Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Musée de la vie romantique de Paris montre de l'art contemporain côté "Coeurs"

L'exposition regroupe trente artistes, dont un certain nombre de vedettes. Tous montrent l'organe de l'amour. L'ensemble a cependant de la peine à convaincre.

L'affiche, rose bien sûr, avec une pièce d'Annette Messager.

Crédits: Musée la la vie romantique, Paris 2020.

Quand j’étais déjà jeune, les dames âgées disaient d’une accorte jeune fille qu’elle était «jolie comme un cœur». A tout prendre, cet organe indispensable du corps humain n’offre pourtant rien de si séduisant. Il n’en symbolise pas moins l’amour, le centre des passions se situant normalement dans le cerveau. Pas étonnant donc que le Musée de la vie romantique, à Paris, ait opté pour une exposition centrée sur un cœur plus métaphorique que réel. La manifestation s’est inaugurée comme de juste le 14 février dernier, jour de la Saint-Valentin, moment où je l’ai vue. Puis elle a fermé ses portes, avant de rouvrir le 16 juin. Avec prolongation, bien sûr! Tout ne sera pas fini comme initialement prévu le 2 juillet, mais le13 septembre. La cardiologie, cela peut prendre du temps.

Que voit-on dans les salles temporaires logées dans les bâtiments occupant le jardin du musée de la rue Chaptal? Les réalisations de trente artistes. Quarante pièces en tout. Nouveauté pour les lieux, il s’agit de créateurs actuels. «Cette exposition souhaite ouvrir la programmation du musée au-delà du XIXe siècle en explorant le romantisme dans l’art contemporain», signale bien le site de l’institution. Une tendance lourde de nos jours. L’ancienne maison hantée par George Sand et Ary Scheffer risque pourtant ici de perdre sa spécificité. Il y a beaucoup, il y a ans doute déjà trop d’expositions moyennes à Paris offrant des productions d’aujourd’hui. Faut-il vraiment en ajouter une de plus?

Un ensemble assez convenu

Le menu concocté par Gaëlle Rio et la commissaire invitée Maribel Nadal Jové contient certes des noms célèbres. Pierre & Gilles côtoie(nt) aux cimaises John Armleder, Jim Dine (le spécialiste des cœurs, qui vit à Paris), Annette Messager, Jean-Michel Othoniel, Delphine Cuendet, Niki de Saint Phalle ou Sophie Calle. Leurs œuvres se répartissent en sept sections. Autant de visions de l’amour. Dire que la chose fonctionne bien serait cependant s’avancer. Tout cela reste finalement assez convenu. L’ensemble donne du coup une impression d’appris par cœur. Notez que cela vaut tout de même mieux qu’un haut-le-cœur ou qu’un cœur serré…

Côté coeurs avec Pierre & Gilles. Photo Pierre & Gilles, Musée de la vie romantique, Paris 2020.

On peut du coup se demander si Gaëlle Rio, nouvelle directrice des lieux, a fait le bon choix. Il s’agit pourtant d’une spécialiste du XIXe siècle, venue du Petit Palais. Elle y avait travaillé sous la houlette de Christophe Leribault pour l’énorme «Paris 1900» ou, dans un autre genre, à la belle rétrospective consacrée au graveur japonais Kuniyoshi. Gaëlle a indirectement succédé à Daniel Marchesseau, qui a marqué l’établissement tout en montant des expositions pour la Fondation Gianadda de Martigny. Entre eux s’est situé Jérôme Farigoule. Il a fait ici un passage éphémère suivi d’une apparition non moins brève à Tours. Il y a comme cela des courants d’air… C’est si romantique!

Pratique

«Cœurs», Musée de la vie romantique, 16, rue Chaptal, Paris, prolongé jusqu’au 13 septembre. Tél. 00331 55 31 95 67, site www.museevieromantique.fr Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h. La réservation est obligatoire pour l’exposition, mais pas pour le musée lui-même où se trouvent cependant certaines des œuvres. Le site avertit charitablement qu’il est pour l’instant impossible d’acheter son billet avec Internet Explorer. Il me semble aberrant d’imposer partout des réservations impératives, alors que les musées demeurent en ce moment assez, voire même très vides...

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