Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Livre. Pierre Le-Tan nous raconte depuis l'au-delà le "Paris de ma jeunesse"

Décédé en septembre dernier, le dessinateur déroule des souvenirs en partie imaginaires situées dans des cadres bien réels. Des chroniques d'un monde disparu...

Avenue Camoëns. C'est là que vivait l'empereur déchu.

Crédits: Pierre Le-Tan, illustration tirée du livre-

C’est un livre doublement nostalgique. Triplement même. Pierre Le-Tan avait écrit il y a plus de trente ans une première mouture de ce «Paris de ma jeunesse». Composé à chaque chapitre d’un court texte et bien sûr d’un dessin (où le lecteur reconnaissait toutes les qualités de l’artiste), l’ouvrage égrenait des historiettes largement imaginaires, même si les lieux sont toujours là et si les gens évoqués ont existé une fois. Il y avait là de la parodie. C’étaient les mémoires d’un vieillard écrits par un homme encore jeune. Son ami Patrick Modiano, qui restait encore bien loin du Prix Nobel, avait préfacé cet opuscule pour amateurs très distingués.

En 2019, Pierre Le-Tan a reçu une demande de réimpression de la part de l’éditeur. Il a alors pensé, l’âge venant, ajouter des textes évoquant des choses lui étant réellement arrivées. Au lecteur de faire le tri,si possible avec la version originale. Patrick Modiano a bien sûr repris sa plume. C’était une affaire qui roule, en nous parlant d’années 1950 et 1960 définitivement évanouies. Et puis voilà qu’en septembre 2019 Pierre Le Tan est décédé en pleine impression, laissant ainsi une réalisation posthume. Ainsi va la vie. Ainsi va la mort.

Le vrai et le faux

Je n’aurai donc pas l’occasion de dire à Pierre le Tan, que je connaissais un tout petit peu, combien le résultat m’enchante. L’ouvrage propose en effet à ceux qui gardent la culture de ces temps-là le parfum d’un temps perdu. Peu importe si l’auteur a été, ou non, quelques semaines le secrétaire de Barbara Hutton, la femme la plus riche du monde, qui l’avait du coup enfermé au Ritz. Je sais en revanche qu’il n’a pas assisté au suicide raté de Martine Carol se jetant dans la Seine. La future «Caroline chérie» a sauté le 10 avril 1947. Le Tan était né en 1950… En revanche, ses rapports lointains avec Bao Daï, l’empereur du Vietnam, sonnent justes. Une simple question d’origines ethniques communes, ou plutôt peu communes.

Le lecteur sera frappé, dans ces historiettes, par l’importance du décor. Le père de l’auteur était d’ailleurs décorateur. Pierre avait pour sa part tout du chineur de premier ordre. Je vous ai du reste parlé à l’époque de son «Quelques collectionneurs», un album brassant lui aussi le vécu et le mythique. Les réflexions du mémorialiste-romancier se révèlent ici incisives. Comme chez Balzac, en plus petit bien sûr, le cadre de vie lui sert à cadrer un personnage. Pour le reste, peu importe l’authenticité. Les souvenirs, après tout, ces sont aussi ceux des autres!

Pratique

«Paris de ma jeunesse», de Pierre Le-Tan, préfacé par Patrick Modiano, aux Editions Stock, 149 pages.

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