Mary Vacharidis

JOURNALISTE

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

Coronavirus: l’effet papillon

L’irruption du Covid-19 remet brutalement en question le rôle de la chine en tant qu’usine du monde

Un virus en mutation pointe le bout de sa couronne en Chine, et c’est le monde entier qui plonge dans la crise. Pas étonnant dans un monde globalisé comme le nôtre, autant au niveau des distances que de l’économie. En cette ère d’hypermobilité, un éloignement de 10 000 kilomètres ne protège plus d’une grippe, qui peut s’avérer mortelle. Les compagnies low-cost ont transformé les voyages en avion en composante de la vie quotidienne. La nouvelle classe moyenne dans les pays émergents qui s’adonne au tourisme a provoqué l’explosion du trafic aérien. Dans un tel contexte, une maladie contagieuse se propage à une vitesse encore jamais atteinte. Mais le coronavirus a réussi un exploit que l’on pensait jusqu’ici impossible. Le nombre de vols dans le monde a chuté de manière spectaculaire ces dernières semaines.

Parallèlement, nous faisons les frais de chaînes de production complètement globalisées. Le processus de délocalisation de la production industrielle vers des régions à faibles coûts de la main-d’œuvre est
désormais terminé. Dans nos pays occidentaux, plus une usine ne fabrique de composants de smartphone ou d’agents actifs, par exemple pour les médicaments génériques de l’aspirine. Le coronavirus vient éclairer d’une manière crue notre dépendance à l’Asie. La Chine assume déjà un cinquième de la production mondiale, tandis que la consommation de son milliard d’habitants fait tourner l’économie mondiale. L’irruption du Covid-19 remet brutalement en question le rôle de ce pays en tant qu’usine du monde. «Le virus révèle les dangers liés à l’interconnexion du monde tel que nous l’avons bâti. Nous nous cachons le fait que nous restons à la merci de la nature. Et quand les crises sont passées, nous oublions et nous recommençons», analyse dans le New York Times Ivan Vejvoda, chercheur à l’Institut des sciences humaines à Vienne.

Le coronavirus met en lumière les déséquilibres de la mondialisation. Les consommateurs se réjouissent de prix toujours plus bas, en vertu d’une production hyperrationalisée. On constate maintenant avec inquiétude que le contrôle des processus nous a échappé et que cela présente d’importants risques systémiques. Comme l’écrit Ian Goldin, professeur à l’Université d’Oxford, dans le Financial Times: «A mesure que les réseaux commerciaux, financiers, cybernétiques et de voyage s’interconnectent, ils deviennent plus complexes et plus instables.»

Selon la théorie du chaos d’Edward Lorenz, un battement d’ailes de papillon au-dessus du Brésil peut provoquer une tornade au Texas. De la même manière, un virus mutant dans la province de Wuhan est en mesure de bouleverser le globe. Une conséquence positive de cette crise serait que les acteurs économiques se soucient de nouveau du critère de l’autonomie, quitte à sacrifier des bénéfices.

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