Bilan

Ronnie Kessel, une trajectoire anticipée

Drôle de destin que celui de Ronnie Kessel. Né en 1987, le sang qui coule dans ses veines – l’essence, faudrait-il dire – date pourtant de 1971, année à laquelle son père, le pilote de Formule 1 Loris Kessel, a fondé son garage Kessel Auto. Une entreprise dont Ronnie a hérité en 2010 à l’âge de 22 ans à peine et qui a bouleversé son existence. Retour sur dix ans passés, accélérateur à fond.

  • Crédits: Dr

Alors qu’il courait en Formule 1, le championnat le plus prestigieux du sport automobile, Loris Kessel a eu une intuition: il a anticipé la professionnalisation des sports mécaniques en ouvrant à Lugano ce qui était alors une petite structure consacrée à la modification et à l’entretien de voitures de course. Elle fut ensuite complétée par un atelier mécanique, puis par un atelier de carrosserie. Rapidement, le petit garage croît jusqu’à être remarqué par Ferrari, qui propose à Loris de devenir concessionnaire de la marque en Suisse pour la région du Tessin.

C’est dans cette odeur d’huile de moteur que Ronnie vient au monde en 1987. Son prénom lui a été donné par son père en l’honneur de Ronnie Peterson, un pilote décédé lors d’un accident pendant une course de Formule 1 sur le circuit de Monza. Evidemment, ce qui devait arriver arriva: le petit Ronnie ne rêvait que de prendre le volant. « Mon père m’a promis que dès que je serais assez grand pour toucher les pédales de la Ferrari, je pourrais commencer à courir, raconte Ronnie. Alors chaque jour je rentrais de l’école et m’asseyais dans les voitures pour essayer d’atteindre les pédales. » Et Loris tint sa promesse. «Effectivement, à mes 14 ans, nous sommes allés sur le circuit de Dijon et j’ai fait une journée de test. »

Ronnie Kessel passe une bonne partie de l’année sur les circuits de course aux quatre coins de la planète. Sa structure Kessel Racing gère les Ferrari de compétition de plusieurs championnats pour le compte d’écuries clientes. (Crédits: Dr)

Problème: la Suisse ne délivre pas de licence de pilote à ce jeune âge. Qu’à cela ne tienne: Ronnie déménage en France afin de pouvoir s’inscrire officiellement en compétition. « J’ai commencé à courir en Ferrari Challenge à 16 ans. A ce jour, je détiens encore et toujours le record de la plus jeune personne à avoir jamais participé à un championnat Ferrari officiel. »

Le malheur frappe en 2010, lorsque Loris Kessel décède. Ronnie n’a que 22 ans et poursuit à ce moment-là des études universitaires. Il se retrouve du jour au lendemain propulsé à la tête d’un groupe qui comptait 50 employés.

« Franchement, je n’y serais par arrivé si mon père ne s’était pas entouré de collaborateurs si compétents. Ils m’ont épaulé, soutenu et accompagné dans mon travail et ma direction, se rappelle Ronnie. Surtout, j’ai dû prendre une décision très difficile: arrêter la compétition en tant que pilote. La gestion de l’entreprise me prenait tout mon temps et mon énergie. Au début, la course me manquait terriblement, c’était comme une drogue dont il était impossible de se passer. Il fallait que je trouve un substitutif. Une alternative s’est rapidement imposée: le défi des affaires, pousser comme un fou pour développer mon entreprise. Je me suis rapidement rendu compte de certains parallèles avec le pilotage. Comme sur un tour de circuit, il n’y a aucun moment où vous ne faites rien. »

Une course de fond dans laquelle Ronnie s’est engagé avec succès. Exactement dix ans plus tard, le groupe Kessel a plus que doublé le nombre de ses salariés, avec près de 120 collaborateurs répartis dans les différentes divisions de l’entreprise. Celle-ci a été pensée par Ronnie selon une organisation répondant à l’acronyme CARS, soit Classic, Auto, Racing et Services. A Grancia, près de Lugano, là où son père avait fondé sa société en 1971, Ronnie a gardé le siège des entreprises Kessel. Mais les vitrines se trouvent désormais à Pambio Noranco ainsi qu’à Zoug, second showroom après le Tessin. A la référence Ferrari sont venues s’ajouter les représentations Maserati en 1995, Bentley en 2004, puis plus récemment Pagani Automobili. Il s’agit là bien sûr de la division auto.

