Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Livre. Yseult Williams raconte "La splendeur des Brunhoff", de Babar à "Vogue"

L'ouvrage, qui ressort, fait l'histoire d'une famille et de ses collatéraux. d'où la présence de Lucien Vogel, le créateur de "Vu", et des communistes Vaillant-Couturier.

La couverture de Babar.

Crédits: DR

C’est l’histoire d’une tribu. D’éléphants bien sûr puisque Jean de Brunhoff, qu’a relayé après sa mort précoce en 1937 son fils Laurent, est l’inventeur de Babar. Un phénomène de l’édition. En 2011, les albums cumulés s’étaient vendus à treize millions d’exemplaires après avoir été traduits en 27 langues. Un succès qui n’aura guère enrichi la famille. Tout le monde n’a pas le talent commercial d’Hergé et se sa veuve tiroir-caisse.

Mais les Brunhoff ne se limitent pas qu’aux livres illustrés pour enfants. C'est ce que prouve «La splendeur des Brunhoff». Le livre d’Yseult Williams avait paru en 2018. Sa sortie m’avait alors passé par dessus la tête. L’ouvrage revient heureusement aujourd’hui en Poche chez Fayard, une maison d’édition résolument tournée vers l’Histoire. L’auteure y saute d’une branche à l’autre de l’arbre généalogique, à la manière de Zéphir, le singe des albums de Babar. Elle passe aussi d’une génération à la suivante, en commençant par le «clan des Alsaciens». Les Brunhoff faisaient partie des familles ayant fui les provinces annexées par les Allemands après la défaite de 1870. Ces gens se sentaient du coup deux fois plus Français que les autres.

Revues en tous genres

Si Jean de Brunhoff a lancé le plus célèbre pachyderme de l’histoire du livre, son frère Michel fut ainsi l’homme de «Vogue France». Il a su en faire autre chose entre les deux guerres, puis après 1945, que la simple traduction d’une revue de mode américaine. «Vogue», c’était une équipe locale d’auteurs et de photographes avec Bettina Ballard (dont je vous ai parlé des remarquables mémoires ) pour faire le lien. Sur le tard, Michel de Brunhoff contribuera ainsi au lancement de Dior en 1947 et à la découverte d’Yves Saint Laurent, encore adolescent en Algérie, une décennie plus tard. Il est aussi question de Laurent. Pas le Saint. Laurent de Brunhoff, tout simplement.

Bettina Ballard et Michel de Brunhoff. Photo tirée du livre. Droits Nat Farbman, The Life Picture Collection, Getty Images.

Mais le clan, ce sont aussi des alliés et collatéraux. Cosette, la sœur de Michel et de Jean, va ainsi devenir Madame Lucien Vogel. Brillant, novateur, ce dernier a lancé en 1928 la revue illustrée «Vu», qui reste aujourd’hui encore le modèle du genre, après avoir été celui de la nouvelle version de «Life Magazine» en 1936. C’est là qu’ont paru des reportages (aux antipodes de «Vogue») ayant fait date. En 1933 émergeaient ainsi, dans un numéro sur la nouvelle Allemagne, les premières images d’un camp de concentration. Ceci quelques mois à peine après l’arrivée au pouvoir d’Hitler. C’était Dachau.

Un ton très flatteur

Ces images volées étaient dues à Marie-Claude Vogel. La jeune femme devait devenir l’épouse, puis la veuve de Paul Vaillant-Couturier. «LE» militant communiste des années 1930. «Maïco» sera déportée pendant la guerre, alors qu’une partie des Brunhoff était réfugiée à New York. Ce sera l’un des témoins des Procès de Nuremberg. Avouez qu’il y a loin des salons de la haute couture aux camps de la mort (1)! Tout tentera pourtant de recommencer comme si (presque) rien n’était en1945.

ean de Brunhoff dans les années 1930. Photo DR.

Yseult Williams, dont je vous ai déjà parlé des «Impératrices de la mode» (La Martinière, 2015) a travaillé pour «Grazia» et le nouveau «Lui», relancé en tandem avec Frédéric Beigbeder. Autant dire que son style reste journalistique, avec des petits airs de roman. Et cela même si elle a bien approfondi son sujet, qui demandait bien sûr une mémoire d’éléphant. Son ton demeure cependant très flatteur. Trop bien élevé, à mon avis. On est à la limite de l’hagiographie. Cela dit, la lecture estivale se révèle agréable.

(1) Notez tout de même le double nom Vaillant-Couturier!

Pratique

«La splendeur des Brunhoff», d’Yseult Williams, aux Editions Fayard, Poche, 412 pages.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."