Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le MAD parisien plonge dans ses réserves pour montrer ses collections photo

L'ex-Musée des arts décoratifs a longtemps traité ses images argentiques comme un matériau de documentation. L'exposition a du coup ses hauts et ses bas.

La mode au Pavillon de Marsan, 1986. Ouverture du Musée de la mode.

Crédits: Succession David Seidner, MAD, PAris 2021.

L’année dernière, le MAD parisien (ex-Musée des arts décoratifs) présentait ses collections graphiques. «Le dessin sans réserve» avait comme commissaire inspirée Bénédicte Gady. Je vous en ai du reste parlé à l'époque. Cette exploration avait permis à l’équipe de conservation de trouver des trésors en tous genres. Il se trouvait ainsi aux murs le reflet d'importants fonds. De certains artistes ou artisans, il existait au MAD des centaines, voire des milliers de feuilles. Autant dire qu’il avait fallu pratiquer des choix drastiques afin que tout se voit (un peu) traité. L’espace des anciennes salles naguère vouées à la publicité n’est pas extensible à l’infini... L’opération s’était révélée une réussite en dépit de fermetures sanitaires aussi brutales qu’intempestives.

Une image du méconnu Jean Collas. Photo MAD, Paris 2021.

Il est donc permis de comprendre que l’institution dirigée par Olivier Gabet ait voulu rééditer cet exploit avec la photographie. Des images argentiques (et de rares tirages numériques), il y en a ici plein des cartons. Inconnues. Insoupçonnées. Jamais montrées. Pendant tout le XIXe siècle et presque l’intégralité du XXe, il s’est agi de matériel de documentation. Pas davantage. Quand les Arts décoratifs ont acquis à l’auteur 1800 tirages originaux d’Eugène Atget (1857-1927), ils voyaient là un répertoire du Vieux-Paris et de ses maisons anciennes. L’Américaine Berenice Abott n’avait pas encore révélé l’homme comme un créateur inconnu. Cela dit, cette promotion déjà lointaine ne semble guère avoir changé la vision du futur MAD. Il n’aura rien fait pour le 8e art. Ah si! Une vaste exposition tout de même en 1966. Elle ne comportait pas moins de 1700 images (1). L’overdose totale. Qui peut en supporter autant? Je vous le demande…

Un choix représentatif

Il s’en trouve bien moins aujourd’hui dans le même ex-musée de la publicité du MAD (créé en son temps par un Jean Nouvel qui ne s’était pas foulé en transformant un appartement de fonction Napoléon III). Trois cent cinquante clichés seulement. Là aussi, le commissaire Sébastien Quéquet a picoré dans les réserves, histoire d’en montrer l’étendue. Il y a donc un peu de tout, comme dans certains grands magasins. Il s’agissait principalement de refléter les décennies et l’ampleur du champ couvert par l'institution. Pour ce qui est des styles, cela reste une autre affaire... Très peu nombreux, le public sent bien que la photo demeurait à l’origine ici utilitaire. D’où une sorte d’anonymat et de neutralité. La chose apparaît pour le moins patente dans le domaine de la mode, qui a vu éclore de nombreux chefs-d’œuvre depuis les années 1920.

Le célébrissime corset de Mainbocher, vu par Horst en 1939. Photo Succession Horst P. Horst, MAD, Paris 2021.

Comment la chose se manifeste-t-elle? Très simple. D’un côté il y a des lots. La modiste Claude Saint-Cyr, qui travaillait du chapeau entre 1945 et 1960, n’a par exemple pas donné moins de mille tirages réalisés par l’anonyme Georges Martin. Ils étaient sensés refléter sa production. La créatrice voulait qu’on s’en souvienne, mais il n’y a là aucune personnalité de photographe. La dame s'était contentée d'un exécutant. Le fonds de Léopold Reutlinger se révèle tout aussi médiocre. Le musée détient en revanche, parfois par don des intéressés, de belles pièces isolées d’Irving Penn, de Horst P. Horst, de Guy Bourdin ou de Cecil Beaton. Autant dire que ces dernières se sont vues favorisées. L’exposition devait tout de même apparaître un peu attrayante.

Un tour du monde

Autrement, dans les petites salles qui vont se succédant, il se trouve de bonnes choses classées par thèmes. Avec des rubriques passe-partout. Que veulent exactement dire «La recherche du modèle» ou «L’autre et l’ailleurs»? Il fallait aussi bien faire place à de l’archéologie précolombienne vue par Désiré Charmay, qu’à la Palestine ancienne d’Emile Fréchon ou à l’Inde de John Murray. Un vrai tour du monde au temps de Jules Verne, qui passe aussi par la France d’Henri Le Secq et de Bisson Frères! Le XIXe siècle est en effet bien représenté. Pour la suite, les choses se révèlent plus aléatoires. L’entité n’a jamais développé de véritable politique en ce domaine. Le hasard a joué. Allez savoir comment. Le public se retrouve du coup face à des surprises. Au milieu de pièces ternes, il va trouver la Hongrie de 1947 par le Suisse Werner Bischof (pourquoi là?) ou les grands ensembles des années 1960 regardés par Willy Ronis (même question). Il y a même un Fred Boissonnas, le Genevois récemment honoré au Musée Rath.

La Villa Noailles à Hyères, vue par Thérèse Bonney en 1928. Négatif. Photo MAD, Paris 2021.

Une note créatrice cependant. En 1986, pour l’ouverture du Musée de la mode, qui se trouvait alors au Pavillon de Marsan, les Arts décoratifs avaient pris l’initiative d’une vraie grande commande. David Seidner (1957-1999) a mis en scène pour lui les plus belles robes du musée sur des mannequins vivants, utilisant un décor de bâtiment historique encore en pleins travaux. C’était très beau. Très surprenant. Ce lancement avait du reste contribué à faire venir les foules. La série d’images se voit aujourd’hui évoquée «a minima». C’est à croire que le musée a voulu rendre par moments l’actuelle visite aussi aride que possible. Dommage! Noyées dans la masse, il y a là comme je vous l'ai dit d'excellentes choses. Mais avec le dessin, le MAD avait tout de même fait bien mieux en 2020.

(1) Soyons justes. Il y a aussi eu rue de Rivoli un Cartier-Bresson en 1955 et un Lartigue vingt ans plus tard.

Pratique

«Histoires de photographie», MAD, 107, rue de Rivoli, Paris, Jusqu’au 31 décembre. Tél. 00331 44 55 57 50, site www.madparis.fr Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h. Réservation conseillée.

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