Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La minuscule galerie Schifferli présente à Genève la sculpture de Robert Müller

Mort en 2003, l'artiste suisse a connu son heure de gloire à partir des années 1950 avant de se retrouver écarté par le changement du goût et le passage des générations.

L'une des "petites meulières" de grès.

Crédits: Artàgenève

Peut-on vraiment organiser une exposition de sculptures dans seize mètre carrés? Apparemment non. Le tridimensionnel exige de l’envergure. De l’espace. Du recul. Installée dans la Vieille Ville genevoise, la galerie Schifferli y parvient pourtant en ce moment en montrant Robert Müller (1920-2003). Il y a même là un nombre respectable de pièces, taillées dans la pierre. Oh, bien sûr il s’agit davantage d’objets que de statues. Mais, contrairement à ce que croient nombre d’artistes contemporains, voir énorme ne constitue en rien la panacée universelle. Ce n’est pas en augmentant la dimension qu’on arrangera une œuvre si elle n’est pas déjà réussie au moment de sa conception.

Cette présentation, qui correspond donc au centenaire de la naissance du Zurichois, a été conçue à partir d’œuvres jusqu’ici restées dans la famille. Dans son texte introductif, imprimé sur un joli dépliant présenté sous une gaine de papier transparent, Rainer Michael Mason parle à leur propos de «petites meulières». Taillées directement au ciseau et à la masse, elles sont «comme autant de sculptures appeleuses d’idées, comme autant d’idées appelant des sculptures.» L’amateur y verra selon son bagage esthétique soit des réminiscences de bas-reliefs romans, soit des créations dans le lointain sillage de Brancusi, qui vivait à Paris en même temps que Müller.

A Venise et à Kassel

L’artiste était donc né à Zurich. Il y a fait son école de commerce avant d’entrer, attiré par les arts, dans l’atelier de Germaine Richier et de son mari Otto Bänninger. Le couple s’était retrouvé en Suisse pendant la guerre. Dès 1949, l’homme se retrouve à Paris, qui gardait alors son pouvoir d’attraction. Il va y rester longtemps, se mariant deux fois et ayant des enfants dont le sculpteur sur bois Manuel Müller, encore tout récemment présenté à Genève par Lionel Latham. Sa carrière connaîtra son acmé (son sommet, si vous préférez) dans les années 1950. L’artiste participera ainsi à la Biennale de Venise et à la Documenta 2 de Kassel. Il exposera par la suite aux Etats-Unis, à Amsterdam, à Vienne, à Londres ou à Düsseldorf. Il était à l’époque représenté commercialement par une galerie aussi importante que celle de Jeanne Bucher, comme le rappelle Patrick Pouchot-Lermans, directeur de la galerie Schifferli.

A partir de 1978, Müller Senior consacre beaucoup de temps à la gravure et au dessin. Rainer Michael Mason parle «du plus admirable «mauvais dessinateur», inépuisable dans son instinct narratif et sa veine ornementale.» L’historien de l’art connaît bien le sujet pour avoir exposé de telles œuvres dans le Cabinet des estampes, qu’il dirigeait alors la promenade du Pin dans le cadre du MAH (1982 et 1996). Le changement du goût et l’inexorable passage des générations ont cependant mis l'artiste sur la touche, même si le Kunsthaus d’Aarau lui a encore dédié une rétrospective en 1996 (1). Ce fut aussi le cas pour des figures locales comme Henri Presset ou Albert Rouiller, dont les sculptures de métal avaient pourtant connu le succès à Genève. L’occasion pour moi de préciser que si la galerie Schifferli présente aujourd’hui des pierres, Müller à beaucoup coulé le fer ou le bronze.

Regain d'intérêt

A voir, donc. Robert Müller connaît aujourd’hui un regain d’intérêt. Le marché de l’art, qui tient autant du baromètre que du thermomètre, le montre déjà. Et, aussi lié qu’il soit à l’argent, il voit souvent plus clair et plus vite que les directeurs de musées.

(1) Aarau lui en avait dédié une première en 1978, un an avant le Musée Rath genevois.

Pratique

«Robert Müller», galerie Schifferli, 32, Grand-Rue, Genève. Tél. 022 312 18 20, site www.galerie-schifferli.ch Ouvert du mardi au samedi de 13h30 à 17h30.

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