Jurus Arthur NB

Economiste stratégiste chez Oddo BHF, Think tank BSI Economics

Diplômé de l'Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, de l'Ecole d'Economie de Toulouse et formé au Centre d'études des politiques économiques (ENSAE), Arthur Jurus est Stratégiste chez ODDO BHF, après avoir évolué comme chef économiste de Landolt & Cie, économiste au Crédit Agricole, à la Société Générale, à la Caisse des Dépôts, chez Mirabaud Asset Management, au sein du groupe Edmond de Rothschild et comme enseignant à l'Université Paris 1 Panthéon Sorbonne. Il est également contributeur pour le magazine Forbes, intervenant dans différents médias francophones et anglosaxons, contributeur au sondage des prévisionnistes professionnels auprès de la Banque Centrale Européenne et vice-président de l'association des stratégistes de Genève (ISAG). Arthur Jurus est secrétaire général et co-fondateur de BSI Economics.

Aujourd’hui pour demain

Le Forum économique mondial a classé la perte de biodiversité et l'effondrement des écosystèmes parmi les 10 principaux risques mondiaux en termes de probabilité et d'impact. Depuis 1970, la biodiversité a déjà diminué de 60%. La poursuite de cette tendance impliquera un dysfonctionnement plus important de l’écosystème et donc un déclin des interactions entre tous les organismes comme les espèces, l'environnement et les humains.

Crédits: Adobe Stock

La baisse de ces interactions impliquera un accès limité aux services écosystémiques tels que la régulation du climat, les émissions de carbone et la productivité agricole. Loin de se réduire aux seuls enjeux sociétaires et humains, l’enjeu est surtout économique. Dans l’Union Européenne, la valeur des "services écosystémiques" a déjà été estimée à 234 milliards d'euros en 2019. A l’échelle mondiale, le rapport Nature Risk Rising a révélé que plus de la moitié du PIB mondial - 44 000 milliards de dollars - dépend fortement ou modérément de la nature et de ses services.

La dégradation de la biodiversité peut être encouragée par trois mesures de transition.

Premièrement, ce que les individus demandent à la nature doit rester inférieur à ce qu'elle peut leur offrir, et ses capacités doivent être augmentées. Le premier objectif peut être atteint par la conservation du capital naturel, comme les zones protégées. Or, seulement 20% des zones protégées sont bien gérées selon le rapport récemment publié par le gouvernement britannique The Economics of Biodiversity. Le deuxième objectif peut être atteint en restaurant la biodiversité. Cela inclurait surtout l'augmentation des forêts et le développement d'un espace urbain plus vert. Selon l'ONU, la restauration de 350 millions d'hectares de terres dégradées pourrait notamment générer 9 000 milliards de dollars de services écosystémique d’ici 2030.

Deuxièmement, le renouvellement des mesures de l’activité économique favorisera l’amélioration de la gestion des ressources naturelles. La prise en compte de ces dernières permettra une meilleure valorisation des services de la nature pour mieux comprendre l’évolution des ressources naturelles et définir un meilleur cadre pour la politique économique. Par exemple, les États et les entreprises pourraient tenir compte des contributions des forêts, des océans et des autres écosystèmes aux mesures économiques standards. En mars 2021, l'ONU a adopté un tel cadre, afin que les pays puissent utiliser un ensemble commun de règles et de méthodologies. Cependant, la prise en compte du capital naturel n'en est qu'à ses débuts, et la valorisation toujours insuffisante de ses services.

Troisièmement, les gouvernements et des institutions financières pourrait massivement investir dans la biodiversité par précaution. Le coût économique d’investir demain et non aujourd’hui sera plus important. Ces acteurs doivent donc payer une « prime d’assurance ». Ainsi, le secteur financier pourrait restructurer ses politiques d'investissement de manière à tenir compte du capital naturel. Les évènements climatiques extrêmes s’accumulent ce qui augmente le risque d’investissement. Par conséquent, l'incertitude quant à notre capacité à utiliser les ressources naturelles dans plusieurs années implique une valeur actuelle plus élevée des investissements dans la transition énergétique. Autrement dit, et comme l'a démontré Martin Weitzman de l’Université Harvard, investir dans la biodiversité devient rentable... à l'infini !

Ce raisonnement s’élargit aux investissements qui soutiennent indirectement la biodiversité comme ceux technologiques pour renforcer la mesure et l’accès aux ressources naturelles. À cet égard, l’attrait des instruments financiers tels que les obligations vertes et les investissements d'impact spécialisés dans la biodiversité augmentera. Ce contexte sera renforcé par le soutien des gouvernements via des dépenses consacrées à la préservation de la biodiversité, à l’image du Green Deal européen engagé à consacrer 20 milliards d'euros par an à la biodiversité. Par conséquent, une collaboration multilatérale et des investissements de la part des acteurs financiers et politiques ainsi que des secteurs public et privé seront nécessaires.

Les coûts de ces investissements seront autant significatifs à court terme que leurs retombées économiques et sociales à long-terme. D’une part, la préservation des écosystèmes favorisera l'activité économique à long terme. Le rapport, publié par le PNUE en collaboration avec l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), indique qu'avec des coûts de restauration estimés à 200 milliards de dollars par an, les gains potentiels pourraient s'élever à 6 000 milliards de dollars par an d'ici à 2030.

D’autre part, ces investissements minimiseront les coûts sociaux futurs qui pèseront sur les prochaines générations. Selon un rapport de l'Union Européenne de 2021, l'étendue des zones fournissant un service écosystémique de lutte contre les inondations a augmenté dans tous les États membres de 3 % pour atteindre 79 % entre 2006 et 2012, en raison de l'augmentation de l'imperméabilisation des sols. Or, les inondations, tout comme le changement climatique ou l'insécurité alimentaire réduisent le bien-être des sociétés.

Nous connaissons déjà nos engagements de long-terme : atteindre la neutralité carbone et préserver la biodiversité. En novembre prochain, la COP26 précisera les mesures pour atteindre ces objectifs. Des décisions très attendues qui seront prises aujourd’hui et surtout pour demain.

Article co-rédigé avec Marielle Wittlich

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