Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Occupation des nouveaux espaces, le Kunsthaus de Zurich dévoile ses plans pour 2021

Dans seize mois devrait ouvrir le bâtiment dessiné par David Chipperfield. Il accueillera avant tout des fondations privées. Une spécificité suisse alémanique.

Le premier étage du Neubau accueillera une partie de la Collection Merzbacher. ici, Werner Merzbacher.

Crédits: DR, Kunsthaus Zurich 2020.

Depuis bien des années maintenant, le Kunsthaus de Zurich travaille son public au corps. Il s’agit de donner régulièrement des nouvelles de son «Neubau», qui a pris du retard pour diverses raisons. Les choses ne sont pas allées ici aussi bien qu’à Bâle. L’inauguration est aujourd’hui prévue pour octobre 2021. Dans plus d’un an, donc. Il y a déjà eu des portes ouvertes dans le bâtiment construit à grands frais par l’agence du Britannique David Chipperfield. Encore vide, bien sûr. Le musée propose du coup sa répartition des nouveaux espaces dans son bulletin d’été 2020 avec un gros article signé Philippe Büttner.

L’étude du document ne se révèle pas sans intérêt. Il illustre la manière dont les cartes se verront brassées. Pour l’aile Bührle de 1956, aucun changement. Elle restera vouée aux «grandes expositions». Le bâtiment originel de Carl Moser (1910, agrandi dans les années 1920) accueillera la peinture ancienne, dont les 50 tableaux hollandais du XVIIe siècle déposés il y a quelques années par les époux Knecht. Il y aura aussi là l’art suisse jusqu’en 1930. Plus d’éventuelle interventions et de petites expositions. La suite se découvrira dans le Müllerbau de 1976. Se trouveront dans ce bâtiment à trois étages la Fondation Giacometti, qui change du coup de place, le surréalisme et «l’art après 1960».

Hubert Looser. Photo Keystone.

Quand les visiteurs auront traversé le passage souterrain creusé sous le Heimplatz, ils se retrouveront dans le tout nouvel édifice. Un lieu où l’escalier occupe une place centrale pouvant sembler démesurée. Des éléphants pourraient se croiser sur les marches. Le premier étage accueillera l’expressionnisme, une section entièrement dédiée à l’Américain Cy Twombly, plus l’art contemporain. Il servira surtout à présenter 65 œuvres de la Collection Merzbacher, centrée sur des peintre comme Kandinsky, et 75 pièces de la Collection Hubert Looser. Très contemporaine, celle-ci! Ou du moins axée sur la création d’après 1970. Une place se verra laissée aux projets digitaux et à la vidéo.

Emil Georg Bührle lors de son arrivée en Suisse courant 1924. Photo Fondation Bührle.

Le second niveau abritera prioritairement 170 tableaux de la Fondation Bührle, allant des primitifs à Picasso. L’espace sera divisé en de multiples salles. Genre appartement. Arrivés au bout, les visiteurs pourront raccorder avec les impressionnistes du musée et des «Nymphéas» de Monet. De l’autre côté de l’escalier, il y aura les classiques modernes et des expositions temporaires. Une partie de l’espace, laissé libre, gardera une destination mixte. Collection ou expositions. Le musée tient à prévenir que l’ensemble comportera le plus possible d’œuvres de femmes. Il suit le mouvement, faute de l’avoir précédé.

Vu de loin, le contenu frappe par une chose. Les œuvres en prêt permanent ou en dépôt de longue durée occupent au moins la moitié des surfaces. Il est à espérer que les conventions ont dûment été négociées. N’empêche qu’il s’agit là d’une spécificité alémanique. La France ou l’Italie n’admettent en principe aucun prêt de privés aux musées, hors des expositions temporaires bien entendu. Idem pour Genève depuis quelques années. Notre ville a peur de valoriser des propriétés particulières, comme si elle jouissait du moindre prestige en matière muséale. A Zurich ou à Bâle, de tels apports demeurent en revanche bienvenus. D’où une impression de musées gigognes. Les entités restent séparées. Elles le seront même ici physiquement.

Un tableau d'Adriaen Coorte prêté par les époux Knecht en 2015, qui est devenu l'une des icônes du musée. Photo DR, Kunsthaus, Zurich 2020.

Il faut dire que les directeurs possèdent en général un joli carnet d’adresses. Quand Rudolph Staechlin Junior a quitté à grand fracas le Kunstmuseum de Bâle pour la Fondation Beyeler (comme on plaque une vieille épouse pour sa jeune assistante), des prêts de la milliardaire Esther Grether, tout aussi prestigieux, ont immédiatement pris la place laissée vacante...

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