Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Les bûcherons sévissent à La Chevillarde. Abattage. Un nouveau fait accompli genevois?

Echaudées, les associations de défense du patrimoine s'interrogent sur la légalité d'un tel acte alors que leurs actions resteraient encore pendantes.

La Chevillarde. C'était avant....

Crédits: Tribune de Genève.

Vous l’avez put-être lu hier matin dans la presse locale, raconté d’un ton se voulant neutre. Genève subit un nouveau coup d’éclat (ou d’État) patrimonial. Les bûcherons sont à l’œuvre à la Chevillarde, du côté de Chêne. Un nom d’arbre, cela dit entre parenthèse... Ils abattent donc à tour de bras La chose se passe comme par hasard au creux de l’été. Autrement dit en catimini. Il s’agit de faire table rase pour que des promoteurs puissent construire 200 logements. La priorité absolue selon le Conseil d’État, qui «densifie» à qui mieux-mieux. Il ne restera bientôt plus un interstice vert de libre, alors que les Verts occupent plus ou moins le pouvoir. Une belle contradiction idéologique, qui ne semble pas les gêner. Rarement pourtant le pouvoir n’aura été aussi proche du monde immobilier. Avec il est vrai l’excuse de la pénurie d’appartements. Mais faut-il absolument ce «grand Genève» en forme de clapier?

Les protecteurs du patrimoine, qui ont remporté en votation de nombreuses victoires (la dernière en date étant le scrutin communal sur la Cité de la musique) sont partis au combat il y a des années déjà pour sauver la Chevillarde, située non loin d’une Grande Boisissère peu à peu saccagée au profit de l’Ecole internationale. Ils sont déçus de voir, comme le dit le nom d’un de leurs groupements, «l’enlaidissement de Genève». A leurs yeux, Zurich ou Berne savent bien mieux préserver leur passé architectural et leur environnement végétal. Les associations ont donc entrepris des actions juridiques, qui selon eux ne sont pas pas définitivement repoussées. On voudrait aujourd’hui commettre l’irrémédiable afin de forcer la main. Une technique employée depuis la démolition sauvage dans les années 1990 de la Villa Blanc, au temps de Philippe Joye. D’où la lettre reproduite ci-dessous, envoyée à Saskia Dufresne à l’État, qui est supposée en faire bon usage. Espérons juste que ce ne soit pas la poubelle. L’État ne répond pas toujours, surtout à la fin du mois de juillet.

«Madame,
L’association SOS PATRIMOINE CEG a appris hier que des travaux d’abattage ont débuté au 11 Chevillarde (ancienne propriété Merkt) à Chêne-Bougeries. Or, à notre connaissance, les oppositions formulées par Maîtres Florian Baier et Pierre Bayenet dans le cadre de la procédure engagée par l’association Action Patrimoine Vivant n’ont pas été levées. Ces derniers sont en vacances présentement, ainsi qu’une grande partie des membres des comités des associations de protection du patrimoine. Cette façon d’engager des démolitions litigieuses au cœur de l’été semble devenue une détestable routine genevoise que nous dénonçons.
Concernant le sujet cité en titre pouvez-vous nous assurer que les travaux sont entrepris en toute légalité après que les oppositions aient été levées? Ou bien faut-il conclure que le chantier a été engagé en force malgré lesdites oppositions?
En vous remerciant d’avance de votre réponse, je vous prie de recevoir mes salutations empressées au nom de SOS PATRIMOINE CEG

Voilà. Vous savez tout. Autrement dit en l’occurrence rien.

P.S.1 Depuis la parution de cet article l'Etat a envoyé une réponse. "Les autorisations de construire et de démolir ont été délivrées sur la base d'un PLQ (plan localisé de quartier) en force et ne sont en tant que telles pas contestées. (...) Les travaux d'abattage des arbres que vous évoquez sont donc parfaitement légales." Dont acte. Il faudrait finalement donc transformer les PLQ en PQ.

P.S.2 Le 29 juillet, la "Tribune de Genève"a annoncé que la Justice avait exigé l'arrêt des travaux d'abattage et de démolition. Et pan dans la gueule du Conseil d'Etat!

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