Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Palais des beaux-arts de Bruxelles a subi un incendie. Rien de trop grave

Le sinistre a pris lundi dans l'édifice construit entre 1922 et 1929 par Victor Horta. Il n'y a que des dégâts légers en dépit de la violence des flammes.

Le Palais des beaux-arts. Façade principale.

Crédits: Bozar, Bruxelles 2021.

Il faut toujours lire les articles de journaux jusqu’au bout. Surtout en ce moment. Sensationnelle dans le titre et le premier paragraphe, la nouvelle se dégonfle par la suite, à la manière des anciens pneus de bicyclette. Ainsi en est-il allé quand j’ai appris grâce au «Figaro» que Bruxelles venait de subir un incendie «comparable à celui de Notre-Dame de Paris» en 2019. La cité «pleurait son Palais de beaux-arts». Rien de moins que cela! Or j’ai su dans les dernières lignes du texte de Lou Fritel que Bozar (un nom plus jeune et dynamique, adopté en 2003) devrait rouvrir dans sa partie intacte… le 25 janvier. De qui se moque-t-on?

Le sinistre a eu lieu dans l’après-midi du lundi 18 janvier. Le jour de fermeture, donc. Quelque 99 pompiers ont été dépêchés sur les lieux du sinistre, qui se trouvent en pleine ville, entre la gare et le palais royal (1). Les flammes ont été maîtrisées dans la soirée. Plus de peur que de mal. La principale victime du jour est l’orgue de l’énorme salle de musique (2200 places). L’instrument s’est vu sérieusement mis à mal. Fâcheux! Après cinquante ans de silence forcé, il avait été complètement restauré en 2017. Le reste de l’architecture semble réparable. Il faudra refaire des toitures, qui ont «perdu de leur étanchéité.» Il manque des parquets, qui étaient en piteux état. Il faut dire que l’accident est survenu comme toujours au moment de travaux de restauration. Directeur de l’institution, Paul Dujardin jure pourtant ses grands dieux qu’il s’agit là d’une pure coïncidence. Pour lui, la situation actuelle est «grave, mais gérable».

Un lieu polyvalent

Le Palais remonte aux années 1920. Il est dû à l’architecte Victor Horta. Un des ténors de l’Art Nouveau en Belgique, dont quatre maisons se voient aujourd’hui classées au Patrimoine de l’Unesco. Au temps de l’Art Déco, une génération plus tard, le Flamand se retrouvait hélas en petite forme. Plus rien des élégances de des demeures destinées à des particuliers. La force animant sa Maison du Peuple (démolie sottement en 1965, alors que Bruxelles se voyait éventrée par des urbanistes) s’était envolée. Il s’agit d’une lourde construction aux formes trapues qui devait, il est vrai, jouer de la forte déclivité du terrain choisi. Horta ne réussira guère mieux par la suite avec la Gare centrale. Un bâtiment aussi mal conservé que le Palais des beaux-arts.

La salle de musique, où se trouvait l'orgue. Photo Bozar, Bruxelles 2021.

Maintenue jusqu’à aujourd’hui, l’idée de départ était de créer un lieu polyvalent allant de la musique aux beaux-arts, avec une petite place aménagée par la suite à l’intention de la Cinémathèque belge. C’est donc là que se déroulent les grandes expositions de la capitale, dont je vous ai souvent parlé. L’endroit m’a toujours semblé désert, même si le Palais annonçait 1,3 million de visiteurs en 2017. Il faut dire que l’endroit n’a rien de joyeux, ni de festif. A côté du grand hall à colonnes, avec lumière zénithale, même la crypte abritant les dépouilles des rois d’Espagne à l’Escorial a l’air pimpante. On verra ce que cela donne après restauration, en priant que le feu ne soit pas à nouveau de la partie...

(1) Il y a eu deux blessés. Un malaise cardiaque et une entorse au tibia.

P.S. rectificatif. L'article a tout de même été dédramatisé depuis ma première lecture. J'ai été voir jeudi.

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