Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La cathédrale de Nantes a pris feu samedi 18 juillet. L'acte criminel n'est pas exclus

Les dégâts sont mineurs. Le grand orgue des années 1620 est en cendres. Il avait échappé au grand incendie de 1972. Le chantier de restauration avait alors pris treize ans.

La fumée sort par la fenêtre où se trouvaient les vitraux du XVe siècle.

Crédits: Sébastien Salom Gomis, AFP

C’est une mauvaise nouvelle. Une de plus, me direz-vous. La cathédrale de Nantes, qui domine d’une colline l’estuaire de la Loire, a été victime samedi matin (autrement dit le 18 juillet 2020) d’un grave incendie. Le feu s’est déclaré vers 7 heures 45 du matin. Le sinistre était circonscrit, mais non éteint, autour de 10 heures. Le pire a été évité. Il faut préciser qu’il est déjà arrivé ici. Le toit avait entièrement brûlé le 28 janvier 1972, comme celui de Notre-Dame le 15 avril 2019. Il avait alors fallu treize ans de travaux pour remettre Saint Pierre-et-Paul en état. Un laps de temps disant bien que l’église parisienne ne pourra pas se voir refaite en deux coups de cuillère à pot, comme affecte de le croire le président Emmanuel Macron. Notons au passage que parti-pris technique adopté ici avait été moderne. La poutraison n’avait pas été refaite en chêne, mais en béton.

L'incendie (accidentel) de 1972. Photo DR.

Les dégâts semblent importants, au vu des photos. La principale victime est l’orgue des années 1620, qui avait échappé au premier sinistre. Le bois a ici alimenté le brasier, créant une sorte de torche à l’intérieur de l’édifice. L’instrument était posé sur une plate-forme aujourd’hui au bord de l’effondrement. Une perte irréparable pour beaucoup. Ce buffet historique (les orgues sont un buffet, comme les gares) avait la réputation de dégager un excellent son avec ses centaines de tuyaux. L’autre dommage grave est le vitrail se trouvant juste derrière. Le clergé de la cathédrale parle de la disparition d’une verrière entière. Les images montrent en revanche des fragments de la fin du XVe, replacés dans un vitrage moderne. Ces vestiges n’en représentaient pas moins Anne, dernière duchesse de Bretagne, avec Moïse. Plus Marguerite de Foix (la mère d’Anne) en compagnie du prophète Elie. Le joyau de l'église reste néanmoins le tombeau du père et de la mère d’Anne par Jean Colombe. Ce chef-d’œuvre absolu des débuts du XVIe siècle fait partie des premières créations de la Renaissance aussi au Nord des Alpes. (1)

Un édifice tardif

Devenue très froide d’aspect depuis sa restauration terminée en 1985, la cathédrale n’est en fait pas très ancienne. L’actuel édifice en remplace plusieurs autres, qui se sont succédé depuis le haut Moyen Age. Le début de la construction remonte au XVe siècle. Comme partout ailleurs, les choses ont par la suite lambiné (elles ont donc traîné). Rien, ou presque, ne s’est fait ici aux XVIIe ou au XVIIIe siècles. Il a fallu attendre le néo-gothique des années 1880 pour mettre fin à un projet vieux de 400 ans. Or on sait ce que le néo-gothique, pratiqué en France à grand échelle, peut avoir d’un peu mécanique. Rien à avoir avec son équivalent britannique, plus fantaisiste.

Le buffet d'orgue et les vitraux aujourd'hui disparu. Photo DR.

Samedi déjà, on parlait d’une enquête criminelle. Trois départs de feu, espacés les uns des autres, ont été constatés par les pompiers et les policiers. Une distance plus que suspecte. Le feu volontaire apparaît possible, voire vraisemblable. Si la chose devait se vérifier, elle serait très inquiétante. Pourquoi? Si la France parle beaucoup dans la rue d’islamophobie, il y est aussi de plus en plus question dans les conversations privées de christianophobie. Voilà qui fait beaucoup de haines. Côté économique, politique et social, à force de dénis divers, nos voisins semblent hélas atteints de tous les maux. Il faudra bien une fois trouver les remèdes.

Vue du tombeau des parents d'Anne de Bretagne par Jean Colombe. Photo DR.

(1) Il y a en face le tombeau du général Lamoricière. Je m’étonne presque que le pacificateur de l’Algérie sous Louis-Philippe n’ai pas été victime d’autres attentats, vu le climat actuel. Il n'était pas tout blanc, le général Lamoricière...

N.B. "La Tribune de l'art" a montré depuis la publication de cet article, photos à l'appui, que le grand tableau d'Hippolyte Flandrin, "Saint Clair guérissant les aveugles" (1836) avait complètement disparu, cadre compris, dans l'incendie.

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