Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

L'actrice Olivia de Havilland est morte à 104 ans après une carrière ultra respectable

La comédienne avait séduit très jeune Hollywood qui en fera une jeune première plutôt guindée, mais déterminée. Elle a par la suite emporté deux Oscars.

Olivia au début des années 1940.

Crédits: DR.

C’était la dernière. Du moins à vue humaine. J’aurai tellement enterré de légendes de l’âge d’or de Hollywood que j’avoue m’y perdre un peu. Toujours est-il qu’Olivia de Havilland vient de s’éteindre à Paris. Elle avait atteint l’âge respectable de 104 ans et trois semaines. Elle suit ainsi Kirk Douglas, disparu l’an dernier. Lui n’en comptait que103. Le cinéma conserve, même si votre carrière est terminée depuis bien longtemps. Le dernier film notable d’Olivia remonte ainsi selon moi à 1979. Mais il faut dire que l’actrice aura finalement peu tourné pour une femme de sa génération. Quarante neuf titres en tout depuis 1935. Rien à voir avec les 94 films de Ginger Rogers ou les 123 de Bette Davis, une amie intime d’Olivia.

Olivia en Lady Marianne dans "Robin des Bois" de Michael Curtiz, 1938. Photo DR.

Rien ne prédisposait la jeune Anglaise, née dans le Tokyo de 1916, à devenir une vedette. Mais il faut dire que la grande loterie du cinéma n’exige aucune donnée de base spécifique. Fille d’un avocat, belle-fille d’un propriétaire de chaîne de de magasins après remariage de sa mère, Olivia de Havilland (c’est son vrai nom) appartenait à la bourgeoisie aisée. Cette origine se sent dans les rôles bien élevés qui lui furent plus tard confiés. Rien à voir avec les jeunes ambitieuses prêtes à tout, arrivées sans le sou de leur province américaine. On pourrait dire la même chose de sa sœur cadette Joan Fontaine (le nom de leur beau-père), avec qui elle devait entretenir une relation difficile, voire haineuse durant leurs carrières parallèles. Joan n’a jamais eu de mots assez durs pour fustiger son aînée après l’événement qui semble avoir cristallisé leur rivalité en 1942. Toutes deux étaient candidates à l’Oscar, et c’est Joan qui l’a obtenu pour «Soupçons» d’Alfred Hitchcock. Un titre de circonstances…

Venue du théâtre

Olivia a commencé très jeune par du théâtre amateur, puis professionnel. A 19 ans, Hollywood l’appelle pour reprendre son rôle dans «Le songe d’une nuit d’été», que dirigera comme à la scène Max Reinhardt. L’Autrichien passe alors pour le plus grand metteur en scène shakespearien du monde. Un contrat de longue durée suit avec la Warner. Un choix qui se révélera mauvais, et j’y reviendrai. En 1936, Olivia tourne «Capitaine Blood» de Michael Curtiz avec un autre débutant, Errol Flynn. C’est un triomphe. Le trio (Michael, Errol et Olivia) se recomposera à de multiples reprises pour d’excellents films. Le meilleur d’entre eux reste sans doute «Robin des Bois» (1938), qui bénéficie d’un duel à l’épée en forme de ballet à la fin et des couleurs du premier Technicolor de la Warner. Mais cette préférence se discute.

Olivia et James Cagney dans "The Strawberry Blonde" de Raoul Walsh, 1941. Photo DR.

Dans toutes ces bandes bondissantes, Olivia reste un peu en retrait. Dire qu’elle fut à l’époque une star serait un abus de langage codé. Elle a toujours fait partie de celles  que Hollywood appelait une «leading lady». Autrement dit une actrice ne faisant pas trop d’ombre à la vedette centrale, même si elle se voit créditées en aussi gros qu'elle au générique. Il faut dire qu’Olivia projetait une beauté sage. Rassurante. Equilibrée. Rien en elle d’une aguicheuse. Rétrospectivement, cette réserve lui joue aujourd’hui des tours. Dans «La porte d’or» de Mitchell Leisen, qui la voyait candidate à l’Oscar en 1942, le spectateur actuel mange des yeux la ravageuse Paulette Goddard. Et avec «The Strawberry Blonde» de Raoul Walsh (1941), Olivia passe presque inaperçue face à la somptueuse Rita Hayworth. Du reste, c’est cette dernière qui incarne la fameuse «blonde framboise»…

Un procès qui a fait date

Consciente de cet état de fait, conforté par «Autant en emporte le vent» de Victor Fleming (1939) où Olivia donne son visage à la terne Melanie, l’actrice a voulu calmer le jeu. Elle a commencé à refuser des rôles. Une position difficile. Voire intenable. La Warner la mettait chaque fois «on suspension», cessant de la payer. Elle ajoutait par ailleurs ces temps morts à la durée du contrat, rendant celui-ci interminable. Naturalisée Américaine en 1941, l’Anglaise eut le courage de l’attaquer en justice en 1943. Son amie Bette Davis, qui avait fait la même chose avec la Warner en 1936, avait perdu du son procès. Olivia, elle, finira par le gagner, après trois ans de chômage obligé (1). Un arrêt qui a fait date. Heureusement, cette victoire a été suivie par l’offre de la Paramount qui lui confie «A chacun son destin» de Mitchell Leisen en 1946. Son premier Oscar. Un autre suivra en 1949 pour «L’héritière» de William Wyler. Un film très littéraire (le livre d’Henry James) et pour tout dire une peu ennuyeux.

Olivia au générique de "Autant en emporte le vent" de Victor Fleming, 1939. Photo DR.

La trajectoire d’Olivia n’est pas terminée, mais il est permis de dire que son procès remporté n’a pas fondamentalement changé la donne. L’actrice va presque toujours incarner les femmes vertueuses, mais déterminées, réparant les pots cassés et s’entremettant auprès des bonnes personnes. Jamais rien de flamboyant, même s’il lui est arrivé en 1948 d’incarner une folle dans «La fosse aux serpents» d’Anatole Litvak. La comédienne, très respectablement mariée (deux fois, tout de même!) dans la vraie vie. a ainsi eu des admirateurs mais peu de fans. Il n’y a jamais rien eu en elle de la  «pin up». Je ne me souviens du reste pas d'avoir vu ses jambes magnifiées à l'écran. Jane Wyman, qui fut un temps Mrs Ronald Reagan, Barbara del Geddes, remise en selle par le feuilleton TV «Dallas», rependront plus tard cette posture ultra-convenable.

Installation en France

A partir de 1953, Olivia vit en France, comme la roucoulante Deanna Durbin, sa contemporaine, liée elle à l'Universal. Un choix. Olivia va s’y remarier, devenir mère une seconde fois, divorcer (sans éclats, bien sûr) et vivre paisiblement. Elle demeurait ainsi loin de toute la mythologie hollywoodienne de l’alcool, de la déchéance, des dépressions et des chirurgies esthétiques à répétition. La guerre avec Joan Fontaine n’était plus qu’un souvenir. Pas si lointain que cela, somme toute! Moins coriace, Joan est tout de même morte à 96 ans en 2013. Elle aussi a fait carrière dans la respectabilité un brin guindée. Comme quoi chez les De Havilland-Fontaine, on avait tout de même l’esprit de famille!

(1) A 101 ans, Olivia de Havilland a intenté un nouveau procès contre la chaîne de télévision où son rôle était incarné  par Catherine Zeta-Jones. Elle jugeait les propos qui lui étaient prêtés insupportables.

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