Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Zizi Jeanmaire s'est éteinte à 96 ans. Le music-hall à l'ancienne a perdu sa dernière star

La danseuse s'est éteinte à Tolochenaz. Elle avait vécu sa retraite en Suisse après une carrière de cinq décennies à L'Opéra comme au Casino de Paris. Le grand écart!

Zizi et le truc en plumes.

Crédits: DR, Tribune de Genève

Elle s’est éteinte à Tolochenaz, là où vivait Audrey Hepburn. Renée Jeanmaire, dite Zizi, a ainsi terminé sa trajectoire en Suisse, où elle vivait depuis un bon quart de siècle. Il y avait eu la villa à Cologny, où elle s’ennuyait un peu avec son mari Roland Petit, mort en 2011. Puis l’appartement genevois rue des Granges. Tout se sera donc terminé près de Morges, dans un relatif oubli. La mort de la danseuse a rappelé au public qu’elle était jusqu’ici encore vivante. Une réalité qu’il avait fini par oublier. Ses dernières apparitions doivent se situer à Paris sous la houlette de Hugues Gall, un fidèle ami du couple. Il avait suggéré à une dame presque octogénaire de ressortir une dernière fois à l’Opéra son «Truc en plumes». De longues plumes roses, agitées par les ombres noires d’invisibles partenaires. Elles la suivaient depuis leur mémorable apparition en 1961.

Zizi dans les années 1960. Photo DR, RTS.

Fille d’industriel, Zizi avait commencé sa carrière de manière très classique. Née en 1924, la Parisienne avait été dès 1933 petit rat à l’Opéra. Sa trajectoire aurait pu rester conventionnelle, si elle n’avait pas croisé celle de Roland Petit. La danse en restait sous l’Occupation aux tutus en France. «Lac des cygnes» ou «Giselle». Pointes et entrechats. L’ambitieux chorégraphe s’est alors mis à utiliser ses talents de base pour créer des variations nouvelles. Le cheveu court, Zizi est devenue sa Carmen dès 1945. Puis la vedette de tous les ballets créés par sa Compagnie des Champs-Elysées, et ensuite "de Paris". Il y aura plus tard «Cyrano de Bergerac». «Notre-Dame de Paris». Aucun sujet ne faisait peur à Petit, qui entendait se confronter à toute la littérature. Le duo s’est séparé un certain temps pour mieux se retrouver. La réconciliation a fini pas un mariage, comme au cinéma. Zizi épousa Roland en 1954. Ils auront une fille, Valentine.

Pas faite pour le cinéma

Dans les années 1950, la question s’est posée de savoir si Zizi la gouailleuse était faite pour le grand écran. Elle a essayé Hollywood. Puis Paris. Il en subsiste quelques comédies musicales n’ayant pas fait date. La réponse était sans doute négative. La chose a au moins permis  la danseuse, en principe muette, de prouver qu’elle avait de la voix. Ce filet de citron acide renvoyait à Arletty, et plus lointainement à Mistinguett. Ajoutez à cela cela ce qu’on appelait à l’époque de l’abattage. C’était davantage le Casino que l’Opéra de Paris qu’il lui fallait pour cadre. Les Petit-Jeanmaire ont donc racheté le vénérable établissement, qui venait de connaître ses derniers succès avec Line Renaud, puis Mick Michel. Roland décida de dépoussiérer tout cela. Saint Laurent ou Erté pour les costumes. Des chansons sur mesure à l’intention de Madame. Jean Constantin. Bernard Dimey. Serge Gaisbourg, parfois. Et ce fut le triomphe. Un succès qui n'empêchera pas la ballerine de danser avec Noureiev.

Pas vraiment faite pour le 7e Art. Photo DR.

Zizi deviendra ainsi la dernière des stars du music-hall à l’ancienne, mais avec une tradition revisitée. Rajeunie. Elle aura incarné Paris pour la France et l’étranger (1). L’aventure se prolongera durant des décennies. Mais tout a une fin. Le music-hall étincelait inexorablement de ses derniers feux. Trop cher à entretenir. Un peu démodé pour le jeune public. Adieu, le Casino! Le couple va s’installer à Genève où, au temps déjà lointain d’un Cäsar Menz, alors directeur du MAH, le Musée Rath lui consacrera une exposition un peu décalée. Zizi, Roland et les arts. Une exploration d’archives menée par Alexandre Fiette. A la recherche du temps perdu. Le mythe s’est depuis effiloché. Aux grands soirs a succédé le crépuscule. Ne restent plus que quelques images frappantes, et puis les éclats à la vulgarité très chic d’une voix inimitable. Des plumes, mais pas vraiment de truc! Zizi avait une vraie nature.

(1) Je me souviens aussi de l’avoir vue, blonde, au théâtre dans «La dame de chez Maxim’s» selon Feydeau.

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