Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Arles 2020 tient à avoir lieu. Voilà où en est le festival de photo aujourd'hui

Le coup d'envoi est prévu pour le 29 juin. La programmation se développe par télétravail. Le thème de l'année tourne autour de la résistance. D'autres villes seront concernées.

La Corée du Nord, vue par Stéphane Gladieu.

Crédits: Stéphane Gladieu, Rencontres d'Arles 2020.

Il y a les manifestations ponctuelles, qui pourraient avoir lieu n’importe où et n’importe quand. Et puis il y a les événements identitaires. Plus rares, ceux-si sont liés à un lieu et à un moment. C’est le cinéma à Cannes en mai. Le théâtre en Avignon en juillet. Et la photo à Arles durant l’été, le festival ayant peu a peu inclus août, puis largement mordu sur septembre. Difficile pour la ville de faire sans eux, ne serait-ce qu’en terme d’image et à cause des retombées économiques. Le report de Cannes 2020 en juin a déjà dû en coûter à ses organisateurs autant que celle des Jeux olympiques en 2021, même si les sommes en jeux ne sauraient bien sûr se comparer. Mais pas question de suppression!

Les photomontages de Charlotte Perriand seront présentés cet été. Photo Succession Charlotte Perriand, Rencontres d'Arles 2020.

Qu’en est-il d’Arles cette année? Normalement, les Rencontres doivent s’ouvrir le 29 juin. Il y aura alors la Semaine, que je vous conseille à tout prix d’éviter si vous n’êtes pas photographe vous-même. La petite ville provençale ressemble alors à la gare de Bombay aux heures de pointe. Les expositions resteront ensuite ouvertes jusqu’au 20 septembre. Depuis une dizaine d’années, ce mois a donc été englobé dans l’évidente intention de mieux inclure les autochtones dans ce qui est tout de même devenu une antenne parisienne du 8eart. Le menu est prêt. Il suffit de consulter le site. Depuis la nomination de Sam Stourdzé, je dois bien l’admettre, ce dernier a cessé d’être une sorte de foutoir où nul ne trouvait rien (quand il y avait quelque chose!). Je me souviens d’avoir naguère consulté ce dernier en tous sens sans avoir pu trouver le moindre renseignement fiable.

Coûte que coûte

Le directeur actuel des Rencontres organise en plus deux conférences de presse. Celle d’Arles, tenue à la mairie (un merveilleux bâtiment du XVIIe siècle), a bien eu lieu le 12 mars. Celle de Paris n’a pas pu se dérouler le 13 mars qui était, jour de malheur, un vendredi. La chape de plomb était tombée sur la France comme sur une bonne partie du monde. C’est donc par téléphone que ma consœur Valérie Duponchelle a consulté un Sam Stourdzé confiné. L’homme s’est confié à la dame du «Figaro». Quelques états d’âme, puis un choix dans le programme. Un programme comme de coutume trop copieux (et il y a encore en juillet le «off», qui comptait passé 140 événements en 2019!). Sachez que la pandémie oblige à «tout repenser, tout réinventer.» Avec optimisme. «Nous sommes décidé à faire l’édition 2020 coûte que coûte.» Tout cela finit par un coup de chapeau à la France. Elle vient de retenir la candidature de Sam à la Villa Médicis, où il devrait entrer en fonction début septembre. «Plus que jamais, je suis heureux de vivre cette situation en France et de mesurer la force du système que nous défendons.» Là, notre ami fait du zèle!

Nabila et Keltoum. Une photo de l'exposition de Randa Maroufi sur Ceuta. Photo Rencontres d'Arles 2020. 

