Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Pierre Gillioz reprend la présidence du Centre d'Art Contemporain à Genève

L'avocat succède à Xavier Oberson. Il lui incombera d'aider le CAC à traverser les difficiles années de la fermeture pour travaux. Il faudra trouver des solutions.

Pierre Gillioz. Désolé, l'image n'est pas très bonne....

Crédits: DR.

Cela se passe en coulisses. Mais il s’agit bel et bien d’un changement. Pierre Gillioz a récemment pris la présidence du Centre d’art contemporain. Un endroit important. Lancée dès 1974, l’institution a fait de Genève une pionnière, comme lors du lancement de la Société des Arts en 1776. Le CAC peut donc aujourd’hui servir de référence. Un beau livre en a témoigné il y a quelques années. Le président sortant, Xavier Oberson, est aujourd’hui parti coiffer la Fondation du Grand Théâtre. Espérons qu’il ne s’y embourbera pas trop. Cette scène archi-subventionnée (40 millions!) accumule les problèmes depuis son inauguration en 1879…

Mais revenons à Pierre Gillioz. Un monsieur jovial. Drôle. Bien en chair, ce qui contredit d’office la réputation d’anorexie de l’art contemporain. Pas tout jeune, même s’il arbore avec une forme olympique ses 74 ans. «Je suis avocat. Je travaille dans un cabinet, rue du Général-Dufour. Tout est dit sur ma carte de visite.» Effectivement! C’est «G.D», avec D comme Dorsaz. On est entre «avocats» et «attorneys at law». A côté de notre ville se soit cité Hong Kong. «Autant dire que l’art ne constitue pas au départ mon domaine. Même pas le droit de l’art, qui devient très compliqué. Et puis, en Justice, on a toujours affaire aux les experts et aux historiens, avec leurs avis qui changent...»

Une passion en dilettante

Il faut bien comprendre. «Si je m’intéresse à la création plastique, cela reste comme dilettante. J’ai tout découvert moi-même. Le milieu dont je sors, à Sion, regardait et voyageait peu. Avec les années, l’art contemporain est devenu pour moi une sorte de hobby.» Comme beaucoup de monde - mais le chemin va aujourd’hui également dans l’autre sens -, Pierre Gillioz a commencé par les classiques. «En musique, j’ai suivi les festivals.» Sont ensuite intervenues des rencontres. «Elles m’ont préparé à la création actuelle.» Mon interlocuteur s’est ainsi retrouvé dans les premières éditions d’Art/Basel. Puis il y a eu Bruxelles, Bologne «et les voyages organisés à Genève par l’AMAM, l’association pour un musée d’art moderne qui a fini par obtenir l’ouverture du Mamco.»

Pierre Gillioz est aussi devenu collectionneur. «Oh, un peu! Moderne et contemporain. C’est aussi là un engagement de ma part. Je procède par goût. Il n’y a là en moi aucune méthode scientifique. Je tombe amoureux, ou non, d’une œuvre. Je ne revends pas. Et je tente de trouver de la place pour tout sur mes murs.» Enfin, ça c’est un peu du passé… Comme bien d’autres, notre homme accroche et décroche aujourd’hui faute d’espaces suffisants. «J’avoue tout de même que je surcharge un peu.»

Débuts à la Société des Arts

Côté institutionnel, Pierre Gillioz a commencé par s’impliquer dans la programmation, résolument jeune, de la Salle Jules-Crosnier à la Société des Arts. «Des visites d’ateliers. Des conférences. Et puis je me suis passionné pour l’idée d’un Prix de la Société, à la place de quantité de petites récompenses. Il se verrait décerné tous les deux ans à des créateurs en milieu de carrière. Le dernier en date est allé à Fabrice Gygi.» L’avocat semblait prêt à se faire maintenant celui du CAC. «Il fallait un nouveau président. Xavier Oberson m’a contacté. Je lui ai dit que j’étais intéressé. Je réduirais, s’il le fallait, mes activités professionnelles.» Il faut dire que le lieu en vaut la peine. «Nous avons ici une Kunsthalle genevoise animant la scène locale. Nous ne sommes pas un musée.»

Mais justement, comment Pierre Gillioz voit-il son nouveau rôle? «Certes pas celui d’assurer une programmation! Le directeur Andrea Bellini est là pour cela. Il m’incombera en revanche de donner un souffle, de maintenir une harmonie et générale et de donner envie de collaborer à nos bénévoles.» Ceci surtout au temps de la proche fermeture pour travaux, avec un arrêt sur place de trois ans. «C’est là que réside le vrai défi. La clôture est pour demain, et il faut penser à des lieux susceptibles de nous accueillir. Nous et notre public. Il faudra continuer à vivre pendant que se déroulera le chantier. Ne pas perdre l’effort consenti pendant des années pour atteindre un nombre plus élevé de visiteurs. Il y a certes notre plateforme digitale, qui atteint désormais 20 000 personnes. Mais il nous faut aussi montrer des choses pour de vrai.» Ce sera l’occasion pour le CAC de sortir. «Nous aurons besoin de collaborer.» Avec le sourire. «L’annonce qu’il se fera enfin des travaux au Bâtiment d’Art Contemporain constitue en fait une bonne nouvelle.»

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