Le pan Racing du groupe représente la plus grande partie de ses activités. Une division qui est d’abord née en tant qu’écurie de course. « Lorsque Ferrari a créé le championnat Challenge, ils ont demandé à mon père d’y participer. Kessel Racing a donc été créé en l’an 2000. Mais lorsque la nouvelle catégorie GT3 a été introduite en 2006, nous avons demandé à Ferrari si nous pouvions développer une voiture spécifique sur la base de la F430 Challenge. Nous avons augmenté la taille des roues et de la carrosserie, passé de la céramique de carbone aux freins en acier et ajouté un gros aileron… et nous avons reçu plus de 100 demandes d’autres équipes souhaitant en commander une! Nous avons dû inventer les services pièces détachées et après-vente. Saison après saison, victoire après victoire, la renommée et le savoir-faire de notre département racing n’ont cessé de grandir et nous employons aujourd’hui plus de 60 personnes qui se déploient sur une quarantaine de circuits internationaux pour fournir voitures et assistance technique à nos pilotes et écuries clientes. Nous couvrons désormais les voitures Challenge et GTE et nous gérons officiellement toutes les voitures GT3 de Ferrari à travers le monde. Une façon pour moi aussi de continuer à partager l’adrénaline et les émotions de la course ! » Il faut ajouter que nombre de pilotes célèbres, dont Valentino Rossi, ont couru sous les couleurs de Kessel Racing.

Le C de CAR, correspondant à Kessel Classic, est voué comme son nom l’indique aux voitures historiques en réalisant des projets de rénovation et d’entretien de véhicules classiques de route comme de course et s’est imposé comme une référence en la matière. A tel point que Ferrari certifie le travail de Kessel Classic sur ses belles au cheval cabré. Ce département peut aussi accompagner, tout comme le fait Kessel Racing pour les voitures de course contemporaines, les gentlemen drivers dans les épreuves de course classique. Kessel Classic a ainsi permis à ses clients d’atteindre la victoire dans des événements prestigieux tels que le Grand Prix historique de Monaco et le Rallye Monte-Carlo.

Il faut dire que Ronnie, bien que lui-même grand amateur de voitures historiques, ne les collectionne pas personnellement pour ne pas risquer d’éventuels conflits d’intérêts avec ses clients. Deux exceptions toutefois: il a gardé deux des voitures de course de feu son père Loris. Sa toute première, une sublime Alfa Romeo Giulia Sprint GTA, et surtout sa Formule 1 Ensign. Celle-ci arbore les couleurs de la marque horlogère Tissot. Il faut dire qu’entre l’horloger loclois et la famille Kessel, une véritable histoire d’amour est née. Tout a commencé en 1976 lorsque Loris Kessel a convaincu Tissot de devenir son sponsor en Formule 1. Ce premier contrat de trois ans n’a jamais vraiment pris fin puisque 44 ans plus tard son fils Ronnie est toujours l’ambassadeur de la marque. D’ailleurs, c’est Ronnie, dont le style et l’allure font plus penser à un bel homme de la péninsule italienne qu’à un entrepreneur helvétique, qui figure sur les campagnes d’affichage de Tissot.

Aujourd’hui âgé de 33 ans, Ronnie consacre tout son temps aux différentes missions de son entreprise, tantôt présent dans l’un de ses showrooms puis au bord de la piste d’un circuit quelque part sur la planète. Il le reconnaît lui-même, il a besoin de cette vie trépidante pour rassasier son besoin de compétition et d’action. Du côté de sa vie privée, on n’en saura que très peu, tant Ronnie reste discret sur le sujet de ses amours comme de ses amitiés célèbres.

Ronnie sur le podium avec son regretté père, le pilote de Formule 1 Loris Kessel, disparu prématurément en 2010. (Crédits: Dr)
Jorge Guerreiro

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Après avoir travaillé dans des domaines aussi variés que l'industrie du disque ou l'hôtellerie, Jorge S. B Guerreiro a lancé en juin 2010 le blog JSBG.me (JSBG, comme ses initiales). Depuis, toute une équipe de chroniqueuses a rejoint le projet. Devenu petit à petit un véritable webzine, JSBG.me se décline désormais également, en plus du français, en anglais et brésilien et couvre un choix éclectique de sujets: de la mode à la musique, en passant par les voyages, le design, l’horlogerie ou le cinéma.

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