Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Ventes aux enchères de septembre. Tout s'est bien passé à Genève. Une série de rêve à Berne

Kornfeld a vendu pour 72 millions dans la ville fédérale. Ici, les encaisses sont restées plus modestes. Six millions pour Piguet, près de deux pour Genève Enchères

Chez Piguet, présentation en gants blancs d'un Théo van Rysselbghe ayant appartenu à Catherine Gide.

Crédits: Piguet, Genève 2021.

L’heure des comptes est arrivée. A Genève comme à Berne, les résultats ont dépassé les espérances pour les récentes ventes publiques. Il faut dire que l’économie semble repartir à la hausse et que la Bourse apparaît en pleine forme (même si les Cassandre nous annoncent un épouvantable krach pour l'automne). De quoi faire vendre l’invendable, et il y en avait chez Piguet comme chez Genève Enchères. Tous les catalogues ne peuvent pas se révéler au top!

La poya ancienne de Louis Saugy. Photo Genève Enchères.

Piguet, qui proposait trois ventes au marteau et le reste en ligne, a ainsi encaissé six millions entre le 21 et le 23 septembre, rue Prévost-Martin. La succession de Catherine Gide a rapporté à elle seule 863 000 francs, la plus grosse enchère (87 500 francs) allant à une sculpture africaine collectée sur place par l’écrivain André Gide dans les années 1920. Comme je l’avais prévu, le grand bassin chinois émaillé de la dynastie Qing a pulvérisé les estimations: 125 000 francs. Mais la plus grosse surprise est venue d’un pastel de la Russe Zinaida Serebiakova, dont j’avoue sexistement ne jamais avoir entendu parler auparavant. Son «Nu féminin» s’est hissé à 180 000 francs. Neuf fois les prévisions. La moitié des encaisses provient du Net, avec forcément de plus petit prix. Une tendance lourde. Le marché de l’art actuel reflète un monde froid, où les gens tendent à se replier sur eux-mêmes. Un dernier chiffre. Piguet a vendu le 85 pourcent des lots, et les propositions se font en ce moment pour le reste de gré à gré.

Le triomphe de l'online

Même pourcentage de numéros effectivement vendus chez Genève Enchères. Autrement dit 85 pourcent. Là, les enchérisseurs en ligne étaient 60 pourcent. La clientèle est en moyenne plus jeune rue de Monthoux. Le total des ventes en ligne et en «présentiel» (il y en avait ici quatre) se monte à 1,9 million. Un résultat plus qu’honorable pour un ensemble finalement assez moyen. La maison sait comment s’y prendre. Elle a fini sa période de rodage. Du 21 au 23 septembre, elle réalisait sa vingtième série de vacations depuis sa création. Il y a eu quelques bonnes surprises. Le meuble Louis XV bernois des Funk, dont je vous ai montré la photo, est parti à 47 000 francs. Une poya ancienne de Louis Saugy à 30 000. Même somme pour une œuvre sur papier de Jean Dubuffet particulièrement insolée. Un peu plus pour une série de tables très 1950 de Jean Royère, d’attribution discutée: 40 000. Là aussi, on pratiquait dès vendredi des «after sales».

La "Nature morte portugaise" (1916) de Robert Delaunay. Photo Kornfeld, Berne 2021.

A titre comparatif, je vous donne les résultats de Kornfeld à Berne, la légendaire entreprise (elle a aujourd’hui 157 ans) reprise dans les années 1950 par le mythique Eberhard W Kornfeld (qui en compte aujourd’hui 98). Tous les records ont été pulvérisés pour cette vente annuelle, qui s’est vue reportée de juin à septembre. Le grand total atteint les 72 millions. Dix œuvres ont dépassé le million, une gravure de Dürer l’ayant de plus frôlé à 955 000. Une «Nature morte portugaise» de Delaunay et une aquarelle de Cézanne ont obtenu exactement le même résultat: 3 485 000 francs. Il y a eu un réel engouement pour la partie Chagall. Là, tous les lots ont trouvé preneur. Notons enfin que le surabondant Suisse Cuno Amiet peut lui aussi devenir une peintre très cher quand il connnaît un moment de grâce. Une de ses toiles hivernales de 1903, particulièrement inspirée, est partie à 1,645 million.

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