Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Kunsthaus de Zurich présente de la photo plasticienne et des Italiens

Le musée montre sa collection d'images argentiques des années 1970-1990. C'est très art contemporain. Il a aussi reçu en dépôt des peintres métaphysiques de Chirico & Co.

Le Muséum de Genève, vu par Candida Höfer en 1989.

Crédits: Candida Höfer, Kunsthaus, Zurich 2020.

Si la Fotostiftung Schweiz a quitté les lieux depuis bien longtemps pour sagement rejoindre le Fotomuseum de Winterthour, le Kunsthaus de Zurich n’en continue pas moins à acquérir des images argentiques ou numériques. De la photo plasticienne, bien entendu! Le musée peut donc aujourd’hui montrer une partie de sa collection, complétée par quelques prêts. Présentée au rez-de-chaussée de l’ancienne nouvelle aile (celle des années 1970), la chose s’intitule «Die neue Photographie, Umbruch und Aufruch 1970-1990». Il s’agit donc là de montrer ce que l’on appelle, non sans ironie, du «classique contemporain».

Vers 1970, le 8eart aurait subi une mue. «Le reportage photographique classique des décennies précédentes a fait son temps.» Voilà qui n’est pas gentil pour les gens qu’on voit aujourd’hui encore à «Visa pour l’image» de Perpignan. Ni à l'égard des grandes figures que restent Don McCullin ou Josef Koudelka. D’autres gens ont pris leur place. Pousse toi de là que je m’y mette. «Les artistes inspirent désormais la scène photographique.» Ils se sont en tout cas approprié le médium. Avec ou sans connaissances techniques. Mais que voulez-vous? Quand on a le génie infus, on peut tout faire. Il faut pourtant bien constater que pour un David Hockney (représenté aux cimaises par quelques travaux mineurs), il y a eu beaucoup de gâcheurs de pellicule. Mais peu importe. Les noms sont connus. Les tirages peuvent devenir énormes. Et le résultat se vend à des prix de grandes galeries… Le lard du chat.

Un choix assez convenu

Aux murs du Kunsthaus, vous retrouvez donc Candida Höfer (avec notamment une vue sinistre du Muséum d’histoire naturelle de Genève), Urs Lüthi ou Fischli & Weiss. Balthasar Burkhard ne pouvait qu'être là, avec entre autres un bras d’homme surdimensionné. Les musées achètent dans ce domaine à peu près la même chose que les banques ou les sociétés d’assurances. Il y a aussi un mur entier de Hannah Villiger, que je situe un cran en dessus. Plus de L’Annelies Štrba première manière. Elle photographiait alors sa très jeune fille, ce qui lui a beaucoup été reproché par la suite. Les images ont en général été acquises par le musée lui-même ou la Gruppe Junge Kunst. L’exposition actuelle, visible jusqu’au 9 février comporte encore des revues, des catalogues et des livres de photos. Les nouveaux vecteurs de l’époque. Ou plutôt les supports promotionnels.

"L'idole hermaphrodite" de Carlo Carrà. Photo succession Carlo Carrà.

Si cette manifestation ne vaut selon moi pas tripette, n’hésitez pas à vous promener dans le Kunsthaus, dont les collections voyagent d’un endroit à l’autre, alors que les travaux de la nouvelle nouvelle aile (celle des années 2020 cette fois) progressent. Vous pourrez ainsi voir dans une salle du premier étage un dépôt tout ce qu’il y a de plus prestigieux. Un collectionneur a confié à l’institution une dizaine de toiles relevant de la «peinture métaphysique». Il y a là des Giorgio de Chirico, bien sûr. Mais des bons. Des précoces. J’ai même noté «L’énigme de l’heure» de 1910-1911, qui constitue un incunable du mouvement. L’«Hector et Andromaque» de 1917 en formerait alors le sommet.

Morandi, Carrà, Sironi...

Il n’y a pas que le maestro. De Morandi, les visiteurs peuvent découvrir l’autoportrait métaphysique de 1917. Un tableau de petites dimensions, pratiquement jamais vu. Carlo Carrà est représenté par «L’idole hermaphrodite» de 1917. Mario Sironi grâce à deux productions des années 1919-1920. Si Morandi apparaît bien présent dans les musées suisses, c’est par des réalisations postérieures. Quant à Carrà et Sironi, ils restent inconnus sous nos latitudes.

Les esprits chagrins diront que cela fait encore des emprunts extérieurs. Mais c’est comme ça! Venant de privés ou de fondations, au Kunsthaus, près de la moitié des toiles aux cimaises sont des prêts. Souvent à long, voire à très long terme. Les Van Gogh des Niarchos comme le «Io Picasso» sont présents depuis les années 1980. Et l’extravagant «Saint François prêchant aux poissons» d’Arnold Böcklin a été confié à l'institution dès 1903…

Pratique

Kunsthaus, 1, Heimplatz, Zurich. Tél. 044 253 84 84, site www.kunsthaus.ch Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h, les mercredis et jeudis jusqu’à 20h.

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