Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Par peur d'accusations de racisme, quatre musées renoncent à Philip Guston

Mort en 1980, le peintre canadien a comme protagoniste un homme cagoulé de blanc. C'est anti-raciste, mais Washington, Londres, Boston et Houston craignent les réactions.

L'une des toiles incriminées. Celle-ci date de 1969.

Crédits: The Estate of Philip Guston.

C’est une histoire comme elles tendent hélas à se multiplier ces temps. Je la tire d’un article de Roxana Azimi dans «Le Monde», mais j’aurais pu la trouver ailleurs. La presse francophone, sans trop oser conclure, a en effet largement traité de l’affaire. Elle touche à l’œuvre de Philip Guston (1913-1980). L’artiste canadien vient en effet de voir sa grande rétrospective repoussée pour la seconde fois. La première, logique et attendue, était de 2020 à 2021. Nous en arrivons maintenant à 2024. Autrement dit la Saint Glinglin. Les quatre musées concernées, soit la National Gallery de Washington, la Tate Modern de Londres et les principales institutions de Boston et de Houston, ont ce que l’on appelle dans les San-Antonio «les chocottes». Autrement dit la trouille.

Et pourquoi donc? Très simple. Lors de son retour à la figuration en 1970, qui fit à l’époque scandale, le peintre a utilisé comme élément majeur l’homme cagoulé de blanc. Vous avez bien sûr reconnu là le membre du Ku-Klux-Klan. Dans ses nouvelles toiles, aux traits élémentaires rappelant la bande dessinée enfantine, Guston s’attaquait bien sûr à cette organisation raciste. La chose risquerait aujourd’hui de se voir mal interprétée. On sait que les «lobbies» anglo-saxons (et désormais français aussi, hélas…) n’arrivent plus à distinguer ce qui est raciste de ce qui est anti-raciste. La confusion mentale est ce qui caractérise le plus notre époque. D’où une tendance à se tirer une balle dans le pied, comme dans le cas Guston. Les quatre institutions concernées par son exposition s’en rendent (vaguement) compte. Elle entendent ainsi, dans quatre ans, faire passer «le puissant message social et racial à l’aune de perspectives nouvelles».

Jusqu'ici pas de problèmes

Tout cela demeure bien entendu navrant. Guston, dont on voit peu présentée la période abstraite conçue en parallèle avec celle de ses amis Willem de Kooning, Jackson Pollock, Franz Kline ou Barnett Newman, a sans doute donné ce qu’il avait de plus personnel les dix dernières années de sa carrière. Jusqu’ici, ces toiles dominées par un rose strident, ne posaient pas de problèmes. Elles sont tout d’abord restées méconnues hors de l’univers anglo-saxon. J’ai rarement vu une exposition moins visitée que le Guston de Beaubourg en 1990. Puis le peintre s’est vu admis au saint des saints. L’Accademia de Venise présentait ainsi en 2017, comme je vous l’avais raconté, son œuvre en rapport avec les classiques de la peinture italienne. Une idée folle? Pas tant que cela. Guston a en effet beaucoup copié (Masaccio surtout) parallèlement à son œuvre personnel.

Si vous voulez vous faire une opinion, l’artiste reste hélas mal représenté chez nous. Winterthour s’y est bien intéressé. Mais l’homme reste là en caves. Notez qu’ici c’est par réel manque de place. Son Kunstmuseum, en dépit d’une nouvelle aile, reste plutôt petit… Les tableaux de Guston se révèlent en revanche énormes.

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