Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

L'Unesco complète sa liste du Patrimoine mondial en honorant le thermalisme

Des villes d'eaux internationales ont été promues lors du congrès de Fuzhan. Il y a aussi de l'Art Nouveau à Darmstadt ou les fresques de Padoue.

Du côté de Darmstadt.

Crédits: Flick, DR.

C’est toujours la même chose. L’Unesco se réunit, à chaque fois dans un pays différent. Le pow-wow dure plusieurs jours afin d’ajouter des noms sur la liste du Patrimoine. Les noms des heureux élus sortent par bribes. Il faut encore distinguer les sites naturels de ceux créés par les humains. Il y a les déçus, qui repartent sans leur inscription prestigieuse. Rappelons que la liste se veut avant tout représentative. Le plus de pays possible doit se voir amis dans le club. L’originalité de la proposition compte beaucoup. Toutes les cathédrales françaises ou anglaises, pourtant souvent admirables, ne se verront pas retenues. Il y aura juste les plus significatives. Certains pays trop riches, comme l’Italie, éprouvent du mal à se faire de nouveau accepter. Il ne faut pas créer de jalousies. L’Unesco, que dirige aujourd’hui Audrey Azoulay, se doit de rester une amicale.

Fresque rupestre d'Hima, en Arabie saoudite. Photo Unesco.

Que ressort-il de la cuvée 2021, annoncée à la suite d’un congrès tenu à Fuzhan en Chine (1)? Quelques nouveautés. Les inscriptions rupestres du site de Hima, en Arabie saoudite forment désormais le pendant à celle du Val Camonica en Italie. Il y a là des traces de voyageurs courant sur sept mille ans, les plus récentes datant des années 1920. Le phare de Cordouan, à l’entrée de l’estuaire de la Gironde, a séduit. Il s’agit d’une construction élevée entre la fin du XVIe siècle et le début du XVIIe. Un plus pour la France. Le Buen Retiro madrilène, parc historique, possède désormais le même statut que les jardins de Versailles. A Darmstadt, le Mathildenshöhe, une colonie d’artistes créée à partir de 1897 par le grand-duc Ernst-Ludwig von Hessen-Darmstadt, a atteint le rang de de chef-d’œuvre Art Nouveau. Il en faut aussi pour les pays exotiques. Une église de 1960 élevée par l’architecte Eliado Diste à Atlántida en Uruguay fait donc partie de la promotion 2021, tout comme l’observatoire préhistorique de Chanquilla au Pérou.

De l'Allemagne à la Tchéquie

La nomination la plus originale se révèle collective, comme naguère celle des palafittes (pieux de bois plantés dans l’eau) lacustres dont faisait partie la Suisse. Il s’agit d’honorer le thermalisme, si en vogue entre la fin du XVIIIe siècle et les années 1930. Un temps béni où les gens aisés prenaient les eaux sans être malades pour autant. Trois cités allemandes sont retenues, Baden-Baden, Baden Ems et Baden Kissigen. Une autrichienne, Baden bei Wien. Une belge, Spa. Une française, Vichy. Une anglaise, Bath (un sommet de l’architecture georgienne des années 1770). Trois tchèques, Karlory Vary, Frnzensdbad, et Marienbad. Une italienne, Montecatini Terme. Rien de suisse cette fois. Il est vrai que Vals ne forme un lieu de pèlerinage architectural que depuis les années 1980.

"L'année dernière à Marienbad" d'Alain Resnais. Vous avez dit thermalisme? Photo DR.

La dernière nomination se révèle aussi plurielle. Il s’agit des fresques du XIVe siècle se trouvant encore à Padoue, ville pourtant cruellement bombardée en 1944. Giotto, Giusto di Menabuani, l’anonyme du Palazzo della Ragione, Altichiero da Zevio et j’en passe… D’après mes calculs, l’Italie en arrive du coup aujourd’hui à 59 ou 60 inscriptions. Record absolu, apparemment imbattable. Pour faire mieux, il lui faudrait aujourd’hui sans doute qu’elle propose des objets du XXe siècle afin de créer un élément de variété.

Liverpool radiée

Pour la Grande-Bretagne, l’année se révèle en revanche moins bonne. Le port de Liverpool s’est vu radié de la liste le 21 juillet par l’Unesco. Les règles du jeu n’ont pas été respectées. De nouvelles constructions ont gâté le site. Good bye! C’est la troisième fois seulement que l’organisation internationale en arrive à une telle extrémité.

(1) C’est quand même gonflé que la Chine accueille l’Unesco! Aucun pays au monde n’aura porté autant d’atteintes au patrimoine qu’elle depuis maintenant trente ans. Regardez Pékin... Pensez au «skyline» de Shanghai... Calculez le nombre de coups portés aux sites naturels...

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