Langlo Jan

DIRECTEUR DE L'ASSOCIATION DE BANQUES PRIVÉES SUISSES

Jan Langlo est titulaire d’un brevet d’avocat au barreau de Genève et d’un diplôme d’expert fiscal. Il a débuté sa carrière de fiscaliste auprès de Lenz & Staehelin, puis au sein de l’étude Oberson & Associés avant de rejoindre le Groupe Pictet en 2007 en tant que conseiller juridique et fiscal. Au bénéfice d’une grande expérience dans le domaine fiscal, Jan Langlo a rejoint l’Association de Banques Privées Suisses en janvier 2014 en qualité de Directeur adjoint. Depuis le 1er juillet 2015, il occupe le poste de directeur de l’ABPS, où il oeuvre à la défense politique des intérêts des banques actives dans le domaine de la gestion de fortune. Il exerce en parallèle le mandat de Secrétaire général de l’Association des Banquiers Privés Suisses. Jan Langlo siège au sein de diverses commissions et groupes de travail de l’Association suisse des banquiers.

Les papiers de tous les maux

Retour sur les «Pandora Papers», ces révélations journalistiques qui ont mis en lumière des précédés d'optimisation fiscale de nombreuses célébrités.

Les «Pandora Papers», voilà qui aurait fait un bon titre de film. Depuis leur révélation il y a une semaine, l’émotion est à son comble, au mépris de la raison. Le scénario est toujours le même, mais les chiffres augmentent: 12 millions de documents, 600 journalistes qui les ont épluchés pendant deux ans. Tout ça pour nous dire quoi? Que les stars et les politiciens investissent à travers des sociétés-écrans? Que parmi des millions de transactions certaines sont criminelles?

Peu de journalistes s’interrogent encore sur l’origine de ces données, sur le financement de ce «consortium». Saluons à cet égard l’article de la NZZ am Sonntag. Le secret des sources de la presse est devenu bien plus opaque que le secret bancaire.

Quand on s’appelle Shakira ou Claudia Schiffer, ou que l’on est une personnalité politique en vue, est-il vraiment étonnant que l’on veuille investir en toute discrétion? Surtout dans le domaine immobilier, où les registres fonciers dévoileraient sinon l’adresse de vos pied-à-terre à tous les curieux, ou fanatiques?

La constitution d’une société «sans substance» n’est pas un crime. Cette société ne fera même jamais rien de mal tant qu’aucun flux financier ne passe par elle. Ce sont donc bien ces derniers qu’il faut surveiller, ce que les banques suisses font de manière quasi obsessionnelle. Le simple fait de conseiller la création d’une société-écran ou d’assurer son administration ne justifie pas (hors transactions financières) de procéder à des vérifications qui seront faites par d’autres dès que des mouvements de fonds surviennent.

Les sous-entendus de fraude fiscale sont aussi largement dépassés depuis l’avènement de l’échange automatique de renseignements. Une société «offshore» ne permet plus de se cacher du fisc. Et si un Etat tolère d’encaisser moins d’impôts lorsqu’une telle société est interposée, c’est son droit qu’il doit remettre en question. A noter qu’un avantage fiscal à l’achat d’une propriété peut aussi cacher un gros désavantage lors de sa revente…

En Suisse, les partis de gauche ne manquent pas de revenir à la charge pour exiger d’assujettir davantage les avocats et fiduciaires à la loi sur le blanchiment d’argent (LBA), ce que le Parlement a justement refusé de faire au printemps dernier. Pourtant, ces «conseillers» sont déjà soumis à la LBA et à ses obligations de diligence lorsqu’ils conservent, gèrent ou transfèrent des valeurs mobilières. Assujettir de simples conseils ou l’administration d’entités juridiques reviendrait à exiger un contrôle technique d’un véhicule avant même d’en avoir choisi le modèle.

Le Groupe d’action financière (GAFI), dans son dernier rapport d’évaluation mutuelle de la Suisse en 2016, donnait à notre pays la note de «partiellement conforme» à sa Recommandation 22, relative aux professions non financières. Le GAFI s’y intéresse certes aux avocats et fiduciaires, mais aussi aux casinos, agents immobiliers et négociants en pierres précieuses. Ses critiques portent surtout sur le montant du seuil de déclenchement des obligations de vérification de l’ayant-droit économique, et sur son caractère systématique ou non. Ce sont ces aspects qu’il faut améliorer.

Enfin, l’ONG «Transparency International» n’a pas manqué d’établir une liste des dix pays qui ont un urgent besoin d’agir au vu des dernières révélations. La Suisse n’y figure pas, au contraire des Etats-Unis, où l’Etat de Dakota du Sud par exemple a vu les actifs de son industrie des trusts passer de 75 milliards en 2011 à 367 milliards en 2020… Peut-être parce que ceux-ci n’ont toujours pas l’obligation, pas plus que les banques américaines, d’identifier leurs bénéficiaires?

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