’un prince traversa tout le territoire en une journée, que sa monture perdit un fer et qu’il l’ajusta lui-même avec une brique. On y trouve les villes d’Asti et de Casale, un territoire fait de collines où coulent le Tanaro et le Belbo qui alimentent le Pô, le plus long fleuve d’Italie.

Le vin rouge le plus fameux, le barolo, vient de la région d’Alba. Il ne porte pas le nom du cépage (il est obligatoirement tiré à 100% du nebbiolo), mais du bourg médiéval au centre de l’appellation. Le barolo est produit sur près de 2000 ha. «Le roi des vins, le vin des rois» est considéré comme mature après quatre ans, mais atteint son paroxysme après dix ans. L’autre DOC dédiée au nebbiolo, le barbaresco, couvre 850 ha.

Des vendangeurs macédoniens

A Costigliole d’Asti, la famille de Ruggero et Orsetta Barbero – venue de Turin – a rénové avec goût une vieille ferme viticole du XVIIIe siècle en 2012 pour produire le Sant’Anna dei Bricchetti. Le mari d’Orsetta produit du jambon cuit près de Turin et s’est tourné également vers la production de vin: «C’est une passion commune pour la vigne et le vin qui nous a poussés, mon mari, nos enfants, Giulia et Giacom, et moi», raconte en français son épouse, qui a été enseignante et traductrice avant de passer une licence de sommelière. «Nous produisons 25 000 bouteilles, notamment du barbera et du moscato. C’est peu, mais nous ne sommes qu’à la 8e vendange. Nous nous efforçons de réduire les traitements chimiques, seulement ce qui est strictement nécessaire.» Des Macédoniens établis sur place viennent en renfort pendant les vendanges.

A un jet de sécateur, à Castel Boglione, nous attend Sergio Foglino, 43 ans, qui travaille avec son père en «partage de tâches». C’est la 5e génération: «Mon père effectue les travaux des vignes et moi ceux de la cave. Comme cela, on ne se dispute pas!» Lui aussi s’exprime parfaitement en français. Il a des amis au bord du Léman, comme le chef veveysan Denis Martin, qui possède aussi une maison tout près, et le sommelier Jérôme Aké Béda, qui lui achète des bouteilles pour son Auberge de l’Onde
à Saint-Saphorin (VD): «Je préfère la qualité à la quantité. Pour les vendanges, je paie mes Macédoniens 30 euros de l’heure, 4 fois le tarif normal, mais ils sont très bons. J’exporte aussi en Suisse. Et pour la première fois, j’ai même expédié une palette en Australie.»

Dormir et manger dans les vignes

On trouve le roero sur la rive gauche du Tanaro. Le nom provient d’une famille noble du Moyen Age. Le paysage alterne entre vignes et vergers, surtout des pêchers. A Canale, les frères Massimo et Roberto Damonte exploitent 42 ha de vignobles et produisent un vin nommé malvirà: en dialecte, «mal tourné»,
le domaine étant orienté dans une autre direction que ses voisins.

L’histoire a débuté dans les années 1950, sous la direction de leur père, Giuseppe. L’entreprise s’est agrandie, mais a tenu à rester familiale: Massimo s’occupe des vignes et Roberto de la cave. Giacomo,
le fils de Roberto, a terminé ses études d’œnologie à Alba. Patrizia, la femme de Roberto, s’occupe de la partie d’œnotourisme, la «Villa Tiboldi», d’une dizaine de chambres. Le bâtiment du XVIIIe, réaménagé avec piscine et restaurant dominant les vignes, ne désemplit pas à la belle saison: «Notre premier client était un couple de Zurich en 2003. Depuis lors, nous avons une belle clientèle suisse, près de 50%. C’est une clientèle de gourmets qui recherche la vue et la nourriture du Piémont. Cette activité complémentaire est bonne pour l’image de notre vin et pour celle de la région.»

A quelques kilomètres, à Monteu Roero, Francesco Moretti est maître de cave de l’entreprise Poderi Moretti, active depuis 1630. Comme dans bien des domaines de la région, le fils travaille avec le père et doit composer avec des méthodes différentes de celles de l’ancêtre, qui n’a pas étudié l’œnologie: «Mon père a appris la vinification traditionnelle sur le terrain. Je ne veux pas faire la révolution, mais une évolution, notamment en achetant de nouveaux domaines en Toscane et à l’île d’Elbe. Mon père aurait préféré se développer sur place. Mais impossible d’acheter des terres.»

Roberto Damonte exploite avec son frère 42 ha de vignobles à Canale. (Crédits: slow images/getty images, dr)

Autre région plus au sud, celle des Langhe, un nom qui signifie «langue de terre», est composée d’étendues de collines propices à la culture de la vigne. Sa capitale est Alba, célèbre dans le monde entier pour sa truffe blanche. En automne, un salon international y attire des dizaines de milliers de visiteurs. Ses vins les plus réputés sont le barolo et le barbaresco, issus du cépage nebbiolo.


(Crédits: slow images/getty images, dr)

Les principaux vins du Piémont

Moscato d’Asti et Asti spumante: 9500 ha – 98 millions de bouteilles

Piemonte: 4100 ha – 32 millions

Barbera d’Asti: 4000 ha – 21 millions

Barolo: 1967 ha – 13 millions

Barbera d’Alba: 1660 ha – 11,8 mios

Dolcetto d’Alba et Dolcetto di Diano d’Alba: 1654 ha – 9,888 mios

Monferrato: 1200 ha – 5,8 millions

Langhe: 1138 ha – 11,9 millions

Oliver Grivat

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