Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le barrage Mosè, prévu dès 1970, a enfin connu sa première sortie des eaux à Venise

L'événement s'est passé le 10 juillet. Giuseppe Conte a dit qu'il fallait maintenant penser à l'avenir. N'empêche qu'il sera dur d'oublier les malfaçons et les corruptions.

Giuseppe Conte, masque, au lancement de Mosè

Crédits: Reuters

On n’y croyait plus! La répétition générale de «Mosè», le barrage devant protéger la lagune vénitienne jusqu’à Chioggia (la petite ville où se passent nombre de comédies signées Goldoni), a fini par se dérouler le 10 juillet. Elle était prévue pour le 30 juin. Il y avait une nouvelle fois eu des problèmes. «Les tests ont montré que six caissons se bloquaient à cause d’infiltrations de sable. Un phénomène bien connu», explique Veronica Rodenigo sur le site d’«Il Giornale dell’arte». «Autant dire qu’il y a eu des journées électriques avant le premier essai général, qui s’est bien passé.»

La carte montrant la digue. Photo DR.

L’événement est national. International même si j’en crois les échos dans la presse. Il se voyait donc présidé par Giuseppe Conte, venu assister au déploiement qui s’est effectué en une heure et demie sous la direction de l’ingénieur Francesco Ossola. Il s’agissait de voir surgir les caissons du Lido à Chioggia, au large de Venise. Certain séléments sont déjà apparus très encroûtes, ce qui augure de bien des problèmes futurs. «Mosè», un acronyme signifiant en italien «Moïse», devrait normalement être opérationnel dès cet automne. Son fonctionnement coûtera une fortune. Le chiffre avancé est de 100 millions d’euros par an. Notez que c’est presque une paille par rapport au coût global de l’entreprise, lancée en 1970 (eh oui, il y a cinquante ans…) après l’inondation désastreuse du 4 novembre 1966 (1). La somme se situe ici au dessus de cinq milliards d’euros.

Approche pragmatique

Giuseppe Conte a rappelé tout cela à Venise. Histoire de montrer que le pays n’oubliait pas. «Notre approche est aujourd’hui pragmatique. Il y a eu pour Mosè des épisodes de corruption (2) et de malfaçons. Nous devons nous en souvenir mais maintenant il importe avant tout de se concentrer sur le fonctionnement de cette digue.» Discours efficace. Il faut noter que Conte, arrivé au pouvoir presque par hasard alors que le très à droite Matteo Salvini s’empêtrait dans la contestation dite "des sardines", semble l’un des grands gagnants de 2020. L’homme apparaît aujourd’hui comme un politicien crédible, même si en Italie rien n’est hélas jamais fini. Silvio Berlusconi vit après tout encore!

Cela dit, le barrage ne fait toujours pas l’unanimité. La police a dû éloigner sans batailles les protestataires. Ceux-ci font partie des groupes No Mosè et No Grandi Navi. A ce dernier propos, le passage des bateaux-monstres de trente mètres de haut par le canal de la Giudecca n’est toujours pas réglé. Le calme actuel est dû à la chute d’un tourisme concernant, vu l’aspect croisière à 4500 clients, des personnes aujourd’hui dites «à risques». A quand l'interdiction, votée lors d'une consultation sauvage (autrement dit non-légale) à Venise à 97 pour-cent?

(1) Il y a eu l’an dernier l’épisode presque aussi tragique du 12 novembre.
(2) Une pointe contre l’administration municipale. Le maire de Venise Giorgio Orsani avait été inquiété et démis en juin 2014. Le détournement de fonds, avec une centaine d’accusés, se montait à un milliard d’euros. J’ignore d’ailleurs comment l’affaire s'est terminée...

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