Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

"Art/Paris" a relancé avec succès le calendrier des foires vouées à la création contemporaine

Chanceux en 2021, le salon de Guillaume Piens a de nouveau décroché la timbale. Il a inauguré à Paris le Grand Palais éphémère la semaine dernière.

L'affiche d'"Art/Paris".

Crédits: DR.

L’an dernier, «Art/Paris» passait entre les gouttes. C’était la première foire à se dérouler «en présentiel» après le confinement. L’atmosphère était à l’euphorie, même si de nouveaux nuages se profilaient déjà à l’horizon. Il ne devait du coup plus y avoir d’autre salon à se dérouler dans la capitale en 2020-2021. Rideau! Pas de «FIAC» par exemple, celle-ci ayant été décommandée à la dernière minute par sa directrice Jennifer Flay, alors que certains marchands avaient déjà engagé des frais. D’où des rancunes s’annonçant tenaces. Tout va aujourd’hui un peu mieux. Un an pile après son édition 2020, «Art/Paris» a donc pu se tenir à nouveau du 9 au 12 septembre. Le premier événement commercial en chair et en os de 2021. La manifestation a même pu inaugurer le Grand Palais éphémère (1), sur le Champs de Mars. L’événement! Comme dirait le vulgaire, «il y en a qui ont le cul bordé de nouilles».

"Le confinement" (2021) de François Malingrëy. Photo François Malingrëy, galerie Le Feuvre & Roze.

Si un malheur n’arrive jamais seul, un bonheur apparemment non plus. La foire gérée par Guillaume Piens restant avant tout française par ses exposants et son public, il n’y avait pas besoin de se demander si les marchands de Londres et les gros clients du Texas viendraient. L’angoisse actuelle d’«Art/Basel» et de la «FIAC». Il y a enfin eu un puissant effet de report. A l’heure où les salons ressemblent à des mirages dans le désert en dépit d’insupportables version «online», de grands galeristes qui n’auraient jadis pas daigné participer à cette manifestation de catégorie B sont venus en 2020. Puis à nouveau en 2021. «Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras», disait déjà La Fontaine. Il y avait donc du beau monde la semaine dernière sous les arches du Palais éphémère, même si les prix demandés restaient ici plus doux qu’à la «FIAC». J’ai ainsi vu lors d’une matinée VIP (2) organisée chaque matin aussi bien Taddaeus Ropac que Nathalie Obaldia, Jeanne Bucher Jaeger ou Perrotin. Voilà qui était bon pour ce qu’on appelle l'image.

Pas trop serré

Une chose a encore joué. «Art/Paris» proposait environ 140 galeries, ce qui soit dit entre vous et moi dépassait déjà les capacités du visiteur moyen. La «FIAC» ratisse bien plus large. Dans le même espace libre (environ 5500 mètres carrés), elle devra du coup entasser ses participants, bien plus nombreux. Il n’y aura par conséquent pas de stand gigantesque, comme l’était ici celui de Daniel Templon. Les œuvres se révéleront du coup plus serrées, voire entassées. «Art/Paris» semblait en regard valorisant. Bon pour les «solo shows»! Une vingtaine, qu’il demeurait permis de ne pas toujours considérer comme essentiels pour la suite de la pensée occidentale. Mais les plus surprenants, des tableaux hyper-réalistes aux thèmes actuels de François Malingrëy aux vues du vieux Mexico par le bédéiste Nicolas de Crécy, se retrouvaient mis en valeur. Notons à ce propos que la figuration française formait le thème retenu par le commissaire invité Hervé Mikaeloff, avec des gens comme le dessinateur Jérôme Zonder ou le peintre Marc Desgrandschamps.

Hommage à Geneviève Asse, récemment disparue, chez Claude Bernard. Photo Connaissance des arts.

Autrement, c’était un sage alignement de stands, les deux tiers étant occupés par des exposants venus de Paris ou de province. Il y avait comme toujours les gens du moderne et ceux du contemporain. Les premiers travaillent dans «le second marché». Ils proposaient ici des artistes qui ne sont pas de superstars. Ou alors des œuvres sur papier. D’où des ensembles souvent assez intimes. Ces gens-là savent bien que les pièces proposées vont finir chez de vraies gens, souvent au dessus d’un canapé. Une donnée qu’oublient trop souvent les galeristes s’occupant d’artistes actuels ou émergents. Le trois mètres sur trois ou l’installation majuscule (et si possible fragile) s’adressent du coup à des institutions… s’ils se vendent. L’avenir de beaucoup de ces «montres» me semble en effet mal assuré, après restitution à leurs auteurs. C’est parfois la benne, comme bien des livres finissent au pilon. Le «second marché» de l’émergent craint à peine moins, sauf flambée imprévue de succès. Il se situe à quelques pourcents du prix originel… Un vrai potlatch!

Des classiques à redécouvrir

Mais trêve de bile noire! Au fil des allées, les visiteurs masqués pouvaient avoir un bon panorama de la scène «hexagonale», avec ses hauts et ses bas, ses innovations et ses redites. Plus de bonnes choses à regarder dans le domaine du classique. Un classique peu muséal, une institution comme Beaubourg jouant le rôle de temple des valeurs établies. Il devenait ainsi intéressant de voir ce qui débarque sur le marché en ce moment, avec le jeu des successions et des rachats de fonds. Beaucoup de Hans Hartung, surtout ceux peints juste avant sa mort en 1989. Pas mal de Georges Mathieu, l’abstrait gestuel revenant en grâce après des décennies de moqueries. Du Simon Hantaï, le Hongrois de Paris peinant à devenir une référence internationale. Du Vasarely des débuts, à la suite de l’exposition du Centre Pompidou. De l’Eugène Leroy, l’homme tendant lui aussi à se contenter des cimaises muséales régionales alors même qu’il s’agit d’un nom important.

Vue sur la Tour Eiffel. Photo François Mori, AFP.

Autrement, c’était la promenade, avec ce qu’elle supposait de hasardeux. Si j’ai croisé la Genevoise Laurence Bernard, la participation de Ditesheim & Maffei de Neuchâtel m’a échappé en dépit d’un José Guerrero tout jaune annoncé mesurant quatre mètres de large. Parmi les figuratives, j’ai bien remarqué Rose Barberat chez Thomas Lévy-Lasne, qui imite un peu trop Jacques Monory. Mais pas les figures de Claire Tabouret (une protégée de Pinault) chez Almine Rech. J’avoue aussi avoir passé un peu vite devant les neuf invités du secteur «Promesses», dont la moitié des frais de participation se voyait prise en charge par la foire. Ces dernières galeries devaient totaliser moins de six ans d’âge pour pouvoir participer. Je me permettrai de parle ici de promesses non tenues. Mais, comme je l’ai déjà dit, 140 galeries c’était déjà énorme. Mauvais pour les pieds et pour la tête. Je signale à ce propose que Paris Fine Art, en novembre prochain, se contentera d’une quarantaine d'enseignes au Carrousel du Louvre! Une bonne nouvelle.

(1) Un article sur le Grand palais éphémère suit immédiatement celui-ci.
(2) Un peu de snobisme ne fait pas de mal de temps en temps.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Merci de votre inscription
Ups, l'inscription n'a pas fonctionné
Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."