Bilan

Tourisme spatial: décollage imminent

Annoncée depuis plus d’une décennie, la démocratisation du tourisme spatial est à bout touchant. Si le ticket d’entrée reste élevé – 250 000 francs pour un vol à 100 kilomètres au-dessus de la Terre – les tarifs devraient baisser ces prochaines années.

  • Elon Musk s’apprête à lever plus d’un milliard de dollars pour accélérer le développement
    de SpaceX.

    Crédits: Dr
  • SpaceX travaille en étroite collaboration avec la NASA.

    Crédits: Dr
  • Virgin Galactic vient de dévoiler la cabine du «SpaceShipTwo». Elle disposera de six sièges en plus de ceux des deux pilotes.

    Crédits: Virgin Galactic 2020

On y est ! Après les promesses, les espoirs déçus et les retards, le tourisme spatial s’apprête enfin à décoller. Claude Nicollier, seul astronaute suisse, en est convaincu : « Je pense que tout va démarrer cette année avec la société Blue Origin du milliardaire américain Jeff Bezos. Il faudra aussi compter avec Virgin Galactic de Richard Branson et évidemment SpaceX d’Elon Musk. » Avant de rappeler : « Ce que l’on oublie parfois, c’est qu’il y a déjà eu des touristes dans l’espace comme l’Américain Denis Tito en 2001 ou le Canadien Guy Laliberté avec la mission Soyouz en 2009. Mais à l’époque, il s’agissait de vols orbitaux, à destination de la Station spatiale internationale, réservés à des personnes capables de débourser quelques dizaines de millions de dollars. La vraie nouveauté, c’est que désormais ce marché va s’ouvrir avec des vols suborbitaux à 250 000 dollars. Je ne peux que m’en féliciter, car aller dans l’espace est une expérience tellement extraordinaire qu’elle mérite d’être vécue par le plus grand nombre. » Une démocratisation inévitable selon Jacques Arnould, expert au Centre national d’études spatiales (CNES) de Paris : « C’est la même logique que pour les expéditions polaires. Après les explorateurs débarquent toujours les marchands de tourisme. La pandémie de coronavirus retarde forcément un peu les lancements prévus, mais les premières fusées dédiées aux touristes devraient partir au début de l’année prochaine au plus tard. »

Enorme business

Preuve de l’accélération des opérations, les annonces se multiplient depuis le début de l’année. Virgin Galactic a dévoilé son vaisseau « SpaceShipTwo » à la fin du mois de juillet et se dit prête au décollage. SpaceX vient de signer un partenariat avec Space Adventures pour faire partir les premiers touristes à bord du « Crew Dragon ». Quant à la société Blue Origin, elle peaufine son moteur BE-4. Autant d’indicateurs qui réjouissent Boris Otter, président de Swiss Space Tourism : « La question est de savoir quelle compagnie sera la première à partir. Symboliquement, c’est très important. Et économiquement aussi, car certaines personnes sont sur des listes d’attente depuis plus de quinze ans. Elles commencent à s’impatienter… et à vieillir. » Autre raison, et pas des moindres, les promesses de business semblent infinies : « Je suis convaincu qu’il y aura des hôtels près des centres de lancement, des restaurants, des parcs d’attractions, des livres. Le merchandising autour du tourisme spatial se chiffrera certainement en centaines de millions de dollars. »

Rêve d’enfant

L’argent serait donc la seule motivation des trois milliardaires Richard Branson, Jeff Bezos et Elon Musk ? Jacques Arnould nuance : « Pour eux, c’est aussi un rêve d’enfant. Il suffit de voir le nombre de jeunes qui se baladent dans la rue avec un T-shirt de la NASA. Ces entrepreneurs sont parvenus à générer un engouement retrouvé pour le spatial. Mais ils doivent garder à l’esprit que cela irrite aussi une partie de la population qui estime que c’est un gaspillage de matière, d’argent et d’énergie. Leur défi sera de concilier tout cela. » L’autre défi consistera à faire baisser le prix du billet. Selon une étude réalisée par l’agence Voyages Pirates, 65% des Suisses estiment que le tarif pour tutoyer les étoiles est trop élevé. Qu’ils se rassurent, la démocratisation du tourisme spatial rendra l’expérience plus accessible selon Claude Nicollier : « C’est inévitable, il suffit de voir ce qui s’est passé avec l’aviation commerciale, les prix ont considérablement baissé ces dernières décennies. A terme, pour des vols suborbitaux, le ticket d’entrée devrait se situer au-dessous de 100 000 francs. Même si cela se résumera à une ascension à une hauteur de 100 kilomètres ou un peu plus, et à une descente, tout cela dans un court laps de temps. Cependant, selon la définition de la Fédération aéronautique internationale, on peut déjà être considéré comme astronaute privé si l’on a eu le privilège de réaliser ce voyage dans l’espace. C’est suffisant pour faire rêver beaucoup de monde. » Comme le chanteur Justin Bieber et l’acteur Leonardo DiCaprio qui ont déjà leur sésame Virgin Galactic. Tom Cruise, pour sa part, partira gratuitement. Mieux, il sera payé pour tourner un film à bord de la Station spatiale internationale. Boris Otter conclut : « Je suis sûr qu’il s’y retrouvera en même temps que l’astronaute français Thomas Pesquet au printemps 2021. Si c’est le cas, ce serait un formidable coup de pub pour les voyages dans l’espace. »


En ballon dans la stratosphère

De la taille d’un terrain de football, le ballon « Spaceship Neptune » de la compagnie Space Perspective représente une alternative aux habituelles fusées. Il effectuera son premier vol d’essai au début de l’année prochaine. A terme, il pourrait emmener huit passagers et un pilote pour un voyage de six heures. Après avoir atteint l’altitude maximale de 30 000 mètres, ces derniers redescendront à bord d’une capsule pressurisée pour être ensuite récupérés par un navire. Une expérience hors du commun qui devrait être proposée aux alentours de 125 000 dollars.

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