Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Poldi Pezzoli de Milan tourne autour de la "Madone Litta" de Léonard de Vinci

Venue de Saint-Pétersbourg, qui la possède depuis 1856, l'oeuvre se retrouve avec des dessins préparatoires et des dérivations peintes. Mais qui est vraiment son auteur?

La "Madone Litta", sans son encombrant cadre doré.

Crédits: DR.

C’est théoriquement fini, mais ça dure encore. Si l’année Raphaël (le peintre est mort en 1520 à 37 ans) a pris la place de celle dédiée à Léonard de Vinci (décédé en 1519), le génie universel oppose de la résistance. Plutôt décevante, l’exposition du Louvre dure jusqu’au 24 février. Et le Museo Poldi Pezzoli de Milan propose aujourd’hui un dossier autour de la «Madone Litta», venue de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg. Une sorte de codicille, prévu jusqu’au 9 février.

Pourquoi Milan? Pour deux raisons. Une bonne et une mauvaise. Commençons par cette dernière. Donnée ici en plein à Léonard, l’œuvre se voit comme bien d’autres discutée. J’ai même entendu il y a peu un toussotement à propos de «La belle Ferronnière», dont des méchants voudraient faire une réalisation de Giovanni Antonio Boltraffio, un disciple du maître. C’est à croire que ce dernier n’a jamais rien fait de ses mains! Beaucoup pensent ainsi que le même Boltraffio (1467-1516) serait l’auteur réel du panneau transposé sur toile débarqué de Russie (1). Au Poldi Pezzoli, deux dessins pour ou d’après cette Vierge allaitant lui sont d’ailleurs attribués. Marco d’Oggiono (1470-1549) se révèle un autre candidat possible. La production léonardesque connaît ainsi ses va et ses vient, au gré des convictions profondes des experts. Toujours est-il que l’Ermitage n’avait aucun intérêt à envoyer cette création des années 1490 à Paris. Il y eut sans doute été déclassée.

Une véritable matrice

Le motif honorable, maintenant. Réalisée non à l’huile mais à la détrempe, l’œuvre a été créée à Milan. Elle n’y est pas revenue depuis près de trente ans. Si son historique ancien reste flou, elle a ensuite appartenu aux Rho, puis aux Belgioiso d’Este et enfin aux Litta. Ces derniers possédaient une très importante collection. Plusieurs pièces maîtresses du Poldi-Pezzoli, dont le portrait de femme en profil gauche de Pollaiolo symbolisant le musée, en sont du reste issues. Il semblait normal de se pencher sur ce chef-d’œuvre (car c’en est tout de même un, en dépit d’un état de conservation moyen!) lors d’une petite exposition confrontant l’original à une vingtaine de dessins ou de dérivations anciennes. La Madone Litta a en effet servi de matrice pendant plusieurs décennies pour des interprétations plus ou moins (souvent moins) réussies.

Une petite dérivation gravée, donnée à un (in)certain Andrea Zoan. Photo DR.

Dans deux salles durez-de-chaussée, les visiteurs (pas trop nombreux en dépit d’une publicité pour le moins disproportionnée) peuvent donc assister à la naissance et aux mues de la Litta. Il y a là quelques beaux tableaux dus comme de juste à Marco d’Oggiono et à Boltraffio,mais aussi à des seconds couteaux du «léonardisme». Plus des créations sur papier. Le tout venu d’un peu partout. Le Poldi Pezzoli, aux merveilleuses collections (2), a développé de solides relations. Je citerai juste le Marco d’Oggiono venu de Turin. Il appartient à la Collection Cerrruti, qui a récemment rejoint à Rivoli le musée d’art contemporain, comme je vous l’ai plusieurs fois raconté. Il y a aussi une jolie composition de Francesco Napolitano, réapparue au Kunsthaus de Zurich. Elle, qui connaît bien l’ombre des caves, se voit du coup remise en lumière. Voilà. Le tout me semble vu en vingt minutes, mais le parcours se termine à l’étage, avec d’autres productions léonardesques mineures du musée. Si Léonard a très peu peint, ses disciples l’ont parfois fait un peu trop.

(1) Sur un projet du maître, tout de même!
(2) Botticelli, Cosmè Tura, Piero della Francesca, Giovanni Bellini…

N.B. «La Madone Litta», finalement d’assez petite taille, souffre beaucoup de son énorme cadre doré. C’est comme si ce dernier voulait lui voler la vedette.

Pratique

«Leonardo e la Madona Litta», Museo Poldi Pezzoli, 12, via Manzoni, Milano, jusqu’au 10 février. Tél. 00392 794 889 Site www.museopoldipezzoli.it Ouvert tous les jours, sauf mardi, de 10h à 18h.

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