Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Mamco sort un petit livre sur la donation Foëx de 69 oeuvres d'Arnulf Rainer

Alors que le musée genevois met ses collections en ligne, voici un opuscule signé Rainer Michael Mason. Le spécialiste raconte comment la Romandie a accueilli Rainer.

L'un des autoportraits photographiques de Rainer, repris à l'encre et au pastel.

Crédits: Arnulf Rainer, Julien Gremaud, Mamco, Genève 2020.

Il y a quelques mois, le Mamco présentait à Genève les Arnulf Rainer provenant de la donation post mortem consentie par la famille après la mort de Michel Foëx. Il y avait là, dans une présentation soignée, les 69 œuvres sur papier de ce fonds, réalisées entre 1966 et 1987. La grande époque de l’Autrichien, aujourd’hui âgé de 90 ans. L’accrochage se voyait réglé par Rainer Michael Mason (RMM), ancien conservateur du Cabinet des estampes, alors plus ou moins détaché du MAH qui en a fait depuis un cabinet des arts graphiques en y rajoutant les dessins. Notez au passage que, par un effet de miroir, il y avait deux Rainer en jeu. L’un par son nom. L’autre grâce à son prénom.

Edité par le Mamco, un petit livre sort alors que le musée met ses collections en ligne, où elles sont visibles depuis quelques jours. L’ouvrage est bien sûr savant. RMM reste un roi du catalogage raisonné, avec ce que cela suppose de précision dans les descriptions (avec toujours un ou deux points d’interrogation). Mais il n’est pas que ça. L’opuscule comprend deux articles importants. L’un porte sur la manière dont la Suisse romande a découvert l’artiste depuis les années 1970, autrement dit sur sa réception. L’autre concerne Michel Foëx, dont la fermeture de la galerie du 1, rue de l’Evêché en 2014, puis le décès début 2015 ont laissé un trou profond dans la vie artistique genevoise. Michel, que j’aimais beaucoup, demeurait l’indéfectible soutien d’artistes locaux. Ils ont du coup perdu leur visibilité, même si Anton Meier en a repris quelques-uns. Arnulf Rainer semblait chez lui une sorte d’ovni. RMM n’est pas parvenu à expliquer cette passion pour un créateur «transgressif et incommode».

Un goût lausannois

Pour ce qui est de la manière dont Rainer est arrivé en terres romandes, l’auteur fait remonter les choses à une visite de l’artiste aux premier Salon des galeries pilotes organisé par René Berger à Lausanne en1961. L’Autrichien a alors découvert au musée les peintures au doigt de Louis Soutter. En juin 1966, il a été filmé travaillant sous l’emprise de la psilocybine à la Clinique universitaire de Lausanne. Il faut ensuite attendre 1981. Erika Billeter est alors nommée afin de succéder à Berger au Musée cantonal des beaux-arts (actuel MCB-a). C’est une «fan» de Rainer, qui figurera du coup dans nombre de ses expositions, faites dans une atmosphère délétère. Les rapports entre l’artiste et la ville sont vite devenus détestables. Il y aura du coup des acquisitions. En 2019, Alice Pauli les complétera par le don du «Christusbild» de 1986. A Genève, l’AMAM, qui devait donner naissance après une interminable gestation au Mamco, a acquis un Rainer dès 1976, avec l’aide d’un certain Rainer Michael Mason. En 1987, Michel Foëx montrait des «Fossilien» du Viennois d’adoption.

Tout cela peut sembler anecdotique, vu de Sirius. Mais il est bon que se fasse, pendant qu’il est temps, l’histoire des collections muséales comme des galeries privées. On sait aujourd’hui peu de chose de celles qui se sont succédé à Genève ou à Lausanne depuis la guerre. Les témoins se font rares. La mémoire se perd. Qui écrira par exemple l’histoire des Bains? D’où l’utilité d’un petit livre comme celui-ci, ou l’on reconnaît l’intervention graphique de Gavillet & Cie/Devaud.

Pratique

«Arnulf Rainer»,Collection Mamco, 64 pages.

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