Bilan

Une Bentley, ça se collectionne

La première Bentley testée, je l’avais surnommée «Das (englische) Auto». Je retire. La Mulsanne Speed 2019 est furieusement britannique.

  • Crédits: Dr
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Le premier sentiment que l’on a en s’asseyant dans le siège d’une Bentley, c’est que les bœufs qui ont été utilisés pour le garnir ont dû vivre les cinq dernières années de leur vie dans un spa à se faire masser à l’huile chaude pour rendre leur cuir plus doux, plus souple et plus confortable, pour nous, les conducteurs de Bentley. Je dis conducteur, parce que pour en être propriétaire, il faudrait vendre ma maison et utiliser l’assurance vie de mes enfants.

Le deuxième sentiment, c’est que quelqu’un vous a piqué le volant et que c’est quand même dommage d’avoir une voiture de ce prix pour se faire voler bêtement un accessoire aussi indispensable. Le sentiment suivant est que vous êtes un idiot: en Angleterre, on roule à gauche; le volant n’a donc pas été volé, vous vous êtes simplement assis sur le siège passager. Là-bas, le conducteur monte à droite.

C’est alors que l’angoisse vous étreint. Il va falloir gérer tous ces gens qui roulent à contresens. Je suis donc perdu au milieu de la campagne britannique, à contempler la toute dernière Mulsanne, à me dire que si je me rate, je vais devoir vendre un rein pour pouvoir rembourser (et à voir l’étroitesse des routes dans la région, la probabilité est élevée). En plus, la Mulsanne est énorme. Forcément, il faut de la place pour mettre tant de luxe dedans.

Et du luxe, il y en a. Pour être franc, il n’y a même que ça. J’insiste sur le confort des sièges, mais depuis que je les ai testés, je ne regarde plus le canapé de mon salon de la même façon: j’envisage même de le remplacer par une banquette arrière de Mulsanne. Car dans une limousine de cet acabit, les passagers sont en général les propriétaires de la voiture. Comme ce sont eux qui paient, ce sont eux les mieux installés. Personnellement, lorsque je me suis assis en tant que maître des lieux là où mes enfants s’installent d’habitude, je n’ai jamais autant regretté que l’on arrive à destination. Tout y est. La télé, la place pour les jambes même si vous faites 1 m 90, et puis le siège massant, avec un cycle de vingt minutes qui vous fait tout oublier.

La voiture des superlatifs

Au moment de prendre le volant à mon tour, j’avais les mains moites et une boule à l’estomac qui n’avait rien à voir avec les fish & chips de midi. La voiture me paraissait trop longue, trop large, trop lourde et surtout trop chère pour finir dans un champ parce que j’aurais pris le virage dans le mauvais sens. Heureusement, l’ingénieur qui a développé la Mulsanne m’a rassuré en affirmant que ma vie «ne sera plus jamais pareille après».

Dès les premiers tours de roue, une fois que l’on a pris la mesure des dimensions de l’engin – 5,58 m de long mais à la fin pas plus large qu’une Continental GT –, on se retrouve à se laisser porter. Que dis-je, à se laisser emporter par la Mulsanne. Après quelques kilomètres (pardon, miles), on ne se rend presque plus compte que l’on conduit. Ce n’est pas une Tesla qui conduit toute seule, c’est vous qui faites corps avec la Bentley.

Vu le silence qui est livré avec, vous entendez presque battre votre cœur en accélérant. Un cœur qui bat à l’unisson avec les pistons du V8. Un V8 de plus de 535 chevaux avec le couple d’un cheval de trait, une souplesse et un silence que seule la cousine éloignée qui commence par un R et finit par «oyce» peut égaler. Mais après tout, si l’on regarde l’arbre généalogique, c’est la même famille.
Ou presque.

En conclusion, la Bentley n’a pas changé ma vie, mais elle m’a rendu bien plus poétique au sujet des voitures. Conduire une Mulsanne, c’est un peu comme aller voir un opéra, ça donne des frissons, même si ce n’est pas ce que l’on ferait en priorité lors de ses week-ends.

* Merion Swiss Partners et bitume.ch


Fiche Technique

Cylindrée: 6 ¾ L V8 biturbo

Puissance: 538 ch à 4200 tr/min

Puissance fiscale: 45 CV

Boîte de vitesses: Automatique

Transmission: Arrière

De 0 à 100 km: 4,9 s

Vitesse max: 305 km/h

Consommation: 15 l/100 km

Poids à vide: 2685 kg

Thomas Veillet*

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