Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Musée des beaux-arts de Lyon flotte un peu en dépit de ses grandes ambitions

La politique de Sylvie Ramond, nommée en 2004, tend vers le prestige. L'institution voudrait jouer dans la cour des grands. Sans grands succès. Tout reste très ponctuel.

Sylvie Ramond, qui aura fait l'essentiel de sa carrière à Lyon.

Crédits: FR3.

Repoussée de quelques mois, puisqu’elle était initialement prévue du 18 mars au 13 juillet, l’exposition du Musée des beaux-arts de Lyon (MBA) sur les baigneurs et baigneuses de Picasso constitue donc le dernier effort en date de l’institution dirigée depuis 2004 par Sylvie Ramond. Un petit effort, comme je vous le dis dans un article situé un cran plus haut dans le déroulé de cette chronique. La manifestation se cale il est vrai après l’une des créations majeures du MBA.L’automne dernier, celui avait en effet présenté «Drapé», dont il a été question dans ces colonnes (pour autant qu’un écran d’ordinateur possède des colonnes, bien sûr!).

C’est néanmoins le moment de se pencher sur la manière de fonctionner de Sylvie Ramond. La native de Bourg-en-Bresse vient de fêter ses 61 ans. Elle arrive donc vers la fin d’un parcours commencé au Musée Unterlinden de Colmar, restauré et agrandi depuis son départ, comme je vous l’ai aussi raconté en son temps. L’heure des bilans est-elle favorable à l’historienne de l’art? Oui et non. Il ne s’agit pas d’une figure charismatique, comme l’aura été celle de Thierry Raspail pour l’art contemporain à Lyon. Ce n’est pas que la femme manque d’ambitions. Bien au contraire! Elle a toujours voulu jouer dans la cour des grands. Je ne suis pas le seul à l’avoir noté. Dans un livre sur son achat d’un Poussin à 17 millions d’euros, commandé par la directrice à sa gloire (1), Bernard Lahire avait utilisé ces termes. Le sociologue a auparavant démonté sur des dizaines de pages la politique d’esbroufe du musée. Cette démolition a dû d’autant moins plaire à la commanditaire que l’ouvrage, en dépit de ses 550 pages, a connu un étonnant succès public.

Acheter très cher

Sylvie Ramond aime ainsi à acheter cher. Aussi coûteux que le Louvre, dont il elle a failli devenir la directrice en 2013 (2). Elle a pour cela formé non pas un, mais deux cercles de mécènes. L’historienne organise, mais à intervalles très espacés, de grandes expositions susceptibles d’intéresser la presse nationale (3). Le travail moins spectaculaire se voit en revanche délaissé. Les salles ressemblent grosso modo à ce que Philippe Durey, son prédécesseur (4), en avait fait après les gigantesques travaux de réfection des années 1990. Certaines parties sont fermées depuis bien longtemps. Un travail de recherche, comme celui sur les dessins du musée, semble s’être arrêté après la présentation des feuilles italiennes étudiées par Eric Pagliano. Il y a bien sûr de nombreuses activités, culturelles ou non, ces dernières semblant désormais indispensables. Le musée n’en semble pas moins manquer d’une vraie dynamique, même s’il ne dort pas aussi profondément que le Lugdunum, l’ex-musée antique de Fourvière. Côté beaux-arts, hors le domaine contemporain représenté par le MAC (fermé en ce moment pour travaux) et la Biennale (repoussée à2022), Lyon peine à passer pour la seconde ville de France (5). Laquelle occupe-t-elle au fait cette place? A part la caisse de résonance médiatique qu’est devenu le Mucem, Marseille ne fait pas mieux en dépit de musées confiés au jeune Xavier Rey...

(1) «Ceci n’est pas qu’un tableau» de Bernard Lahire, La Découverte, 2015.
(2) Le choix est finalement tombé sur Jean-Luc Martinez, déjà renommé. Une lourde erreur de «casting».
(3) La prochaine devrait montrer au printemps 2021 «Les Flandrin», une véritable dynastie de peintres lyonnais.
(4) Entre les deux s’était déroulé le court règne de Vincent Pomarède.
(5) Le fait de demander une réservation obligatoire pour l'exposition Picasso tient des effets tape-à-l'oeil. Inutile!

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