Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Livre et "Filmonographie" pour le cinéaste d'animation Georges Schwizgebel

Papiers Gras présente encore ce dimanche l'exposition avant clôture finale. Un superbe album est parallèlement sorti pour la sortie de "Le journal de Darwin".

"Le journal de Darwin". Le dernier film en date de l'artiste.

Crédits: Georges Schwizgebel.

C’est l’éternel retour. Depuis bientôt cinq décennies, Georges Schwizgebel sort tous les trois ou quatre ans de sa boîte, comme un farfadet. Largement septuagénaire, le Genevois garde d’ailleurs des airs d’enfant. Avec l’imagination, mais aussi le sérieux que cette jeunesse suppose. Plus l’application, bien sûr! Chacune des réapparitions du cinéaste d’animation s’accompagne d’un nouveau film. Tout a commencé avec «Le vol d’Icare» en 1974. Le dernier-né, terminé en 2020, se nomme «Le journal de Darwin». Il y est cette fois question de mondialisation, d’acculturation et de déperdition. Sans un mot, comme d’habitude. S’il y a bien de la musique chez Schwizgebel, les paroles demeurent par définition absentes. Tout le monde le sait depuis le slogan du lancement de «Paris-Match» en 1949. Le poids des mots reste bien léger face au choc des images. Et des images, il y en a vingt-quatre par seconde chez un créateur d’animation!

Georges Schwizgebel. Photo Tribune de Genève.

La conclusion du «Journal de Darwin» s’accompagne comme souvent d’une expositions de dessins et de celluloïds chez Papier Gras, en l’Ile. Roland Margueron poursuit avec Georges un de ces compagnonnages dont il a par ailleurs le secret avec des vedettes de la bande dessinée. Après tout, une forme de dessin en vaut bien une autre. La manifestation actuelle a connu sans surprise une vie un peu chaotique. Elle se termine irrémédiablement ce dimanche, les galeries tirant le rideau quelques semaines après les musées suisses. Un jeu de cache-cache avec la pandémie. Tout le monde se retrouve aujourd’hui viré par un virus.

"Jeu" de 2006. Photo Georges Schwizgebel.

Mais cette fois, contrairement aux autres, les originaux accrochés aux cimaises s’accompagnent d’un livre. Il se voit, lui, appelé à durer. Il faut préciser qu’il s’agit là d’un ouvrage ambitieux. Edité chez Hélice Hélas par Stéphane Bovon, William Henne et Tamara Jenny-Devrient, «Filmonographie 1974-2020» ne se contente pas de rester un bel album oblong, plein de reproductions en couleurs. Il abrite des essais souvent ambitieux. Il s’agit là, après la publication d’Olivier Cotte sur Schwizgebel de 2004, d’une somptueuse mise à jour. Rien de définitif, cependant. Mieux vaut éviter les livres ressemblant fâcheusement à des pierre tombales!

"Le roi des aulnes" de 2015. Photo Georges Schwizgebel.

La part biographique reste assez simple. Né dans le Jura en 1944, Georges a grandi à Genève. Il y a fait l’Ecole des beaux-arts puis celle des Arts décoratifs. Les lieux d’études ne se montaient pas le cou à couples de sigles à l’époque. Aux Arts Déco, il a rencontré Daniel Suter. A l’agence Edelta où il a travaillé dès 1966, Claude Luyet. Le trio était formé C’est lui qui créera en 1970 GDS, qui existe toujours. Le studio commencera par produire un film collectif. Depuis 1974, chacun travaille en solo. Schwizgebel va enchaîner les réussites. J’en cite juste quelques-unes. Un peu au hasard. 1977 a été l’année de «Hors-jeu». 1982 celle du «Ravissement de Frank N. Stein». 1985 celle de «78 tours». Des gammes éblouissantes sur le sport, la littérature et la musique. Rien là que de très normal. Le cinéma forme un art total.

"Hors jeu" de 1977. Photo Georges Schwizgebel.

Un art collectif aussi! Pourtant, Georges Schwizgebel œuvre seul, dans son atelier carougeois, en haut d’une des tours. C’est un peintre sur celluloïd. Un maître en perspectives biaisées. Un magicien du mouvement recomposé. Un illusionniste de la caméra. Ses plans se fondent les uns dans les autres sous l’œil du spectateur. Les couleurs vibrent, chantent et déchantent. Quant aux thèmes, ils sautent sans sourciller de la partie de football à la décomposition d’un tableau de Paolo Uccello en passant par un poème de Goethe. Difficile de prime abord d’être plus différent qu’un de ses films par rapport à un autre. Et pourtant, tous entretiennent un air de famille. Impossible de ne pas reconnaître la patte de Georges Schwizgebel dans tout ce qu’il produit.

"Chemin faisant", de 2012. Photo Georges Schwizgebel.

Cette «Filmonographie» sait bien rendre compte de cette unité dans la diversité. L’idée d’une homogénéité se retrouve en dépit des apparences jusqu’au sein des «Travaux annexes», dont le livre propose des sélections entre deux chapitres plus sérieux. Il ne s’agit pas là de commandes alimentaires. Il suffit de voir les destinataires. Ils vont des Bains des Pâquis à l’AMR (ou Association de musique de recherche). L’alimentaire, Georges en a suffisamment goûté à se débuts avec des emballages de paquets de cigarettes et de publicités destinées aux quotidiens. Une carrière, cela devient bien sûr ce que l’on fait. Mais c’est aussi, en creux, ce que l’on ne fait pas. Ou plus.

Pratique

«Georges Schwizgebel», exposition à Papiers Gras, 1, place de l’Ile, Genève, exceptionnellement ce dimanche 17 janvier de 11h à 17h. Réservation au 022 310 87 77, en envoyant un courriel à galerie@papiers-gras.com ou un texto au 078 751 80 95. Ouvert de 11h à 17h. Le livre «Georges Schwizgebel, Filmonographie, 1974-2020», textes en français et en anglais, a paru chez Hélice Hélas à Vevey. Il comporte 302 pages.

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