Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

"Art/Basel" repousse une nouvelle fois ses dates. C'est maintenant septembre!

Les trois éditions (Bâle, Hongkong et Miami) n'ont pas eu lieu en 2020. Madrid repousse l'"ARCO". Paris maintient "Artparis". Venise la Biennale d'architecture.

La foire 2019 dans l'immense Messe, aujourd'hui déserte.

Crédits: Art/Basel.

Parler de surprise serait exagéré. «Art/Basel» a annoncé jeudi 21 janvier que la foire se verrait repoussée à l’automne. L’organiser en juin tiendrait davantage que du casse-tête. La chose se révélerait franchement impossible. Comme l’a dit avec beaucoup de diplomatie le directeur Marc Spiegler: «2021 est une année durant laquelle la planification reste complexe compte tenu de nombreuses incertitudes.» Avouez que ce monsieur, bien que formé par le pragmatisme américain, possède un joli sens de la litote…

Il faut dire que Marc Spiegler doit rassurer. Repoussée, puis annulée, l’édition de 2020 a par ailleurs vu disparaître du calendrier ses éditions satellites de Hongkong et de Miami. Comme si cela ne suffisait pas, le «plus important salon d’art contemporain du monde» a subi les contre-coups de la société qui l’éditait. Il faut dire que les foires autres que d’art ont du plomb dans l’aile en Suisse. Pensez à la mort d’une institution comme le «Comptoir suisse» à Lausanne, naguère chapeauté par la même entité qu’»Art/Basel»! Mieux vaut donc annoncer aujourd'hui ce dernier pour septembre, même si l’été eut été climatiquement (et donc épidémiologiquement) plus favorable. La nouvelle version donne «du 23 au 26 septembre», après deux jours de vernissages organisés les 21 et 22. «Art Unlimited», dont il n’est pas question dans la dépêche de l’Agence Télégraphique Suisse (ATS) que j’ai consultée, viendrait sans doute un jour avant. Quand aux salons parallèles comme «Miami Basel Design» ou «Liste», qu’ils se débrouillent!

Un acte social

Cela est-il jouable? Oui, mais avec beaucoup, beaucoup de chance. «Art/Basel est un des grands rendez-vous incontournables du marché de l’art où se bousculent chaque année de riches collectionneurs, artistes galeristes et gens du marché de l’art», rappelle l’ATS. Voilà bien le nœud du problème! Comment canaliser ces foules? Les simples mots «se bousculer» donnent à l’heure d’aujourd’hui des sueurs froides. Le risque est d’en rester de nouveau à trois éditions virtuelles, «Art/Basel» ayant très vite réagi l’an dernier aux annulations. Mais celles-ci ont aussi montré leurs limites, même aux fous furieux voulant tout virtualiser. Une foire reste en priorité un acte social. Elle le demeure tant pour ceux qui veulent se montrer en train d’acheter que pour le simple public se promenant dans une sorte de «Luna-park» contemporain.

Voilà pour Bâle. Qu’en est-il ailleurs, en cette année 2021? Un millésime qu’on nous promettait celui d’une libération, avant de nous prédire dès janvier un an plus catastrophique encore que le précédent. Pour l’instant, tout le monde agit comme si de rien n’était. «Artgenève», qui aurait dû se dérouler la semaine prochaine, aura lieu «entre mars et avril». Sans autres précisions. Mais le ciel s’assombrit. Cela dit, sans vouloir vexer personne (et en premier chef son directeur Thomas Hug), il s’agit là d’une manifestation locale. La situation semble par conséquent plus facile à gérer. Prévue en mars, la «TEFAF» de Maastricht a pour sa part décidé de repousser une nouba internationale aussi lourde qu’»Art/Basel» (environ 300 galeries). Elle donne aujourd’hui comme dates «31 mai-6 juin». Ces deux manifestations, de tailles bien différentes, gardent un avantage sur les autres. Elles ont bien eu lieu en 2020. Il n’y a pas ici le risque d’un saut de deux ans comme pour «Art/Basel».

Une certaine mégalomanie

Et le reste? J’ai été regarder. Miraculée de l’an dernier, où elle a fini par se dérouler sans encombre en septembre, la foire «Artparis» en reste aux dates 8-11 avril. Là, le lieu inquiète autant que le moment choisi. Le salon devrait avoir lieu dans le Grand Palais Ephémère construit par Jean-Michel Wilmotte aux pieds (elle en a quatre!) de la Tour Eiffel. Je ne sais pas où en est la construction, dont il n’est plus beaucoup question. La mégalomanie de cette foire, qui entend bien concurrencer la FIAC, devrait susciter d’autres soucis. Elle prévoit en 2021 des participants venus de tas de pays nouveaux (nouveaux chez elles, s’entend) comme la Corée, la Colombie, la Côte d’Ivoire ou l’Uruguay. Est-ce bien raisonnable? A Madrid, où certains musée semblent en ce moment ouverts, l’Arco a en revanche déplacé ses dates. Brisant le tabou de l’été, saison pendant laquelle aucune foire n’a lieu «puisque tout le monde est en vacances», elle devrait (conditionnel) accueillir son public du 7 au 11 juillet. Ce sera chaud, à tous les sens du terme!

J’ai enfin été regarder du côté de Venise, autre grand-messe contemporaine. Repoussée, puis annulée en 2020, la Biennale reste annoncée pour le 22 mai 2021, la clôture étant prévue le 21 novembre. Je rappelle qu’il s’agit de celle d’Architecture, placée sous la houlette de Hashim Sarkis. Elle s’intitule «How Will We Live Together?», ce qui semble une bonne question. Son montage semble difficile, même si nous sommes dans une zone italienne orange, c’est à dire moyennement contaminée. Les travaux devraient pourtant commencer incessamment. L’organisation d’une biennale d’architecture prend davantage de temps que celui d’une autre consacrée aux beaux-arts. Je reste donc dubitatif, même si vous pouvez déjà acheter des billets en ligne (j’ai essayé sans aller jusqu’au bout). Lyon s’est sans doute montré plus raisonnable en déplaçant sa Biennale de 2020 à 2022 dès le printemps dernier. En espérant tout de même que 2022 sera possible!

Un avenir très flou

Cela dit, les Biennales, même trop nombreuses dans le monde, risquent moins leur peau que les foires. Elles sont plus longues, moins densément fréquentées et surtout financées par des pouvoirs publics. Un salon qui n’aurait pas eu lieu pendant deux ans peut-il vraiment espérer repartir comme si de rien n'était? Y aura-t-il un écrémage ne gardant que les manifestations les plus vigousses? L’âge d’or des foires, qui ne se sont finalement développées et multipliées que depuis les années 1990, est-il terminé? L’avenir le dira. Personnellement, je n’en sais rien. Si je savais, je serait sans nul doute consultant quelque part.

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