Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Un ancien président du Grand Conseil aurait (aussi) grugé le Musée d'art et d'histoire

Renaud Gautier (son nom est partout écrit en toutes lettres) se retrouve au Tribunal. Ce Libéral bon teint aurait commis diverses escroqueries dont l'une concernerait sa recherche de fonds pour le MAH.

Peut-on encore écorner l'image de Genève? Apparemment oui. Depuis hier, lundi 9 septembre, Renaud Gautier (le nom étant écrit partout, je me dispense de dire Renaud G.) tient la vedette au tribunal. Il est reproché à celui qui fut député libéral de 2001 à 2014, et même président du Grand Conseil en 2011 (autrement dit du Législatif), diverses escroqueries pour un montant de 4,15 millions. Ce gérant de fortune aurait grugé des parents et des amis (1), laissant certains d'entre eux dans le besoin. Drôles d'opérations, si le tribunal conclut à sa culpabilité, pour celui qui fut «un pilier de la commission financière du Grand Conseil». Un détail fâcheux que rappelle en ce mardi 10 septembre Fati Mansour dans «Le Temps».

Pourquoi est-ce que je vous parle de cette nouvelle affaire éclaboussant notre canton bananier? Parce qu'il y a un petit dégât collatéral. Parmi les indélicatesses reprochées à cet homme de 62 ans figure une victime inattendue: le Musée d'art et d'histoire. Eh oui! Renaud présidait aussi la Fondation pour l'agrandissement du MHH. Elle avait été créée lorsque le plan Nouvel avait repris du poil de la bête. Alain Vaissade, alors à la tête de la Culture, avait mis le projet dans un tiroir après le vote négatif des Genevois sur un Musée d'ethnographie à la place Sturm. Trop risqué. Son successeur Patrice Mugny l'avait ressorti, ouvrant comme on le sait une boîte à Pandore. On en était alors arrivé à l'idée d'un partenariat public-privé. Renaud Gautier a alors commencé à récolter des fonds côtés privé. Avec un nom «Vieux Genève» (2), les choses auraient dû se voir facilitées.

Un trou de 82 000 francs

Oh, Renaud Gautier n'est pas allé bien loin. Il n'aurait ainsi soustrait que 82 000 francs, en imitant une signature. Je me souviens d'avoir été l'interroger dans son cabinet au début de son opération. L'homme m'avait semblé hautain, et pour tout dire peu sympathique. Quand Jean Claude Gandur était apparu avec ses millions, Gautier a été oublié. Mis de côté. Nous sommes cependant quelques-uns à avoir remarqué qu'on ne parlait plus du tout de cet argent. Et voilà qu'il revient sur la table... ou plutôt en dessous de table. Le MAH semble bien voué à toutes les malédictions!

Cette chronique n'étant pas judiciaire, je m'arrêterai là. L'affaire continue aujourd'hui. L'accusé parle d'un «trou noir» après la mort de sa fille en 2003. Un «psy» a été comme de juste consulté. L'avocat de la défense parle inévitablement d'un «homme fragile», comme si c'était une qualité. La présidente du tribunal rappelle pour sa part que le prévenu a dépensé 700 000 francs en 2008, alors qu'il en aurait alors gagné cette année-là 180 000. L'accusé ne se rappelle de rien. Ou presque. Bref, aucune surprise. La suite dans vos quotidiens préférés.

1) Il y aurait aussi eu le chanteur Bernard Lavilliers. Une "dette"qui aurait été remboursée par un "bienfaiteur.
(2) Les Gautier sont bourgeois de Genève depuis 1508. Avant la Réforme, donc.

N.B. Selon ce que je suppose être des règles déontologiques, les journaux ne publient aujourd'hui aucune photo de l'accusé, la «Tribune de Genève» se contentant d'un dessin. Je ferai donc de même. Cela dit, il y en a plein sur le Net. Esthétiquement, ce n'est pas terrible.

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