Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La Collection Presto se penche sur Marguerite Burnat-Provins. Un tout petit livre

L'ambition de la série est de résumer une vie de manière claire et intelligente. Anne Murray-Robertson rempli son contrat. L'artiste aurait dû avoir son exposition en 2020.

Le célèbre autoportrait avec le doigt devant la bouche.

Crédits: Sucession Marguerite Burnat-Provins, Musée du Valais 2020.

C’est un petit livre. Voilà qui nous change des pavés semblant faits pour caler des armoires normandes, ou mieux encore la roue arrière de votre voiture. Il faut dire qu’il s’agit là d’une règle appliquée par la maison. Consacrés à la Suisse, les ouvrages de la Collection Presto d’Infolio comportent 64 pages. Pas une de plus. Pas une de moins. Voilà qui oblige au moins les auteurs à respecter un cadre. On ne peut pas faire ici n’importe quoi. Nous ne sommes pas dans le monde des thèses universitaires. Du reste, il y a ici les lecteurs.

Spécialiste d’Eugène Grasset, Anne Murray-Robertson s’attaque ici à Marguerite Burnat-Provins (1872-1952). Une figure de l’art suisse. Comme pour d’autres créatrices du XXe siècle, de la Mexicaine Frida Kahlo à la Polonaise Tamara de Lempicka, sa vie est au moins aussi marquante que l’œuvre. Il a en effet fallu beaucoup d’énergie à cette Arrageoise (native d’Arras) pour qu'elle s’épanouisse en terre valaisanne autour de 1900. Marguerite Provins, épouse Burnat, n’a pas été que peintre. Il y a eu en elle l’écrivaine, parfois scandaleuse. L'instigatrice de «La ligue de la beauté», pour la protection des sites naturels et culturels, qui deviendra par la suite le «Heimatschutz». La pourvoyeuse d’objets décoratifs dans la lignée de l’Art Nouveau. La femme admirée aussi bien par André Gide que par Robert de Montesquiou. Et enfin, mais nous sommes ici après 1914, la visionnaire. Remariée à l ’ingénieur Paul de Kalbermatten, Marguerite s’est muée en artiste brute, jetant sur le papier ses fantômes et ses fantasmes.

Rétrospective à Vevey

Tout cela se voit très bien raconté par Anne Murray-Robertson, qui laisse parler autant que possible l’illustration. Il s’agit là d’une excellente introduction à une figure de l’art suisse qui se verra honorée cet automne au Musée Jenisch de Vevey. Ce sera du 30 octobre au 24 janvier 2021. Il y a déjà bien longtemps, deux institutions lausannoises s’étaient partagées le même travail. La Marguerite classique, inspirée par l’Art Nouveau et par l’École de Savièse, avait été mis en vedette au Musée cantonal des beaux-arts. Logique. L’inspirée s’était retrouvée aux Collections de l’art brut. Une destination justifiée si l’on pense que Jean Dubuffet avait longtemps hésité à l’inclure parmi ses figures élues, quelque part entre Aloïse Corbat et Augustin Lesage.

Qu’est-ce que le lecteur trouvera d’autre dans ces Presto vendus douze francs pièce? Balthus, Cingria (il me semble s’agir de l’écrivain et non de son frère le peintre), Simenon, Ramuz ou Ravel. Pas le musicien, mais son oncle, le peintre genevois Edouard John. Un artiste inégal, certes, mais à redécouvrir tout de même. Un Presto à acheter illico.

Pratique

«Marguerite Burnat-Provins», par Anne Murray-Robertson, Collection Presto, Editions Infolio, 64 pages.

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