Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Les "Mémoires" d'Errol Flynn ressortent de presse. La vie d'un aventurier du cinéma

L'ouvrage avait paru une première fois en français courant 1977. Séguier reprend ce récit qui tord le cou au politiquement correct. Sexe, alcool et abus en tous genres...

Olivia de Havilland et Errol Flynn. Le choc des contraires.

Crédits: DR

Tiens! Une ressortie à laquelle je ne m’attendais plus. C’est en 1977 que j’ai une première fois lu les mémoires d’Errol Flynn sous le titre (à la François Truffaut) de «Mes 400 coups». L’acteur était alors mort depuis dix-huit ans. L’alcool avait eu raison de la solide constitution d’un Australien de 50 ans. Il buvait au moins un litre de vodka par jour. La gnôle n’est bonne ni pour l’intellect, ni pour le physique. L’ancienne idole hollywoodienne n’apparaissait pas au mieux de sa forme dans ses derniers films. Il a pourtant réussi à écrire in extremis ce «My Wicked, Wicked Ways», où il fait de lui-même un portrait peu flatteur. Avait-il eu un «ghost writer» (je n’ose plus trop parler de nègre)? Pas forcément. Les gens se racontaient bien moins à cette époque qui marquait la fin des grands studios américains.

Errol Flynn à l'époque des ses années Warner Bros. Photo DR.

Il y a quarante-trois ans, le livre était sorti chez Olivier Orban. C’est Séguier qui remet aujourd’hui la compresse. Rien d’étonnant à cela. La maison se veut l’«éditeur des curiosités». Il faut bien cela pour tirer de l’ombre un personnage aussi peu politiquement correct que Flynn. Un homme à femmes, ou plutôt à très jeunes filles. Ses relations précoces donnèrent à l’époque lieu à des scandales. Il y eut même un retentissant procès en1943, alors que l’homme était un superstar. Une "teen-ager" l’avait accusé d’abus. Elle l’aurait selon Flynn aguiché en adolescente ravageuse. Aux audiences, elles venait habillée en petite fille. Tout cela a fini, avec l’appui de la toute puissante Warner Bros, par un non lieu. Les choses avaient pourtant bien eu lieu (1). Flynn estimait dans son livre qu’il s’était fait avoir. Une machination. Il ne sera plus jamais le même par la suite.

Michael Curtiz et Raoul Walsh

Au fil des chapitres, le lecteur découvre d'abord un véritable aventurier, voguant sur le Sepik en quête de chasseurs de têtes. Ou en gigolo. Puis vient l’acteur, qui a eu la chance de se trouver au bon endroit la bonne année. 1935. Flynn deviendra l’acteur fétiche de deux très grands réalisateurs. Michel Curtiz pour commencer. Raoul Walsh pour continuer. Douze titres à succès avec le premier. Sept sous la direction du second. Il en reste beaucoup de chefs-d’œuvre dont «La charge de la brigade légère», «Robin des bois», «Gentleman Jim» ou «Aventures en Birmanie». Il y avait souvent Olivia de Havilland (qui va aujourd’hui avoir 105 ans) comme partenaire. Etrange alliance entre le comédien le plus infréquentable d’Amérique et la jeune première hyper convenable, fille d’un grand avocat…

Le Vincent van Gogh d'Errol Flynn lors de sa revente à grand spectacle en 2024. Photo Sotheby's.

La suite se révélera moins glorieuse. Flynn voudra reprendre sa liberté. Il y laissera sa gloire et son argent, commençant même en Italie un Guillaume Tell qui restera inachevé. Les voiliers et la bouteille prendront toujours plus d’importance pour lui. Le goût du risque aussi. Peu avant sa mort en 1959, Flynn était à Cuba avec Castro. Il n’avait plus un sou. Dans son livre, l’acteur raconte qu’il a mis du temps à comprendre que son Van Gogh et son Gauguin, achetés par passion, étaient des toiles qu’il pouvait éventuellement revendre après une existence minée par les excès. Avec des regrets? Non. Pour Flynn, la chandelle se brûlait par les deux bouts. Il avait lu et relu l’historien anglais du XVIIIe Gibbon surla chute de l’empire romain. Il avait botté le cul d’Hedda Hopper, la plus célèbre colporteuse de ragots de Hollywood. Il avait avalé l’équivalent d’une distillerie et copulé autant que possible. L’homme pouvait s’en aller heureux. «Je ne veux pas, le jour de ma mort, découvrir que je n'ai pas vécu.»

Pratique

«Mémoires», par Errol Flynn, traduit par France-Marie Watkins et Florence Metzger, aux Editions Séguier, 494 pages. Je vous ai déjà parlé, chez le même éditeur, des mémoires d'Hedy Lamarr, "Extasy and Me".

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