Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Tracé en blanc dans le sol d'une colline, le Géant du Dorset a pris un coup de jeune

Le motif n'est ni celte, ni romain et sans doute même pas médiéval. Il pourrait s'agir du geste politique d'un Lord opposé à Olivier Cromwell au milieu du XVIIe siècle.

Le Géant du Dorset.

Crédits: DR.

C’est un géant. Un vrai géant puisqu’il mesure 55 mètres de haut et 51 de large. L’homme de Cerne Abbas, dans le Dorset anglais, refait aujourd’hui parler de lui. Cet immense motif creusé dans le sol, un peu comme les célèbres inscriptions Nazca dans le désert péruvien, serait plus jeune que le voudraient certains. Les «néo-paganistes», puisqu’il existe aussi aujourd’hui des gens répondant à cette appellation, vont se montrer très déçus. Ce personnage aux pourtours plus que naïfs n’est pas romain, et encore moins celte. Il remonte pour le mieux au Moyen Age, sa date de naissance se situant plutôt au XVIIe siècle.

Mais reprenons les choses par le début. Il existe sur une colline une silhouette dénudée d’un monsieur pour le moins richement doté par la nature. Cet attribut viril dressé lui vaut d’ailleurs aujourd’hui encore une fréquentation de la part des femmes stériles (et un peu superstitieuses). Le lieu appartient au National Trust, une association patrimoniale privée, qui le fait cette année non seulement restaurer mais analyser. Martin Papworth, le fouilleur maison, a ainsi découvert dans le sol, sous le géant, des restes de coquilles d’escargots de deux espèces, dont la cernuella virgata. Or ces gastéropodes restaient inconnus sur le sol britannique avant le XIIIe ou le XIVe siècle. Autant dire que le géant ne peut avoir été tracé avant cette date. Une chose confortée par l’«archéologue environnemental» Mike Allen.

Première mention tardive

Cette découverte correspond à ce que l’on supposait déjà. Le géant se voit mentionné pour la première fois en 1694, alors que d’autres ouvrages décrivaient la région auparavant. Même difficilement visible de près sur le sol (surtout quand un troupeau de moutons blancs passe par là!) le glyphe aurait été signalé s’il avait existé. Tel n’est pas le cas du «Cheval blanc d’Uffington», situé non loin de là. Lui se révèle bien connu de la littérature médiévale. Cette création aurait ainsi pu donner des idées plus tard. D’aucuns pensent que le géant se serait vu inscrit dans le sol sous forme de caricature par un opposant d’Olivier Cromwell, surnommé «L’Hercule anglais», au XVIIe siècle. Lord Holls. Ou plutôt par son petit personnel. La chose expliquerait en partie le caractère fruste du dessin.

Voilà. On en reste là pour le moment. D’autres analyses pointues se sont vues reportées en raison de la pandémie. Je ne sais pas pourquoi cette affaire, devenant quasi nationale, me fait penser aux Barbus Müller aujourd’hui présentés au Musée Barbier-Mueller de Genève. Là aussi, on a cru au début celtes des sculptures ayant en fait été taillées en Auvergne un peu avant la guerre de 1914!

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