Pour le quotidien parisien, le directeur a donc opéré son choix. Cinq exposition sur la cinquantaine de sa programmation, en ce moment affinée par télétravail. Je précise que le thème tourne cette année, la 51edu festival, autour de l’idée de «résistance». Arles possède une conscience, et de toute manière les Rencontres ne pouvaient pas se permettre de laisser l’intégralité de celle-ci à «Visa pour l’image» de Perpignan. Stourdzé a donc retenu les archives de Charlotte Perriand (eh oui! encore elle!). Elles seront présentées dans les combles du Monoprix, Dieu merci climatisés depuis 2019. «Masculinité», un sujet chaud si j’ose dire, constitue une coproduction avec le Barbican de Londres, où l’accrochage vient de se terminer. Ce sera à l’Atelier des Forges. La Corée du Nord vue par Stéphane Gladieu, un monsieur dont on parle trop peu, fait l’affiche avec plein de gens symboliquement dotés de lunettes noires. Raymond Cauchetier, qui a eu 100 ans le 10 janvier, se verra honoré pour les photos d’«Adieu Philippine» (1960). Un film de la Nouvelle Vague d’autant plus mythique qu’il est devenu invisible. Il y aura enfin, dans l’immense nef des Trinitaires, huit photographes soudanais. Ils nous parleront de leur pays, où rien ne va jamais bien. Ce sera «Tahwra, Révolution au Soudan, histoire d’un soulèvement».

De Luma au Méjan

Voilà pour Monsieur le directeur. J’ai consulté à mon tour le site, où chaque exposition bénéficie de son petit dossier. J’y ai découvert beaucoup de sujets sinistres pour quelques sourires, même si nous sommes dans le Sud. Le plus plombant me semble les ciels bleus au-dessus des camps de concentration répertorié par le Belge Anton Kusters. On n’en sortira pas! Pieter Hugo se veut plus optimiste avec une terre aussi contrastée que le Mexique. Le Sud-Africain en a ramené «La Cucaracha». Il y aura du local avec Raymond Martin, qui a tenu un studio à Arles même. Ont été sélectionnés les clichés des années 1950 et 1960. «Open for Business» montrera les travaux de commande exécutés par la prestigieuse agence Magnum.

Fernandel en tournage à Arles vu par l'Arlésien Raymond Cauchetier. Photo Rencontres d'Arles 2020.

Mais Arles ne se limite pas aux Rencontres elles-mêmes, se tenant dans quelques lieux fixes (l’Archevêché, l’Espace Van-Gogh, le cloître de Saint-Trophime, l’église Sainte-Anne…) plus d’autres variant au gré du temps et de la spéculation immobilière. Il y a le Méjan, piloté par Actes Sud. La Fondation Luma. Je signale à ce propos que le suppositoire métallique géant (attention les fesses!) construit par Frank Gehry devrait être terminé cet été. Je dois aussi citer, tout près de la cathédrale Saint-Trophime, les trois ou quatre étages de la Fondation Manuel Rivera Ortiz. Il y a enfin les strapontins dans d’autres villes. Pas d’exotisme fou en 2020! Tout se passera entre Avignon, Nîmes, Aix-en-Provence, Marseille et Saint-Rémy. C’est ainsi à Marseille que les Français découvriront les extravagants Suisses Gerda Steiner et Jörg Lenzlinger, récemment vus au Museum Tinguely de Bâle.

Appel à candidature

Voilà pour 2020. Quid de la suite? Eh bien, l’annonce a passé. Arles se cherche officiellement un nouveau directeur. Il devra avoir toutes les qualités, puis quelques autres supplémentaires afin de départager le jury. On cherche une personne à la fois francophone et anglophone, extrêmement disponible pour voyager et ayant «of course» une «expérience indispensable en direction artistique et direction de structures». Les candidatures devront se voir formulées avant le 19 avril. Il faudra les envoyer à Hubert Védrine. Un de ces hommes politiques français tous terrains, avec le nombre de casseroles voulu (dont celle du Rwanda, très bien expliquée par Wikipédia), qui donne aujourd'hui dans le culturel. Ce socialiste est ainsi devenu président des Rencontres.

La cour et les vestiges romains du Musée Arleten. Photo AFP.

Voilà. A part cela le Musée Arlaten, consacré à l’histoire locale, dont la ville annonce rituellement la réouverture chaque année, aurait dû être prêt ce printemps. Celle-ci se verra donc repoussée. Vu les circonstances actuelles, mieux vaut cependant ne pas en faire des gorges chaudes. Ce n’est pas cette fois une galéjade de plus. Un mot provençal s’il en est pourtant.

Pratique

Site:www.rencontres-arles.com

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