Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Chef-d'oeuvre restitué par l'Italie à l'Irak. L'ambassadrice laisse tomber l'objet!

Tout s'est bien terminé. Le ministre Dario Franceschini a rattrapé au vol comme un ballon la "Dea Madre", vieille de 4500 ans. Et pas un mot dans la dépêche officielle!

La "Dea Madre".

Crédits: ANSA

Je vous ai récemment répercuté un entretien avec le général Roberto Riccardi, l’homme qui gère depuis 2019 la police des biens culturels. Vous savez donc que celle-ci récupère chaque année un nombre considérable de biens. Parmi ceux-ci figurent des objets archéologiques exportés clandestinement non pas d’Italie vers l’étranger, mais du Moyen-Orient vers la Péninsule. Il existe ainsi toutes sortes d’échanges commerciaux.

Parmi ceux-ci se trouvait récemment une figurine, qualifiée de «Dea Madre». Cette création mésopotamienne est vieille d’environ 4500 ans. Elle sort sans doute d’Irak. Aussi la pièce devait-elle se voir restituée à ce dernier pays, même si ce dernier reste pour le moins ballotté politiquement. Une cérémonie avait donc été prévue au Ministero per i Beni e le Attività culturali à Rome. Dario Franceschini, l’actuel ministre, devait remettre l’objet, tout petit, à l’ambassadrice irakienne en Italie Safia Taleb Al-Souhail. Des discours étaient prévu à l’intention des journalistes. Un «photocall» devait compléter la chose. Tout a bien commencé. Las! Au moment où elle souriait aux photographes, l’ambassadrice a laissé tombé l’objet en terre cuite.

Restaurations fabuleuses

A la manière d’un joueur de basket, Dario Franceschini s’est précipité. Il a rattrapé la statuette au vol. Pas de casse. Heureusement. Celle-ci aurait produit le plus mauvais effet dans des circonstances aussi solennelles. A quoi bon récupérer pour aboutir à une destruction? Cela dit, les Italiens se montrent en général très forts pour réparer. Il y a eu une affaire analogue, en moins officiel, au Palazzo Pitti de Florence. Un employé, lors d’un nettoyage, avait laissé choir un vase en cristal de roche fatimide (une dynastie égyptienne musulmane vieille de plus de mille ans) sur le sol. Cette merveille valant un nombre respectable de millions s’était quasi pulvérisée. Eh bien elle se trouve aujourd’hui dans sa vitrine palatiale, et il faut savoir qu’il lui est arrivé quelque chose.

Je me suis plongé dans la dépêche de l’agence italienne ANSA relatant la cérémonie pour la «Dea Madre». Long texte. Ennuyeux juste ce qu’il faut. Il n’y est pas une seconde question de l’incident avec chute. Censure? Auto-censure? Nous sommes dans un monde de convenances (1). J’ai cependant appris en revanche de la bouche de Dario Franceschini que «l’Irak et l’Italie avaient un long passé commun». Ah bon? Ils ont aussi un brillant futur côte à côte, puisque des échanges d’artistes contemporains sont prévus. Décidément, le monde est merveilleux!

(1) L'envoyé de "Il Giornale dell'Arte" a bien sûr parlé. D'où mon article...

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