RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin 2019.

La revalorisation, un piège?

Augmenter un peu les rémunérations ne suffira pas à rendre certains métiers plus attractifs

Personne ne peut nier que durant la pandémie une infirmière aura pu prouver son importance stratégique pour la société, bien davantage qu’un professeur de dessin, par exemple. De là à exiger, comme le font les syndicats, qu’il est désormais indispensable de revaloriser certaines professions (infirmières, caissières, éboueurs, nettoyeurs, livreurs, etc.) me semble un peu «court» comme raisonnement. En effet, à en croire le discours syndical, c’est le salaire de ces professions qui devrait être prioritairement augmenté. Est-ce là le bon raisonnement? Ne risque-t-on pas de fragiliser les métiers qui pourraient voir des robots progressivement remplacer les êtres humains? Ce processus est déjà visible en ce qui concerne les places de travail dans les grandes surfaces alimentaires. Le client enregistre lui-même ses achats avant de poser son scanner à la sortie et de régler ses emplettes en quelques secondes. Une évolution identique pourrait menacer également les nettoyeurs ou les livreurs. Bref, on le voit, on peut certes encourager le versement d’une prime exceptionnelle, mais brandir une revalorisation salariale plus globale pour des professions généralement au bénéfice de conventions collectives de travail pourrait s’avérer contre-productif.

Miser sur la formation

Ceux qui défendent les salariés ne feraient-ils pas mieux de faire pression sur les pouvoirs publics afin que davantage de moyens soient mis à disposition d’une revalorisation plus large de certains métiers? En effet, la dimension salariale n’est de loin pas l’unique élément qui oriente un jeune lorsqu’il hésite à choisir entre tel ou tel métier. Les horaires de travail, la conciliation entre vie privée et profession, la possibilité de progression, le contact humain ou encore l’autonomie sont autant de paramètres qui entrent en ligne de compte.

Une chose est sûre: on pourrait faire beaucoup mieux pour renforcer l’attractivité de certaines professions. Même si un gros effort a été fourni depuis près de vingt ans avec le développement des hautes écoles spécialisées, lesquelles contribuent à la revalorisation de nombreuses professions manuelles. Certains cantons sont allés plus loin, tel Genève avec sa Cité des métiers, dès 2008, une initiative partie de France. Par la suite, Vaud a lancé à son tour son Salon des métiers et de la formation. Il faut aller plus loin et utiliser systématiquement les réseaux sociaux pour diffuser des vidéos promotionnelles rendant plus sexy certaines filières.

Prenons l’exemple des infirmières. Cela fait au moins un demi-siècle que la Suisse n’en forme pas assez dans ses filières spécialisées. Dès lors, ce n’est pas en augmentant un peu leur rémunération que l’on parviendra à en attirer beaucoup plus. Les cantons doivent être prêts à ouvrir davantage de classes pour former en Suisse une plus grande partie des infirmières au lieu de piller les ressources de nos voisins. En outre, il faut veiller à améliorer les conditions de travail, par exemple le nombre d’heures à effectuer. Sinon, on continuera d’assister à un départ trop rapide de cette main-d’œuvre qui s’épuise trop vite à la tâche avant de souhaiter changer de métier.

Alors que nous sommes un pays prospère, qui gère son développement avec un certain bon sens, il n’est pas normal que l’on ne se soucie pas davantage de maîtriser les besoins en forces vives de certains secteurs économiques. Outre les défis du réchauffement climatique et de la baisse de la natalité, notre pays doit aussi s’atteler au vaste chantier de la formation.

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