Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Frank Horvat est parti à 92 ans. Il avait fait descendre la photo de mode dans la rue

Né dans la Croatie actuelle, l'homme avait beaucoup d'imagination. La chose lui a joué des tours quand il a voulu entrer à l'agence Magnum. Il se situait entre réalité et fiction.

Frank Horvat aux courses en 1958.

Crédits: Succession Frank Horvat.

C’était un nom de la photographie. Le choix de l’histoire s’est fait autour des images de mode de Frank Horvat, qui vient se s’éteindre à 92 ans. Une ironie du sort. Admis en 1960 à l’agence Magnum, où il avait été introduit via son mentor Henri Cartier-Bresson, l’homme s’en était vu expulsé l’année suivante à la demande du même HCB. Celui-ci reprochait au nouveau-venu son «pastiche». On ne pouvait pas être, selon ce psycho-rigide, «à la fois témoin et metteur en scène» au moment de la prise de vue. La postérité a donc retenu le metteur en scène…

Une version alternative de la même photo de mode. Photo Succession Frank Horvat.

Horvat était né en 1928 dans une partie de l’Italie aujourd’hui devenue croate. Juive, sa famille était au départ austro-hongroise. Il y a ensuite eu bien des déplacements. La Suisse notamment. Frank aboutit cependant en France dans les années 1950. C’est là qu’il fait la connaissance de Cartier-Bresson, qui le convertit au Leica. Un appareil léger. Mais Horvat va l’utiliser pour la haute couture, qui paie bien. Il imagine ainsi pour elle des clichés pris certes dans la rue ou dans les lieux publics, mais qui n’en dénotent pas moins une forte imagination. Il ne s’y retrouve pas la même exubérance que chez William Klein. Mais, comme chez Avedon, les modèles extravagants deviennent d’autant plus frappants. Les mannequins prennent vite un air d’extra-terrestre au milieu des gens du commun. Horvat travaille alors pour les très internationaux «Vogue» ou «Harper’s Bazaar», mais aussi pour le «Elle» français. Un hebdomadaire qu’avait révolutionné le graphisme audacieux de Peter Knapp.

Inspiré par l'ordinateur

Après cette époque dorée, notre homme va faire un peu de tout, de manière plus ou moins inspirée. Il s’est ainsi logiquement retrouvé parmi les premières figures honorées par les jeunes «Rencontres» d’Arles. C’était en 1978. De graves problèmes oculaires ont mis un bémol à sa carrière, passé 1985. Le photographe s’est alors tourné vers l’écriture. Guéri, il est devenu l’un des premiers grands professionnels attiré par l’ordinateur, et ses manipulations illimitées. Un travail qui semble pionnier, vu avec le recul. Puis Horvat a repassé à la photographie classique. On se souvient ainsi de la série «1999», où il proposait son journal d’une année. Une version de luxe de «Une photo par jour», comme la pratique depuis plus d’une décennie un phalanstère de photographes romands. Horvat s’est aussi fait remarquer par les trente mètres de «La Véronique», tendus autour de sa maison provençale. On sait que le voile de sainte Véronique, imprimé du visage christique, constitue la métaphore du 8e art.

Horvat a été souvent exposé. Publié. Cité. Vendu aux enchères. Comme pour la plupart de ses collègues, il en a résulté des icônes. La plupart remontent aux années 1950, qui passent pour la dernière décennie élégante. Il y aurait bien sans doute bien d’autres choses à découvrir, ou à redécouvrir. Mais la postérité ne fait que commencer pour cet homme à la carrière discrète. On verra par la suite.

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